Neuropsychologue ou Psychologue spécialisé en neuropsychologie ?

Bosch_PierreFollie

La Lithotomie ou La cure de la folie (Jérôme Bosch, 1494)

Il existe un débat latent, insidieux, qui émerge cycliquement, de temps à autre, pour s’enflammer sur les forums, avant de disparaître de nouveau dans une forme de status quo ou de tabouUn débat qui clive et crispe les opinions de beaucoup d’initiés tout en faisant, en même temps, hausser le sourcil de tout observateur extérieur.

Un débat de mots. 

Plus précisément, un débat relatif à l’appellation d’un métier. S’il peut sembler anecdotique à certains, force est de constater qu’on ne peut l’éviter. Ou plutôt, on ne peut éviter le choix auquel mène ce débat.

De plus, celui-là n’est en rien limité au seul domaine de la neuropsychologie, les gérontopsychologues, les psychologues psychopathologues, les psychologues du travailtous doivent à un moment donné se doter d’une désignation, ne serait-ce que pour se présenter à un client ou imprimer sa carte de visite (en évitant le questionnement philosophico-analytique du lien entre le réel et le nommé).

Pour les professionnels avec une formation en neuropsychologie, il existe plusieurs manières de se désigner. On peut en trouver trois principales : neuropsychologuepsychologue spécialisé en neuropsychologie et psychologue-neuropsychologue. Sont-elles différentes ? Non, elles correspondent à la même formation. Alors, pourquoi ces différences ? Pour des raisons théoriques et pratiques que nous allons détailler ci-dessous.

Plutôt que de me perdre dans une discussion autour de ces appellations, je vous propose de plonger dans le vif du sujet. Je vais présenter les différentes propositions unes par unes. J’opposerai les éléments pour et les éléments contre, et ce aussi bien d’un point de vue esthétiquethéorique et pratique. Au lecteur de juger du poids, de l’importance et du bien-fondé de chacun de ces arguments.

Gardez en tête que, malgré ma volonté consciente d’impartialité, je ne suis évidemment pas neutre dans cette histoire, ayant moi même dû faire mon choix. Cependant, cet article n’a pas pour but de convaincre ou de faire changer les mentalités, simplement d’exposer et d’expliciter un débat important qui existe au sein de notre profession. L’idéal étant, au bout du compte, d’adopter le même positionnement, bien que je craigne que cette union ne devienne de plus en plus compliquée (mais ceci est un autre débat).

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Sans plus attendre, commençons par la proposition numéro 1 :

1. Psychologue

Tout simplement. En effet, pourquoi s’embêter à préciser « psychologue quoi » alors que nous avons tous le même statut légal. Pour rappel, la psychologie, née de la psychophysique (et non pas de la philosophie de l’esprit ou de la médecine) est d’abord expérimentale. C’est au début du XXème siècle, lors de l’adaptation de certaines découvertes (conditionnement, renforcement, apprentissage, habituation…) à des pathologies psychiatriques, que naît le volet « clinique » de la psychologie scientifique (bien que la neuropsychologie « neurologique » ait des racines antérieures). Ensuite, celle-ci prend son essor dans un grand nombre de champs ou de domaines, chaque branche se développant et se complexifiant au point d’en arriver à un problème épistémologique majeur : on ne peut à la fois tout connaitre (c’est à dire maîtriser toutes les connaissances produites) dans chaque branche ; en psychologie cognitive, clinique, du travail, du développement, etc.

Le corollaire est donc la nécessité d’une spécialisation.

Aujourd’hui, cette spécialisation est la clé de voûte de la psychologie. Être psychologue « généraliste » n’a pas de sens (à même titre qu’un historien mayaniste (spécialisé dans la civilisation maya), bien qu’historien, est avant tout expert d’une époque précise et aura peu de chose à dire sur le romantisme bavarois). En psychologie, le vice est encore plus poussé : Car au-delà du domaine d’étude qui diffère, ce sont également les méthodes et techniques d’investigations, les champs d’application et les modèles théoriques sous-jacents qui changent, au point que deux psychologues de spécialisations différentes n’auront finalement que très peu de choses en commun. Pour prendre un exemple concret, un neuropsychologue s’entendra mieux (au sens théorique) avec un orthophoniste ou un neurologue, qu’avec un psychologue du travail, qui lui-même s’entendra mieux avec un DRH, un manager ou un ergonome.

Néanmoins, cela ne serait pas un frein total à une appellation généralisante s’il n’y avait pas une particularité supplémentaire de la psychologie. En effet, pour un biologiste, qu’il soit biologiste moléculaire ou autre, l’appellation aspécifique est moins dérangeante que pour le psychologue. Pourquoi ? Car le psychologue peut avoir une responsabilité directe envers le public, par le biais du soin. C’est là que la spécialisation devient importante. On ne va pas, selon la nature de sa souffrance, consulter chez le même psychologue. Un psychologue de l’enfant, un gérontopsychologue, un neuropsychologue n’ont pas le même domaine d’action et ne sont pas interchangeables. Je n’emmènerai pas un bambin consulter un gérontopsychologue et un pépé consulter un psychologue scolaire. De fait, quelqu’un qui se dit « psychologue tout court », qui reçoit aussi bien des patients cérébrolésés pour faire de la remédiation cognitive que des parents pour de la guidance parentale, que des personnes saines en leur proposant une psychanalyse tout en étant, en plus, consultant dans une entreprise pour « gestion des risques psychosociaux » est, au mieux, un usurpateur dispersé, au pire, un charlatan.

En résumé, si être psychologue correspond à une réalité légale (contrairement aux variantes suivantes, « psychologue » est le seul titre protégé par la loi), il ne reflète en rien la réalité pratique. La spécialisation est devenue par essence obligatoire pour le psychologue, et la faire apparaître explicitement semble être une question de professionnalisme et de respect envers le public et les patients.

2. Psychologue de la neuropsychologie

Psychologue de l’enfantdu travail, psychologue du développement… cela semble marcher plutôt bien. Alors, pourquoi pas psychologue de la neuropsychologie ? Déjà, il faut avouer que cela sonne un peu bizarre. Qu’à cela ne tienne, ce n’est peut-être qu’une question d’habitude : inspectons donc le fond.

Il est à noter que dans les cas où ça marche (psychologue du travail, de l’enfant, du développement…), la spécialisation ajoutée en suffixe correspond en fait à un objet d’étude. Or il s’avère que la neuropsychologie (au même titre que d’autres spécialisations), n’en est pas un. La neuropsychologie a en effet elle-même un objet d’étude propre (la relation entre le cerveau et la cognition). Épistémologiquement, on peut même dire qu’elle remplit les conditions d’une science autonome (qui possède, en plus d’un objet d’étude, des méthodes, techniques et théories qui lui sont propre). Ainsi, on fait de la neuropsychologie, alors qu’on ne fait pas « du travail », « du développement » ou pire, « de l’enfant ».

Ainsi, pour des raisons sémiologiques, psychologue de la neuropsychologie ne semble pas adapté. Passons-donc en revue les candidats sérieux, les poids lourds du ring.

3. Psychologue spécialisé en neuropsychologie

Avec « neuropsychologue », c’est l’appellation plébiscitée par la majorité des praticiens (ARNPN, 2010). Après de longues discussions, il ressort que les tenants de cette appellation mentionnent, au premier plan, deux éléments : 1) Cela souligne que nous sommes « psychologues avant-tout » et 2) C’est le titre « réel ».

 Concernant le premier point, « nous sommes psychologues avant tout », il renvoie en fait à une tradition ou une peur latente dans la profession. Celle d’être réduit à des testeurs. En effet, dans beaucoup d’autres pays du monde, il existe le métier de psychotechnicien, spécialisé en psychométrie (la mesure précise des facultés mentales), dont le but est d’administrer correctement les épreuves neuropsychologiques. Dans ce cadre, le neuropsychologue a plutôt pour mission de les choisir, d’en interpréter les résultats et de les intégrer dans une histoire de vie et un cursus de soin. En France,  une importante part du travail de neuropsychologue clinicien est l’administration des tests. Dans certains secteurs, c’est même la quasi-totalité ! Les bilans s’enchaînent et se ressemblent, sans laisser le temps à l’échange, la réflexion et la rédaction de compte rendu. Pire encore, le neuropsychologue évolue parfois entièrement sous la directive d’un chef auto-déclaré, qui demande à l’avance les tests à effectuer. Dans ces conditions, le métier est fortement amputé de sa richesse, et il va sans dire que le psychologue n’a son mot à dire ni sur l’interprétation, ni sur le diagnostic, ni sur quoi que ce soit. Ainsi donc, nombre de mes confrères sont imprégnés de cette peur légitime d’être réduit à de « simples » (un aspect en réalité loin d’être simple ou anecdotique) testeurs. De fait, par abréaction, ils placent le « psychologue » de « neuropsychologue » au premier plan, « psychologue » jouissant d’une image moins rigide, où l’importance de l’entretien, de l’écoute et du soin apparaît comme évidente.

(Cette inquiétude de réduction ne m’est pas étrangère non plus : les personnes me connaissant noterons comment j’insiste pour parler d’examen neuropsychologique plutôt que de bilan (désignation que je trouve, pour le coup, véritablement réductrice)… À chacun sa bataille.)

Cependant, si cette justification est compréhensible, elle est erronée d’un point de vue logique. En effet, n’en déplaise à certains, nous ne sommes pas psychologues « avant-tout ». C’est une histoire de « classe emboîtante« , pour reprendre des termes de psychologie du développement. C’est à dire que psychologue est une classe hiérarchiquement supérieure à neuropsychologue, qui « emboîte » (inclue) la neuropsychologie au même titre que d’autres spécialités. En d’autres termes, la psychologie est une grosse boite dans laquelle se trouve la neuropsychologie, qui est une boite plus petite. Ainsi, d’un point de vue logique, nous sommes neuropsychologues avant d’être psychologues, psychologues avant d’être scientifiques, scientifiques avant d’être diplômés etc. (On pourrait remonter ainsi jusqu’à « humain avant d’être vivant » et au-delà). Ceci correspond en plus à une réalité pratique : un neuropsychologue sera plus à l’aise pour échanger avec un autre de ses confrères qu’avec un psychologue du travail, vis-à-vis duquel il a moins de choses en commun. Nous sommes neuropsychologues avant tout, ce qui n’empêche pas d’être psychologue, scientifique, citoyen, humain, vivant et amas de poussière d’étoile tout autant.

Le second point devient donc, pour moi, le seul argument fort, car il est indiscutablement vrai. Le seul titre protégé d’un point de vue légal est « psychologue », mais le titre affiché sur le diplôme est (pour faire court) psychologue spécialité neuropsychologie. Du point de vue légal donc, il est plus juste d’être « psychologue spécialisé en neuropsychologie » que tout le reste. Bien entendu, on pourrait faire la critique de la redondance, de la longueur et de la lourdeur de l’appellation, qui n’est sans doute pas la plus esthétique. Mais beaucoup n’ont cure de l’élégance, et à ceux-là on pourrait éventuellement retourner l’argument légal. « Mais le titre officiel n’est pas psychologue spécialisé en neuropsychologie, mais (par exemple) MASTER SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES Mention Psychologie spécialité Neuropsychologie ». Pourquoi, dans ce cas, nous limiter à la fin du titre officiel ?

Néanmoins, par souci d’honnêteté intellectuelle, il faut avouer que les contre-arguments au point légal demeurent faibles et font surtout appel à une question de goût personnel. Ainsi donc, devant les limites d’une opposition frontale, discutons plutôt le second challenger.

4. Neuropsychologue

Vous  l’aurez compris, c’est l’appellation que je soutiens. En plus d’être sobre, concise, claire, explicite et élégante, elle incorpore tous les éléments importants susmentionnés. Elle contient le « psychologue » si cher à certains et le « neuro- » si cher à d’autres. De plus, elle présente un avantage par rapport aux autres variantes : elle ancre le neuropsychologue comme l’expert n°1 de son domaine. En effet, le neuropsychologue est intuitivement compris comme « celui qui fait de la neuropsychologie ». Dans les cas précédents, la neuropsychologie ne devient finalement qu’un domaine dans lequel tout le monde, y compris des non-psychologues, pourraient potentiellement se spécialiser. C’est la porte ouverte aux orthophonistes « spécialisés en neuropsychologie« , neurologues « spécialisés en neuropsychologie » et autres. Le lien entre la neuropsychologie et ses praticiens est fragilisé dans les autres appellations et pourrait participer aux difficultés de la profession, notamment d’un point de vue de la reconnaissance et de l’emploi. « J’ai besoin de quelqu’un qui fasse de la neuropsychologie dans mon service. Pourquoi prendre un psychologue, alors qu’il y a un orthophoniste, un biologiste neuroscientifique ou un psychiatre qui se réclament eux-aussi de ce domaine ?« . Je soutiens donc cette appellation par-delà ces qualités théoriques, pratiques et acoustiques : comme un élément de défense de notre profession.

Quant à l’éventuel argument de « ce n’est pas un titre existant légalement« , certes, c’est un fait. Maintenant, est-ce grave ? A part « psychologue », aucune des appellations n’est totalement juste aux yeux de la loi  (loi qui a déjà changé et qui changera encore cela dit en passant). « Neuropsychologue » est-il pire que les autres ? Entraîne-t-il plus de confusion ? Je ne pense pas. Au contraire, il apporte de la clarté pour le public et les patients. Il place au premier plan l’aspect scientifique du métier, pouvant être questionné chez le « psychologue » par les personnes hors-domaine (combien de fois ai-je entendu « la psychologie, moi j’y crois pas » ou « les psychologues c’est des esbroufeurs« ).  Et, encore une fois, se présenter comme neuropsychologue ne diminue en rien moins notre valeur de psychologue. Il souligne au contraire nos points communs, notre formation et notre expertise. Se rassembler derrière notre métier commence peut-être par le dénommer comme tel.

5. Psychologue-Neuropsychologue

Pour finir, une proposition étrangehybride et chimérique. Potentiellement la pire car elle suggère une distinction gravement erronée. En plus d’admettre l’existence du « neuropsychologue » (et donc d’inclure tous les défauts qui se rattacheraient au point précédent), il l’oppose au « psychologue ». Ainsi, le « psychologue » serait différent du « neuropsychologue ». Sans compter en plus le manque d’élégance acoustique lié à l’affreuse redondance, il devient difficile de voir des arguments en faveur de cette tautologie. Peut-être peut-on y voir la volonté implicite de ne pas totalement trancher entre « je suis avant tout psychologue » et « je suis aussi neuropsychologue » …


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QUID des spécialisations en neuropsychologie ?

Logique d’un point de vue épistémologique, la continuelle évolution de chaque domaine produit de plus en plus d’embranchements. L’époque où l’on pouvait être mathématicien, astronome, philosophe et rhétoricien (comme certains philosophes de la Grèce antique) est révolue. Les génies multi-domaines sont morts avec Leonardo Da Vinci, Descartes et Wagner. Aujourd’hui, on se grandit dans une spécialisation du savoir ou de la technique, et rares sont ceux dont la vision éclaire d’autres chemins.

Ainsi, même le neuropsychologue devient spécialisé. En neurologie adulte, en épilepsie de l’enfant, en gérontologie neurodégénérative, en remédiation cognitive… Bien que les multi-spécialisations soient encore tout à fait possibles, il faut aussi savoir reconnaître ses limites. Par exemple, étant à titre personnel spécialisé en psychiatrie et neurologie d’une population adulte et âgée, il serait malavisé pour moi de proposer une prise en charge d’un enfant sans formation pratique supplémentaire. Et ceci bien que tout diplômé d’un master de neuropsychologie générale possède, dans l’absolu, les connaissances théoriques pour : C’est également une question d’éthique personnelle.

On comprend donc, pour des questions de transparence vis-à-vis des patients et du public, que cette « sous-spécialisation » peut avoir son importance. Si vous êtes atteint de sclérose en plaque, j’aurais tendance à vous adresser plutôt vers un neuropsychologue expert de ce trouble plutôt que vers un neuropsychologue spécialisé dans les troubles neurovisuels.

De fait, il n’est peut-être pas absurde de considérer la mention explicite de la sous-spécialisation. Notez que cela devient un argument en faveur de l’appellation « neuropsychologue » (quelle coïncidence…). En effet, si « neuropsychologue spécialisé en neurologie de l’adulte« , bien qu’un peu lourd, fait sens, « psychologue spécialisé en neuropsychologie spécialisé en neurologie de l’adulte » apparaît comme en deçà en terme de clarté. A minima du moins, il semble utile de préciser si l’on travaille avec des patients (neuropsychologue clinicien), beaucoup de neuropsychologues faisant, à un moment de leur vie, autre chose (entreprise, recherche…).


En conclusion, cet article n’a, encore une fois, pas pour vocation de faire changer les esprits. Ni de froisser mes confrères qui ne partagent pas mon choix (et ils sont nombreux). Simplement d’exposer une base d’arguments sur lesquelles nous pourront construire un débat fructueux pour avancer ensemble vers la réconciliation et le renforcement de notre beau métier.

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Hitler and Churchill: Secrets of Leadership

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Hitler and Chruchill: Secrets of Leadership – Andrew Roberts

L’auteur dépeint un tableau contrastant deux figures majeures du 20ème siècle. Une dualité que tout semble opposer. Churchill, bourgeois-aristocrate, entame sa carrière politique dès 25 ans (en devenant le plus jeune membre du parlement britannique). Il marquera l’histoire lors de la seconde guerre mondiale, incarnant à lui seul l’opposition féroce de tout une nation. Alcoolique et bipolaire notoire, écrivain renommé (lui ayant valu un prix Nobel) et peintre à ses heures perdues, l’homme au chapeau melon, au nœud papillon et au cigare est un paradoxe vivant. Expressif, le maître des bon mots pouvait aussi bien déverser et transmettre son humour, son courage et sa détermination que sa tristesse. A la mort du roi Geroge VI, après la cérémonie officielle du gouvernement, le duc de Windsor écrit à la duchesse : « Personne n’a jamais pleuré en ma présence. Sauf Winston comme d’habitude.« 

De l’autre côté, l’auteur nous raconte un personnage froid, perdu qui, au contraire du premier, ne fumait pas et buvait seulement de l’eau. Enfant de la classe modeste à la vocation d’artiste brisée, Hitler tombera dans la politique tard, presque par hasard. Les disparités entre les hommes transpirent même jusque dans leur manière de gouverner : Churchill fait de la micro-gestion, gère chaque détail, tandis qu’Hitler se contente d’insuffler une vision, attendant que d’autres l’accomplissent.

Pourtant, au travers de cette rivalité fatale, de cette opposition fractale entre ombre et lumière, l’auteur souligne un lien. Une qualité que les deux hommes incarnent et partagent, le leadership. L’auteur décrit avec finesse les mécanismes différents que ces deux hommes emploient pour changer la destiné des peuples. Il porte également l’emphase sur les similitudes : la haute estime qu’ils avaient d’eux mêmes, l’importance qu’ils accordaient aux discours et à leur préparation ou les sacrifices qu’ils ont dû accepter pour continuer leurs trajectoires singulières.

Enfin, l’auteur dessine au fusain les contours et l’envers des deux hommes, semblant suggérer qu’ombre et lumière s’opposent tout autant qu’elles sont liées.

Comment informatiser un questionnaire gratuitement en 10 minutes

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Tuto pratique 🙂

En neuropsycho, comme en psychologie de manière générale d’ailleurs, l’une des méthode d’investigation la plus populaire est l’utilisation de questionnaires. Seulement voilà, il en existe des milliers, avec des versions différentes, des étalonnages et validations particulières, des traductions officielles et officieuses etc.

Résultat des courses : c’est la pagaille ; les cliniciens se retrouvent avec des extraits de questionnaires passés par des milliers de photocopieuses, doivent ensuite faire une cotation fastidieuse et chronophage, avant d’interpréter les scores selon des normes parfois douteuses, utilisant quand ils ont de la chance des fichiers excel sorti d’on-ne-sait-où qui calculent des indices on-ne-sait-trop-comment.

Et car je pense qu’un neuropsychologue doit, et doit pouvoir, travailler avec des outils de bonne qualité, je vais proposer aujourd’hui un moyen d’informatiser des questionnaires, qui feront automatiquement la cotation et la sauvegarde des réponses.

Pour cela, on va utiliser Neuropsydia, un genre de logiciel gratuit, open-source (tout le monde peut contribuer à son amélioration), basé sur le célèbre python, qui permet de développer des tâches, des tests, des expériences, faire des stats et, et c’est ce qui nous intéresse ici, d’informatiser très simplement des questionnaires.

JE VOUS PRÉVIENS : AUCUNE EXPÉRIENCE DE PROGRAMMATION N’EST REQUISE.

Remarque : ceci s’adresse aux utilisateurs de Windows. Pour les Linuxiens ou les membres de la secte à la pomme, cela viendra  ;).

Suivez simplement les instructions suivantes :

  1. Télécharger Winpython (la dernière version, avec QT5 et non-zéro).
  2. Installez-le sur votre bureau ou sur une clé USB si vous voulez (ce logiciel est portable, ce qui fait que vous pouvez le balader sur une clé USB pour l’utiliser chez vous, au cabinet, à l’hôpital…)
  3. Une fois  l’installation terminée, ouvrez le dossier du logiciel, et lancez WinPython Command Prompt.exe
  4. Cela devrait ouvrir une console noire. Copiez-y la ligne suivante :

pip install https://github.com/neuropsychology/Neuropsydia.py/zipball/master

Appuyez sur ENTRER. Le logiciel devrait se mettre à télécharger des trucs (cela peut quelques minutes). Une fois qu’il a fini, fermez-le.

installation neuropsydia winpython pip

TADAAA, vous avez réussi à installer Winpython (qui contient le langage python) et Neuropsydia.

Maintenant, double-cliquez sur Spyder.exe, toujours dans le dossier du logiciel.

Le logiciel s’ouvre (prenant un certain temps la première fois). Il est constitué de 3 fenêtres:

  • L’éditeur (l’équivalent d’un fichier texte : l’endroit ou votre programe sera écrit).
  • La console (La où vit Python, quand vous lancer un programe, il ne fera rien de plus que de copier ce qu’il y a dans l’éditeur dans cette console).
  • Un 3ème panneau pas important aujourd’hui.

Commencez par enregistrer (Fichier -> Enregistrer sous…) le fichier quelque part (genre sur votre bureau). Appelez le comme vous voulez. De manière a ce que ça  donne « commevousvoulez.py » (sans oublier le .py à la fin).

Faisons un test minimal

En théorie, ce fichier devrait être vide, a part la première ligne qui contient # –– coding: utf-8 –-.

Sautez une ligne et collez dessous le code suivant :

import neuropsydia as n  # Load neuropsydia

questions_dictionary = {

 "Item": {
 1: "Is Neuropsydia great?",
 2: "Is Neuropsydia not great?",
 3: "Is Python great?",
 4: "Is Python not great?"
 }
}

n.start()
n.questionnaire(questions_dictionary)
n.close()

Ensuite, appuyez sur F5 ou sur la flèche verte pour exécuter le programe (si c’est la première fois, il vous demande si vous voulez toujours exécuter le script dans la console ouverte, dites oui).

questinnaire computerize neuropsydia

Ne paniquez pas, j’ai réglé mon éditeur en mode « dark » c’est pour ça qu’il est sombre 😉

PAS MAL, NON ? et c’est que le début.

Bien-entendu, l’idée c’est de remplacer les questions par celles de votre questionnaire.

Alors, maintenant, on va complexifier notre questionnaire, en précisant certaines informations, notamment :

  • Quels sont les items inversés : Neuropsydia va ainsi automatiquement calculer le bon score en inversant la réponse du sujet.
  • A quelle dimension appartient chaque item : Souvent, plusieurs items servent à mesurer la même dimension (par exemple, « extraversion »). En indiquant à quelle dimension appartient chaque item, Neuropsydia peut automatiquement calculer la moyenne du sujet pour chaque dimensions.
  • Changer le style des échelles : notamment si l’on ne veut pas une échelle analogique (avec une infinité de points, mais par exemple juste les chiffres de 0 à 7). On peut également proposer que les questions soient automatiquement randomisées, et bien sûr de sauvegarder les données.

Voici un exemple de code pour faire tout ça :

import neuropsydia as n

questions_dictionary = {

    "Item": {
        1: "Is Neuropsydia great?",
        2: "Is Neuropsydia not great?",
        3: "Is Python great?",
        4: "Is Python not great?"
    },
    "Reverse": {
        1: False,
        2: True,
        3: False,
        4: True
    },
    "Dimension": {
        1: "Neuropsydia",
        2: "Neuropsydia",
        3: "Python",
        4: "Python"
    }

}

n.start()
n.questionnaire(questions_dictionary,  # The questions
                anchors=["Not at all", "Absolutely"],  # The edges of the scale
                results_save=True,  # Should it save the data?
                dimensions_mean=True,  # Compute the mean by dimension?
                analog=False,  # Lickert-like
                edges=[0, 7],  # Values underneath
                style="blue",  # The cursor's colour
                randomize=True)  # Randomize the question's order
n.close()
questinnaire computerize neuropsydia

Une version un peu plus complexe.

Neuropsydia permet de faire bien plus de choses encore, mais c’est déjà une bonne introduction. Comme prévu, le programe a enregistré un fichier de résultats contenant toutes les informations nécessaires.

questionnaire_results

NOTE : A chaque fois que vous voulez exécuter le programe, il faut ouvrir une nouvelle console python en cliquant sur l’onglet « Console » puis « Ouvrir une console Python ».

Vous trouverez ici directement les scripts utilisés, avec d’autres exemples.

Bon courage, et n’hésitez pas à me faire un retour si vous rencontrez des difficultés ou des problèmes. Ou juste pour me passer le bonjour 🙂

Les deux histoires de Phineas Gage

Phineas_Gage_GageMillerPhoto2010-02-17_Unretouched_Color_Cropped.jpg

Se prendre une grosse poutre. Alors que, pour certaines personnes, cela aurait un rapport avec la consommation d’une certaine poudre blanche, figurez-vous que, en neuropsychologie, cela renvoi à un « patient » bien précis. Un patient qui, d’ailleurs, dirigeait la construction de rails… de chemins de fer.

Il s’agit bien sûr du célèbre Phineas Gage. Mais, plutôt que d’en dire plus, je vous laisse avec la vidéo de Neuropsychovlog, où tout vous sera très bien expliqué :).

N’oubliez pas de vous abonner à sa chaîne youtube !

Freud: Verdict

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Freud quand il a vu que les gens le prenaient au sérieux.

Alors que certains grands scientifiques contemporains se réclament aujourd’hui d’une nouvelle forme de neuropsychanalyse (cherchant à attribuer des bases biologique aux concepts freudiens, – idée souvent répudiée par les fervents analystes eux-même) et que moi-même je deviens curieux de dissocier plus finement ce qui relève de l’homme, de son « invention » (ou usurpation) et de son héritage, aussi bien littéraire, philosophique, scientifique, médical que thérapeutique (je crois que je me déradicalise…), je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je tombe sur un article aussi incisif que celui de Crews (1996).

Il y a 20 ans, sans doute installé dans un bureau climatisé de la prestigieuse université de Berkeley, Californie, Frederick Crews, dans son article intitulé The Verdict on Freud, publié dans la revue Psychological Science, conclut le résumé par ces mots vitriolés.

As recent works by [il énumère une série d’étude scientifiques] attest, independent studies have begun to converge toward a verdict that was once considered a sign of extremism or even of neurosis that there is literally nothing to be said, scientifically or therapeutically, to the advantage of the entire Freudian system or any of its component dogmas.

« Comme en attestent ces récents travaux […], des études indépendantes commencent à converger vers un verdict autrefois considéré comme un signe d’extrémisme ou même de névrose : il n’y a littéralement rien a dire, aussi bien d’un point de vue scientifique que thérapeutique, sur de quelconques avantages du système Freudien ou des dogmes qui le composent. »

Le couperet tombe donc, ne laissant aucun échappatoire, sur la pensée freudienne mais aussi, avec finesse, sur l’argumentaire habituel anti-antipsychanalyse. En effet, de Freud jusqu’à ses disciples contemporains (comme Elizabeth Roudinesco ou Gérard Miller pour ne citer personne), certains analystes ont pour coutume, lorsqu’on ose critiquer le prophète ou sa parole sacrée, de l’expliquer avec mépris par le fait qu’on résiste (restant en somme un bon gros névrosé de base). La variante politique veut aussi qu’on soit antisémite ou nazi, exemples de diffamations qu’ont subi par exemple les auteurs du livre noir de la psychanalyse… D’où le pic habile lancé par Crews.

La lecture à froid dans le conseil et la psychothérapie

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Cold Reading in Counselling and Psychotherapy: Becoming the Projected Archetype – Alex H Parker (2012)

Dans la série mini-livres, Amazon m’a aussi emboucané pour celui-ci. Un lendemain de soirée ayant affaibli mes capacités d’inhibition, un prix à la portée de mon porte-feuille (3,48€) et hop, me voilà en train de donner une chance à l’un des représentant d’une certaine zone d’ombre de la thérapie / conseil / coaching / arnaque.

Il existe, en fait, une continuité entre la psychanalyse la plus orthodoxe, la plus psychologique et médicale, et la pratique de la divination / astrologie / mentalisme etc. De manière intéressante, le champs théorique qui fait le lien est appelé « psychologie des profondeurs » et se dit découler des travaux du célèbre Carl Gustav Jung.

Celui-ci, ancien disciple (adoubé héritier, puis déchu et répudié) de Freud, fonda la « psychologie analytique » (se distinguant ainsi de la psychanalyse de Freud). Il s’agit de l’un des courants psychodynamique que je trouve les plus intéressant : précurseur de l’éthnopsychiatrie, Jung cherche à travers l’exploration des cultures et des mythologies du monde l’essence de l’inconscient. Il théorise ainsi « l’inconscient collectif » et met en avant deux notions centrales : l’archétype et la synchronicité.

Ces deux notions, doublées d’une certaine relecture des  travaux de Jung, font ainsi directement le lien avec une pratique du tarot pseudo-divinatoire (sur lequel j’écrirais bientôt un autre article), et mènent ensuite rapidement à la pratique de l’astrologie, chiromancie, et autres arts mystiques. Mais avant de tomber dans les limbes de la pseudo-science, certains tentent de se servir des outils offerts par ce domaine pour mener à bien des vraies thérapies. C’est l’objectif de Alex H Parker à travers son livre.

Le titre fait transparaître 3 éléments :

  • « Cold Reading«  se réfère a une technique utilisée, consciemment ou non, pour extraire un maximum d’informations correctes sur la personne en face nous en un temps très court. Les astrologues le maîtrisent parfaitement, mais un vendeur de cassoulet pourra également l’utiliser de manière automatique pour parvenir à ses fins (en l’occurrence, vendre son cassoulet).
  • « …in counselling and Psychotherapy » donne l’orientation du livre. Pas question ici de tarot, de divination ou d’astrologie, c’est bien de thérapie (et donc de soin objectif) dont il sera question.
  • « Becoming the Projected Archetype » se réfère à l’appartenance à la pensée Jungienne.

Voilà qui nous donne une bonne idée de ce que l’on va trouver dedans.

Ainsi, l’auteur passe la première moitié du livre a se dédouaner d’utiliser des techniques « mystiques » en psychothérapie et à souligner l’importance de la bienveillance du thérapeute. Ces puissantes techniques, nous prévient l’auteur, peuvent être destructrices si elles sont utilisées à de mauvaises fins.

S’en suit une description, assez claire et précise il faut l’avouer, de quelques techniques et des failles psychologiques sur lesquelles elles sont basées :

  • Exploiter l’effet placébo.
  • Les énoncés « Barnum » : des propositions donnant l’impression d’être personnelles alors qu’elles s’appliquent à tout le monde (cf. les prédictions astrologiques).
  • La « pêche » (fishing) : faire une suggestion en espérant qu’elle ait une signification pour quelqu’un.
  • Les « silences féconds » (pregnant pauses) : maintenir le silence qui entraîne le patient à livrer des éléments importants.
  • La détection de patterns : comment mettre a profit le biais humain qui consiste à voir du sens, une signification ou un pattern dans des éléments a priori sans relation.
  • La lecture à froid thérapeutique : utiliser la lecture à froid de manière positive.

En conclusion, pourtant bien que mieux que ce à quoi je m’attendais, c’est un livre que je ne conseille pas. Il existe de meilleurs ouvrages, aussi bien sur la psychologie analytique Jungienne que sur les techniques dites de « mentalisme ». Pour ce qui est de leur application en thérapie, c’est une bonne initiative que d’en parler, mais elles méritent une vraie description basée sur des travaux scientifiques, première étape pour aboutir à leur utilisation « laïque » (neutre vis-à-vis de tout courant intellectuel) et véritablement saine.

La Colère de la Mer – Le Sublime en bande dessinée

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La Grande Vague de Kanagawa – Hokusai (1830)

 

Attention, cet article est partiellement en anglais.

Ceux qui suivent ce blog connaissent mon intérêt pour l’esthétique, l’étude du beau et de son expérience. Cependant, la dimension qui me passionne le plus dépasse la simple expérience esthétique, aussi puissante soit-elle. Il s’agit du sublime.

Sans entrer dans l’histoire et la philosophie de ce concept (qui est, au passage, passionnante), je voulais simplement partager ici une courte bande-dessinée qui l’illustre, je le crois, à merveille.

En quelques mots, il se pourrait que le sublime soit, ou soit causé par, la conscientisation soudaine de notre propre impermanence, qui vient briser le délire collectif mégalomaniaque d’immortalité dans lequel nous vivons  enfermés et qui nous maintient dans un état « d’utilité » à l’espèce (car, dans l’absolu, a quoi bon faire quoi que ce soit si l’on part du principe que l’on mourra tous tôt ou tard ?). Dans le sublime, l’absurdité (au sens Camusien) de la réalité se dévoile, nous envahit, et c’est cette rupture, cette prise de perspective, ce changement de focale qui créé ce sentiment indescriptible.

Mais assez philosophicoté. La bande-dessiné (ou comics, faisons american) ci-dessous vient de l’éblouissant site existentialcomics.com, dont l’auteur, le génial Corey Mohler, mêle avec le plus grand brio humour, philosophie et dessin. Et vraiment, je pourrais continuer longtemps sur une éloge dithyrambique tellement ce site, si vous n’avez pas de problèmes avec l’anglais, est fantastique pour découvrir ou rire la philosophie. Et ce comics ci, l’un des plus serieux, décrit donc le sublime.

Je ne vais pas commenter ou traduire ce stupéfiant poème en prose, car il m’a moi-même fallu de nombreuses relectures pour en saisir les subtilités. Au delà du sens, une formidable puissance se dégage au travers du texte et des mots qui ne laisse pas, je crois, insensible.

Avant de finir, la vague d’Hokusai (en début d’article) que j’ai sous les yeux en écrivant cet article vient de me rappeler une petite histoire qui pourrait sembler anecdotique et sans rapport aucun (mais qui en fait l’est tout à fait, vite appelons un psychanalyste à la rescousse). En regardant un jour un documentaire sur les fractales (l’un de mes sujets préférés de mathématiques [dont il existe d’ailleurs d’intéressantes applications en statistiques potentiellement applicables à la psychologie…]), le mathématicien Mandelbrot (dont la fractale la plus connue tire son nom) racontait la genèse de sa découverte et de sa conceptualisation des fractales. De manière intéressante, il y parlait d’Hokusai. D’après Mandelbrot, Hokusai avait réussi à saisir, de manière intuitive, la nature profondément fractale du monde (d’après Mandelbrot (et d’autres), le monde et la nature sont organisés selon une géométrie fractale). En témoigne l’écume de la grande vague engendrant elle-même d’autres petites vagues identiques…

Voici un saut au cœur de l’ensemble de Mandelbrot (pardonnez la musique de mauvais goût, vous pouvez la remplacer par ceci). D’ailleurs, les fractales n’auraient-elles pas par nature… une dimension sublime ?

Hannibal Lecter

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Hannibal – Thomas Harris (1981 – 2006)

Quel formidable personnage de fiction que le Dr. Hannibal Lecter, psychiatre et cannibale de son état. Après un premier film sorti en 1986, on retiendra surtout l’interprétation frissonnante d’Anthony Hopkins durant trois films (dont l’un dirigé par Ridley Scott). Egalement grand admirateur de cet acteur, je pensais difficile que quiconque puisse l’égaler dans l’incarnation du criminel. C’était avant les 3 saisons de la très esthétique série Hannibal (2013 – 2015) où Mads Mikkelsen (Le Chiffre dans James Bond – Casino Royal) nous livre une fantastique version élégamment rafraîchie du tueur.

C’est simple, que ce soit dans les films ou la série, et bien que qu’il ne soit pas le seul personnage central (l’intrigue tournant souvent autour d’un détective et d’un autre criminel recherché), on n’attend que lui, et on savoure les moments où le brillant cannibale est mis en scène, conduisant à un conflit cognitif marquant : « comment puis-je autant apprécier ce monstre ?« .

Cet été, j’ai donc entrepris de m’atteler à la tâche et de lire les 4 romans sur lesquels sont basés les films.

L’auteur, malgré le succès international de ses livres, est discret, pour ne pas dire absent des médias. Un comble pour un journaliste. Après un premier thriller écrit en 1975, il ne produira *que* la série de romans centrée autour d’Hannibal (4 livres en 25 ans). Cela pourrais sembler peu… avant de les avoir lu.

Hannibal est un personnage complexe, appréciant aussi bien la cuisine la plus délicate que la musique classique, ses connaissances s’étendant de la peinture à la neuroanatomie, en passant par la littérature italienne et la psychologie. De plus, l’histoire se déroule dans le contexte nébuleux du FBI et de l’investigation criminelle, où se mélangent allègrement politique d’état et enquête scientifique.

Autant de sujets que Thomas Harris traite avec une remarquable crédibilité, même quand il décrit la jeunesse d’Hannibal, dans le Paris honteusement soupçonneux de l’après-guerre. C’est impressionnant de voir s’étendre, page après page, la culture de l’auteur au travers de son personnage, le voir produire d’augustes descriptions de l’enfer de Dante, puis enchaîner sur une revue des produits chimiques pouvant l’aider à se sortir d’une situation. J’ai été bluffé de la justesse des nombreuses références aux théories ou aux évaluations psychologiques que recèlent les livres.

Il est intéressant de noter que les films et la série prennent de nombreuses libertés par rapport aux romans. Pourtant, aucune des histoires contées ne diffère par sa plausibilité. On prend plaisir à noter les différences, surtout celle sur la fin : alors que, dans le film « Hannibal », la dernière scène le montre dans un avion, seul, en cavale, faisant goûter à un enfant un délicat morceau de cerveau, la fin du livre n’est pas… exactement du même registre. Je n’en dirais pas plus.

En conclusion, je vous laisse sur le morceau (de musique) préféré du cannibale, qu’il réclame plusieurs fois au cours de ses incarcérations (et que l’on peut entendre dans le film Le Sillence des Agneaux dans la prison fédérale, avant son passage à l’acte).

Super matrice de corrélation avec R

mongraphique.png

Matrice de corrélation sous  R

Attention, voici un post qui n’a rien a voir avec les livres. 

Mais qui, néanmoins, pourrais servir aux étudiants et chercheurs perdus dans la dense jungle des statistiques. Les corrélations sont l’une des procédures statistiques les plus basiques, permettant de voir les liens linéaires entre deux variables. Souvent, une fois ses données acquises, il est courant de faire une matrice de corrélation (un tableau contenant toutes les corrélations entre nos variables deux à deux) pour voir comment les variables s’organisent entre elles (je ne juge pas du bien fondé de cette pratique).

Et il s’avère que j’ai justement un développé un package, open-source et gratuit, qui permet de le faire très simplement avec R.

Je vais vous montrer ici comment faire.

  1. Si ce n’est déjà fait, installez R et RStudio.
  2. Ouvrez RStudio et créez un nouveau script.
  3. Sauvegardez le quelque part.
  4. Coller dans ce script (la fenêtre en haut à gauche) le code suivant.
install.packages("psycho")
library("psycho")

Sélectionnez ces  2 lignes et appuyez sur CTRL + ENTRER pour l’exécuter dans la console. Après quelques téléchargements, vous devriez réussir à installer et activer le package que l’on va utiliser.

On va ensuite invoquer pour un set de donnée disponible dans R pour le rendre visible (et l’attacher à une variable que l’on nommera « df ») et l’utiliser dans cet exemple.

Exécutez la ligne suivante :

df <- attitude

Maintenant que nos données sont chargées dans une dataframe nommée « df », On peut en faire un rapide résumé. Pour cela, exécutez le code suivant :

summary(df)

Comme on peut le voir, notre dataset contient 7 variables numériques (correspondants à la réponse de 30 employés à 7 questions portant sur leur entreprise, comme le salaire, les opportunités d’apprendre, la qualité générale etc.).

Ok, nous allons maintenant pouvoir calculer les corrélations. On va stocker les résultats dans une variable appelée « results ».

results <- correlation(df)
summary(results)
plot(results)

Ta-dam, R nous sort un tableau de corrélation dans la console associé à un joli graphique. C’est un début, mais on aimerait enregistrer ces 2 éléments pour pouvoir les réutiliser dans un article ou un mémoire.

matable <- summary(results)

On va donc enregistrer la matrice dans un objet « matable ». On peut ensuite sauvegarder cette table en l’enregistrant au format .csv (pour Comma-Separated Values; le format standard de statistique ouvrable par excel et tout les programmes de stats). Sous RStudio, cliquez sur « Session -> Set Working Directory -> Choose Directory » et choisissez là ou vous voulez l’enregistrer. Ensuite, exécutez la ligne suivante :

write.csv2(matable, "matable.csv")

Vous pouvez ensuite ouvrir votre fichier matable.csv avec excel (note: si jamais vous êtes sur un ordi anglais, essayez write.csv() dans le « 2 »).

matrice_correlation

Vous pouvez maintenant copier ce tableau sous Word et en faire ce que vous voulez.

Mais comment enregistrer le graphique ? De manière similaire, on va enregistrer la sortie de la fonction pour faire le graphique dans un objet « mongraphique » comme ceci :

mongraphique <- plot(results)

Ce graphique étant au format ggplot2, vous pouvez ensuite le sauvegarder comme suit :

ggsave("mongraphique.png", mongraphique)

mongraphique.png

Et voilà, le tour  est joué.

A noter que vous pouvez également modifier le type de corrélation (pearson par défaut) en faisant correlation(df, type= « spearman »), ainsi que modifier la correction des p values  (Holm-Bonferroni par défaut) en faisant correlation(df, adjust= « none ») pour faire des corrélations non-corrigées (ceci est vivement déconseillé).

La Nef des fous – S. Brant

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La Nef des fous – Sébastien Brant (1494)

Composé il y a plus d’un demi-millénaire, à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance, cette oeuvre fut le livre le plus lu en Europe au XVIe siècle. Parue à Bâle le jour du Carnaval de 1494, la Nef se répandit instantanément à travers le monde germain puis, après sa traduction en latin, à travers toute l’Europe entière, donnant naissance à des représentations cultes, à l’instar du tableau éponyme du célèbre Jérôme Bosch.

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La Nef des fous – Jérôme Bosch (1500-1510)

Loin d’être un manuel de psychiatrie, la Nef se veut un catalogue des petites folies du monde, un répertoire des péchés et décrit, page après page, un étonnant cortège de sots et d’insensés, courant à leur perte sans songer à sauver leur âme. Selon la tradition du temps, c’est une oeuvre satirique avant tout, doublée d’une touche didactique de moralisme chrétien.

Ainsi, chaque page, illustrée, décrit un personnage, en vers, avec humour et sarcasme. De manière tout à fait pertinente, le livre s’ouvre sur le « capitaine » de la nef : l’homme entouré de mille livres qu’il n’a point lu. Autant dire, pour l’auteur de ce blog sur les livres, il en émane une saveur particulièrement cocasse.

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Parmi les thèmes abordés, on y trouve la cupides, les bavards, les galants, les mendiants, les mauvaises femmes, les grossiers, les esprits  rebelles et ceux qui étudient (et font des doctorats)… pour rien.

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