La Colère de la Mer – Le Sublime en bande dessinée

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La Grande Vague de Kanagawa – Hokusai (1830)

 

Attention, cet article est partiellement en anglais.

Ceux qui suivent ce blog connaissent mon intérêt pour l’esthétique, l’étude du beau et de son expérience. Cependant, la dimension qui me passionne le plus dépasse la simple expérience esthétique, aussi puissante soit-elle. Il s’agit du sublime.

Sans entrer dans l’histoire et la philosophie de ce concept (qui est, au passage, passionnante), je voulais simplement partager ici une courte bande-dessinée qui l’illustre, je le crois, à merveille.

En quelques mots, il se pourrait que le sublime soit, ou soit causé par, la conscientisation soudaine de notre propre impermanence, qui vient briser le délire collectif mégalomaniaque d’immortalité dans lequel nous vivons  enfermés et qui nous maintient dans un état « d’utilité » à l’espèce (car, dans l’absolu, a quoi bon faire quoi que ce soit si l’on part du principe que l’on mourra tous tôt ou tard ?). Dans le sublime, l’absurdité (au sens Camusien) de la réalité se dévoile, nous envahit, et c’est cette rupture, cette prise de perspective, ce changement de focale qui créé ce sentiment indescriptible.

Mais assez philosophicoté. La bande-dessiné (ou comics, faisons american) ci-dessous vient de l’éblouissant site existentialcomics.com, dont l’auteur, le génial Corey Mohler, mêle avec le plus grand brio humour, philosophie et dessin. Et vraiment, je pourrais continuer longtemps sur une éloge dithyrambique tellement ce site, si vous n’avez pas de problèmes avec l’anglais, est fantastique pour découvrir ou rire la philosophie. Et ce comics ci, l’un des plus serieux, décrit donc le sublime.

Je ne vais pas commenter ou traduire ce stupéfiant poème en prose, car il m’a moi-même fallu de nombreuses relectures pour en saisir les subtilités. Au delà du sens, une formidable puissance se dégage au travers du texte et des mots qui ne laisse pas, je crois, insensible.

Avant de finir, la vague d’Hokusai (en début d’article) que j’ai sous les yeux en écrivant cet article vient de me rappeler une petite histoire qui pourrait sembler anecdotique et sans rapport aucun (mais qui en fait l’est tout à fait, vite appelons un psychanalyste à la rescousse). En regardant un jour un documentaire sur les fractales (l’un de mes sujets préférés de mathématiques [dont il existe d’ailleurs d’intéressantes applications en statistiques potentiellement applicables à la psychologie…]), le mathématicien Mandelbrot (dont la fractale la plus connue tire son nom) racontait la genèse de sa découverte et de sa conceptualisation des fractales. De manière intéressante, il y parlait d’Hokusai. D’après Mandelbrot, Hokusai avait réussi à saisir, de manière intuitive, la nature profondément fractale du monde (d’après Mandelbrot (et d’autres), le monde et la nature sont organisés selon une géométrie fractale). En témoigne l’écume de la grande vague engendrant elle-même d’autres petites vagues identiques…

Voici un saut au cœur de l’ensemble de Mandelbrot (pardonnez la musique de mauvais goût, vous pouvez la remplacer par ceci). D’ailleurs, les fractales n’auraient-elles pas par nature… une dimension sublime ?

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Introduction à la philosophie esthétique

 

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Introduction à la philosophie esthétique – Marc Sherringham (2003)

 

« De toute façon, les goûts et les couleurs, ça se discute pas ». Cette banalité, en plus d’être horripilante, renvoie à une forme de relativisme utile, tout au plus, à fermer une discussion avec inélégance. Qui plus est, si elle semble être une évidence pour la plupart des gens qui aiment à la rappeler, beaucoup ignorent que, jusqu’à récemment, le beau n’était justement pas une affaire de « goût ».

Ce n’est qu’avec le scepticisme de Hume au 17ème siècle, puis l’avènement du modèle critique mené par Kant que se fait remplacer le modèle classique de l’esthétique, en place depuis l’antiquité grecque. Dans le modèle critique, le jugement esthétique se veut plaisir désintéressé, détaché, et universel. S’en suivra la conception romantique de l’esthétique qui finira par faire centrale le lien entre le beau et l’émotion qu’elle placera dans une perspective idiosyncrasique (que l’expérience et le jugement esthétique sont relatifs et peuvent  différer selon les individus).

Bien que l’étude scientifique du beau, de son jugement et de son expérience n’en soit qu’à ses balbutiements, elle est déjà décrié. Pourtant, elle espère apporter des réponses nouvelles à des questions millénaires en couplant la quête de la vérité (certains paradigmes esthétiques ont proposé que c’est avec l’art et le beau que se révèle la vérité), à la vrai nature de la réalité ainsi qu’à son ressenti émotionnel. Ainsi, c’est une nouvelle forme de relation au monde que tentent d’appréhender la recherche, aussi bien philosophique que scientifique, sur l’esthétique.

« Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ? – FranceTV

Quel est l’effet réel de la technologie 3D pour l’utilisateur ? Pour y répondre, nous avons lancé une étude, sous forme d’un questionnaire en ligne, pour étudier scientifiquement ce phénomène.

Vous avez vu le film Avengers ? Alors n’attendez-plus, lisez l’article d’Ariane Nicolas, journaliste à FranceTV, pour en apprendre plus !

Cliquez sur l’image ou le lien suivant : « Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ?

Peau de banane, machiavélisme et Jésus: Les gagnants du prix IG Nobel 2014.

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Le concours IG Nobel récompense chaque année des chercheurs issus de disciplines diverses ayant menés des études que l’on considère aujourd’hui comme peu communes…

Je m’explique : grâce a un jeu de mot d’une finesse inégalable, le nom même de ce concours le place en opposition avec le sacro-saint Prix Nobel. Si je devais choisir entre les deux (on peut toujours rêver), je réfléchirais un moment avant de de prendre ma décision (quelques nanosecondes, avant que mes fonds de poche finissent de me convaincre). Car le prix IG nobel valorise une certaine idée, vision de la science, à laquelle j’adhère.

Aujourd’hui, la recherche est guidée par les mécènes qui financent et ont, le plus souvent, un intérêt personnel tout particulier pour certains résultats. D’autre part, il est coutume d’extrapoler les résultats d’un article, aussi minimes soient-ils, à une certaine utilité. Aujourd’hui, les scientifiques doivent être utiles, efficaces, avoir de bonnes raisons de faire une recherche (hypothèses, bases théoriques), ainsi que des résultats applicables, qui serviront à la société.

Alors certes, au vu de la conjoncture économique actuelle, on se dit que c’est loin d’être absurde. Finit les chercheurs loufoques, barbus et solitaires, enfermés dans des ateliers sombres à faire des choses qu’eux seuls comprenaient, la recherche est aujourd’hui dans une logique de production et de rentabilité.

Et cela m’attriste. Si l’on demande à un chercheur « mais pourquoi faire ça? », il tentera de vous convaincre dans un exposé au format variable du bien fondé de sa recherche, de l’assurance de résultats viables et publiables.  Je pense pourtant que la réponse fondamentale, originelle de la recherche à la question « Pourquoi » est : « Car on ne sait pas ».  Ceci définit à l’origine un type de recherche que l’on nomme fondamentale, par opposition à la recherche dite appliquée. Le seul guide, la seule directive de la recherche devrait être de faire quelque chose que l’on ne sait pas encore, qui n’a jamais été fait, d’éclairer l’ombre. De faire avancer la connaissance dans le seul intérêt de la connaissance.

C’est là que vient le prix IG Nobel, qui honore les recherches que l’on considère drôles, absurdes (le plus souvent du fait de leur déconnexion totale de l’utilité) et qui font réfléchir, car elles sont imaginatives, originales, et montrent, ou valident un fait non vérifié, poussant jusqu’à dans leurs retranchements la méthode scientifique.

Tous les ans, le comité se réunit à Harvard pour distribuer les prix. Voici les gagnants de cette année en physique et neurosciences :


Le coefficient de friction sous une peau de banane.

Le Dr K. Mabuchi et son équipe ont ainsi mesurés avec précision le niveau de friction entre une chaussure et une peau de banane, et entre cette peau et le sol, quand une personne marche dessus. Le coefficient de friction était de 0.07, bien plus faible que sur d’autres surfaces glissantes.


Voir Jesus dans un toast.

La « Paréidolie » de visage est la perception illusoire d’un visage inexistant. Typiquement, les gens apercevant le visage de la vierge marie, de Jesus ou autre célébrité dans une flaque, la pluie, un nuage, une feuille de thé, une boule de cristal ou un toast. Les participants étaient informés que 50% de ces images contenaient des visages, tandis qu’ils voyaient en fait des images contenant du bruit (des points placés de manière totalement aléatoire). Et bien ces participants rapportaient voir effectivement des visages 34% du temps! En IRMf, les chercheurs ont montrés une activation du Gyrus fusiforme droit (Plus précisément la FFA, la Face Fusiform Area ) quand les participants pensaient voir un visage, témoignant du rôle de cette région cérébrale dans le traitement de visages réels comme imaginés.


Les psychopathes machiavéliques et narcissiques vivent plutôt la nuit.

Les psychologues differentialistes ont établis un ensemble de traits de personnalité corrélés entre eux qu’ils ont nommé la « Dark Triad ». Ces traits sont le machiavélisme, la psychopathie et le narcissisme. Le Dr Jonason et son équipe ont cherché à voir si cette triade était liée à certains cycles chrono-biologiques spécifiques. Les résultats de l’étude montrent effectivement que ces traits de personnalités sont corrélés à un cycle de vie plutôt nocturne (ces personnes ayant un pic d’activité et d’éveil plus tard dans la journée).


Quand on a mal, mieux vaut regarder un beau tableau.

Ces psychologues se sont intéressés à la modulation de la douleur par l’expérience et le jugement esthétique. Ils ont infligé de la douleur à des participants devant des œuvres belles ou laides, le tout en enregistrant leur activité cérébrale de surface. Ils ont montré que la vision de peintures jugées belles atténuaient la douleur, ce qui se traduisait au niveau neural par une réelle inhibition de l’onde P2, localisée au niveau du cortex cingulaire antérieur. L’expérience esthétique semble donc avoir un réel impact sur la cognition.

Du vrai, du beau, du bien

Du vrai, du beau, du bien - Jean-pierre Changeux

Du vrai, du beau, du bien – Jean-pierre Changeux (2008)

 

Le système universitaire et scientifique français est étrange. Dans une grande partie du monde, les chercheurs peuvent et sont invités à changer ou à multiplier leurs thématiques de recherche. C’est le cas de certains grands noms dont on retrouve des articles sur des thèmes diverses et variés (mais toujours de grande qualité).

Ce n’est pas le cas en France. Ici, c’est l’expertise d’un laboratoire autour d’un sujet précis qui est valorisé. Il est déconseillé de toucher à tout, de s’intéresser à des choses différentes. Ainsi, de la thèse au professorat, le système français forme des experts à la vision et aux possibilités obtus. C’est regrettable. En effet, les plus grandes découvertes et avancées dans un domaine se sont fait grace à l’utilisation de techniques ou de talents venus d’ailleurs, d’autres domaines : c’est le cas en médecine, en psychologie, en physique ou en chimie…

Prenons un exemple mathématique : imaginez 3 points A, B et C. Le maximum de patterns de connexions est 7 : A-B; A-C; B-C; A-B + A-C ; B-A+B-C; C-A+C-B et enfin le triangle complet, A-B-C-A. On ne peut pas faire autre chose avec ce dont on dispose. Si l’on introduit ne serait-ce qu’un nouveau point, on rajoute un nombre très important de patterns de connexions possible. Chaque point nouveau ajouté augmente ce nombre de manière exponentielle.

Autrement dit, si l’on prend un chercheur, ou ensemble de chercheurs disposant à la base de compétences, de moyens et de talents importants, si on leur propose une nouvelle thématique, un nouveau sujet, nul doute que leur créativité et leur productivité se verra massivement augmentée,et que leur point de vue apportera de nouvelles perspectives et de nouvelles interrogations. De l’eau au moulin, en somme.

(Il est intéressant de noter que ce phénomène se retrouve plus globalement dans l’évolution et l’histoire, ou toute grande révolution ou changement provient à l’origine d’une petite minorité de personnes. Ceci pose de réelles interrogations quant au système démocratique qui, par définition, se définit comme la victoire de la majorité sur la minorité : 51% des gens ont choisi telle solution, c’est donc elle qui sera… Mais ceci est un autre débat compliqué sur lequel je reviendrais peut être un jour)

Revenons en à nos moutons.

Le Pr Changeux est l’une des grande figures des neurosciences françaises. N’ayant plus rien à prouver d’un point de vue scientifique, il peut se permettre aujourd’hui de s’intéresser à des thématiques nouvelles et de nous raconter, de sa plume d’une dense légèreté, l’histoire des sciences, des neurosciences, et d’introduire dans cet ouvrage des domaines comme la neuroesthétique, l’étude de la morale, et toute ces disciplines que l’on considère malheureusement pour l’instant comme « à la limite du sérieux ».

Je me souviens encore, quand j’avais décidé de m’intéresser à la neuroesthétique, le regard de travers que m’ont lancé les chercheurs. Ou encore la phrase d’une directrice de recherche du CNRS, qui disait lors d’un workshop sur ce domaine : « la neuroesthétique c’est passionant, j’y crois, mais je ne le met pas sur mon CV »…

Quoi qu’il en soit, ce livre est sans doute l’un des plus intéressant qu’il m’est était donné de lire, parfait pour les vacances, il ouvre vraiment l’esprit  et montre que ces thématiques on the edge sont en fait, probablement, le futur.

La philosophie et les sciences sont à l’origine très liées : les philosophes antiques étaient des scientifiques : les deux étaient synonymes (le PhD, le Philosophiae Doctor, en est l’héritage). Puis ces deux voies se sont séparées pour de multiples raisons, tant par l’influence des religions que par les limites techniques de la science. Ainsi, de grandes questions comme « qu’est ce que le beau ? », « qu’est ce que le bien? », « qu’est ce que la pensée » sont restés dans le champ de la philosophie. Aujourd’hui, grâce aux progrès des sciences, on assiste de nouveau à un rapprochement de celle-ci avec la philosophie, et de nombreux mathématiciens, physiciens ou scientifiques exportent leur connaissances et leur méthode pour répondre aux questions fondamentales de notre existence.

Et c’est sans doute l’un des grands enjeux de la science de demain.

Maux d’artistes, ce que cachent les oeuvres.

Maux d'artistes : ce que cachent les oeuvres - Sebastian Dieguez

Maux d’artistes : ce que cachent les oeuvres – Sebastian Dieguez

 

Simplement génial, ce recueil d’articles donne un aperçu de plusieurs artistes et de leurs œuvres à travers leur pathologie. De Nietzsche à Kurt Cobain en passant par Frida Kahlo et Van Gogh, le tout illustré de leurs oeuvres, l’auteur offre au lecteur un moment de détente instructif et terriblement passionant.

A mettre entre toutes les mains.

Psychologie de l’Esthétique

Psychologie de l'esthétique - Robert Francès (1968)

Psychologie de l’esthétique – Robert Francès (1968)

L’époque de la psychophysique, de la psychométrie fondamentale, pure,  est aujourd’hui révolue. Ce livre est le témoignage et la synthèse des études amorcées depuis le début du XXe sur le jugement esthétique.

A l’époque ou l’on publiait en demandant à des centaines de sujets s’il trouvaient plus beau le bleu ou le rouge, ou l’on modulait avec précision la luminescence d’une couleur pour observer son effet dans le jugement esthétique, ce livre retranscrit et apporte des données, aujourd’hui presque amusantes, sur le jugement du beau.