La Colère de la Mer – Le Sublime en bande dessinée

JP1847

La Grande Vague de Kanagawa – Hokusai (1830)

 

Attention, cet article est partiellement en anglais.

Ceux qui suivent ce blog connaissent mon intérêt pour l’esthétique, l’étude du beau et de son expérience. Cependant, la dimension qui me passionne le plus dépasse la simple expérience esthétique, aussi puissante soit-elle. Il s’agit du sublime.

Sans entrer dans l’histoire et la philosophie de ce concept (qui est, au passage, passionnante), je voulais simplement partager ici une courte bande-dessinée qui l’illustre, je le crois, à merveille.

En quelques mots, il se pourrait que le sublime soit, ou soit causé par, la conscientisation soudaine de notre propre impermanence, qui vient briser le délire collectif mégalomaniaque d’immortalité dans lequel nous vivons  enfermés et qui nous maintient dans un état « d’utilité » à l’espèce (car, dans l’absolu, a quoi bon faire quoi que ce soit si l’on part du principe que l’on mourra tous tôt ou tard ?). Dans le sublime, l’absurdité (au sens Camusien) de la réalité se dévoile, nous envahit, et c’est cette rupture, cette prise de perspective, ce changement de focale qui créé ce sentiment indescriptible.

Mais assez philosophicoté. La bande-dessiné (ou comics, faisons american) ci-dessous vient de l’éblouissant site existentialcomics.com, dont l’auteur, le génial Corey Mohler, mêle avec le plus grand brio humour, philosophie et dessin. Et vraiment, je pourrais continuer longtemps sur une éloge dithyrambique tellement ce site, si vous n’avez pas de problèmes avec l’anglais, est fantastique pour découvrir ou rire la philosophie. Et ce comics ci, l’un des plus serieux, décrit donc le sublime.

Je ne vais pas commenter ou traduire ce stupéfiant poème en prose, car il m’a moi-même fallu de nombreuses relectures pour en saisir les subtilités. Au delà du sens, une formidable puissance se dégage au travers du texte et des mots qui ne laisse pas, je crois, insensible.

Avant de finir, la vague d’Hokusai (en début d’article) que j’ai sous les yeux en écrivant cet article vient de me rappeler une petite histoire qui pourrait sembler anecdotique et sans rapport aucun (mais qui en fait l’est tout à fait, vite appelons un psychanalyste à la rescousse). En regardant un jour un documentaire sur les fractales (l’un de mes sujets préférés de mathématiques [dont il existe d’ailleurs d’intéressantes applications en statistiques potentiellement applicables à la psychologie…]), le mathématicien Mandelbrot (dont la fractale la plus connue tire son nom) racontait la genèse de sa découverte et de sa conceptualisation des fractales. De manière intéressante, il y parlait d’Hokusai. D’après Mandelbrot, Hokusai avait réussi à saisir, de manière intuitive, la nature profondément fractale du monde (d’après Mandelbrot (et d’autres), le monde et la nature sont organisés selon une géométrie fractale). En témoigne l’écume de la grande vague engendrant elle-même d’autres petites vagues identiques…

Voici un saut au cœur de l’ensemble de Mandelbrot (pardonnez la musique de mauvais goût, vous pouvez la remplacer par ceci). D’ailleurs, les fractales n’auraient-elles pas par nature… une dimension sublime ?

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Introduction à la philosophie esthétique

 

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Introduction à la philosophie esthétique – Marc Sherringham (2003)

 

« De toute façon, les goûts et les couleurs, ça se discute pas ». Cette banalité, en plus d’être horripilante, renvoie à une forme de relativisme utile, tout au plus, à fermer une discussion avec inélégance. Qui plus est, si elle semble être une évidence pour la plupart des gens qui aiment à la rappeler, beaucoup ignorent que, jusqu’à récemment, le beau n’était justement pas une affaire de « goût ».

Ce n’est qu’avec le scepticisme de Hume au 17ème siècle, puis l’avènement du modèle critique mené par Kant que se fait remplacer le modèle classique de l’esthétique, en place depuis l’antiquité grecque. Dans le modèle critique, le jugement esthétique se veut plaisir désintéressé, détaché, et universel. S’en suivra la conception romantique de l’esthétique qui finira par faire centrale le lien entre le beau et l’émotion qu’elle placera dans une perspective idiosyncrasique (que l’expérience et le jugement esthétique sont relatifs et peuvent  différer selon les individus).

Bien que l’étude scientifique du beau, de son jugement et de son expérience n’en soit qu’à ses balbutiements, elle est déjà décrié. Pourtant, elle espère apporter des réponses nouvelles à des questions millénaires en couplant la quête de la vérité (certains paradigmes esthétiques ont proposé que c’est avec l’art et le beau que se révèle la vérité), à la vrai nature de la réalité ainsi qu’à son ressenti émotionnel. Ainsi, c’est une nouvelle forme de relation au monde que tentent d’appréhender la recherche, aussi bien philosophique que scientifique, sur l’esthétique.

Maux d’artistes, ce que cachent les oeuvres.

Maux d'artistes : ce que cachent les oeuvres - Sebastian Dieguez

Maux d’artistes : ce que cachent les oeuvres – Sebastian Dieguez

 

Simplement génial, ce recueil d’articles donne un aperçu de plusieurs artistes et de leurs œuvres à travers leur pathologie. De Nietzsche à Kurt Cobain en passant par Frida Kahlo et Van Gogh, le tout illustré de leurs oeuvres, l’auteur offre au lecteur un moment de détente instructif et terriblement passionant.

A mettre entre toutes les mains.