Freud: Verdict

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Freud quand il a vu que les gens le prenaient au sérieux.

Alors que certains grands scientifiques contemporains se réclament aujourd’hui d’une nouvelle forme de neuropsychanalyse (cherchant à attribuer des bases biologique aux concepts freudiens, – idée souvent répudiée par les fervents analystes eux-même) et que moi-même je deviens curieux de dissocier plus finement ce qui relève de l’homme, de son « invention » (ou usurpation) et de son héritage, aussi bien littéraire, philosophique, scientifique, médical que thérapeutique (je crois que je me déradicalise…), je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je tombe sur un article aussi incisif que celui de Crews (1996).

Il y a 20 ans, sans doute installé dans un bureau climatisé de la prestigieuse université de Berkeley, Californie, Frederick Crews, dans son article intitulé The Verdict on Freud, publié dans la revue Psychological Science, conclut le résumé par ces mots vitriolés.

As recent works by [il énumère une série d’étude scientifiques] attest, independent studies have begun to converge toward a verdict that was once considered a sign of extremism or even of neurosis that there is literally nothing to be said, scientifically or therapeutically, to the advantage of the entire Freudian system or any of its component dogmas.

« Comme en attestent ces récents travaux […], des études indépendantes commencent à converger vers un verdict autrefois considéré comme un signe d’extrémisme ou même de névrose : il n’y a littéralement rien a dire, aussi bien d’un point de vue scientifique que thérapeutique, sur de quelconques avantages du système Freudien ou des dogmes qui le composent. »

Le couperet tombe donc, ne laissant aucun échappatoire, sur la pensée freudienne mais aussi, avec finesse, sur l’argumentaire habituel anti-antipsychanalyse. En effet, de Freud jusqu’à ses disciples contemporains (comme Elizabeth Roudinesco ou Gérard Miller pour ne citer personne), certains analystes ont pour coutume, lorsqu’on ose critiquer le prophète ou sa parole sacrée, de l’expliquer avec mépris par le fait qu’on résiste (restant en somme un bon gros névrosé de base). La variante politique veut aussi qu’on soit antisémite ou nazi, exemples de diffamations qu’ont subi par exemple les auteurs du livre noir de la psychanalyse… D’où le pic habile lancé par Crews.

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La formation du psychanalyste.

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Je vais écrire ce billet rapidement sans m’épancher de commentaires tant l’objet du sujet est éloquent per se.

Ce soir, naviguant sur les réseaux sociaux, je tombe sur un message posté dans l’un des groupes des étudiants de l’université Paris Descartes. Celui-ci fais de la communication pour un colloque qui aura lieu le 15 novembre 2014  organisé par une association qui m’était jusque là inconnue. Un certain Réseau pour la psychanalyse à l’hôpital (RPH). Je m’enquis donc d’un sourire teinté de tristesse à l’idée de la dangerosité du seul titre, puis lis la brochure ci-dessous.

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Je survole donc rapidement la description et voit l’habituelle citation, accréditant de la justesse de l’entreprise, de Freud, datée de 1911. Il y à donc 103 ans. Je rigole doucement. Ensuite, par curiosité, je décide de me rendre sur le site de l’association. Sur la page d’accueil.

Première phrase : « Au commencement est la psychanalyse, Sigmund Freud, le retour à celui-ci, Jacques Lacan et quelques autres. » Hum, ça commence bien. Un peu plus bas:  « Pour se former à la psychanalyse, il est tout d’abord essentiel de commencer une psychothérapie avec psychanalyste ou une psychanalyse ». Après tout, pourquoi s’embêter à apprendre des choses et à acquérir un savoir ? Enfin, le graphique en bas de page sur la formation du psychanalyste finit de m’achever. Je me permet de le remettre une seconde fois au cas où vous n’auriez pas lu attentivement celui du haut.formationpsychanalysefreud

Amusé au début, je finis dans l’incompréhension et le désarroi. Vraiment… Est-ce une vaste blague ? « Fantasmatisation de l’organisme; Position transférentielle; Cônification du transfert désir du psychanalyste; danse avec le réel; traversée du fantasme… » Les mots me manquent pour décrire la richesse du délire auquel s’adonnent aujourd’hui les psychanalystes. 

Alors, je ne dirais rien de plus, chacun étant libre de se faire une opinion.


En bonus je vous propose le traitement de maladies dermatologiques ou gastriques par la psychanalyse effectuée par l’un des membres de cette association. Je cite : « Ce traitement de fond où la parole permet de matérialiser ses maux et de ne plus les transformer en troubles fonctionnels digestifs, c’est la psychothérapie et la psychanalyse. C’est aujourd’hui le seul traitement, à proprement dit, prouvé et efficace. Aucun antidote médical ne permet de guérison. » Des propos d’une gravité rare… http://www.psychanalyseparisfaugeras.fr/publications-0.html 
 

Nietzsche et la conscience

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Que l’on adhère ou pas à sa pensée, il faut bien l’avouer, Nietzsche était en avance sur son temps, rendant Freud obsolète avant même son arrivée. Dans « La volonté de puissance », ouvrage débattu et critiqué sur lequel je reviendrais dans un article séparé, tant il pose de questions sur la dissociation pensée/émetteur-de-pensée/conséquence-de-pensée , il nous dit :

Erreurs monstrueuses:

1° La folle surestimation du conscient, dont on a fait une unité, un être: « l’esprit », « l’âme », une chose capable de sentir, penser, vouloir;

2° L’esprit pris pour cause, notamment partout ou apparaissent le sens pratique, le système, la coordination;

3° La conscience tenue pour la plus haute forme accessible, la qualité supérieure de l’être, « Dieu »;

4° La volonté introduite partout ou il y a action effective;

5° le « monde vrai » ou monde de l’esprit, accessible uniquement par des faits conscients;

6° La connaissance tenue exclusivement pour une faculté de la conscience, partout ou il y a de la connaissance.

Conséquences:

Tout progrès consiste en un progrès vers la conscience; toute régression dans un retour à l’inconscience (considéré comme l’équivalent d’une rechute aux besoins et aux sens – à l’animalité);

On s’approche de la réalité, de « l’être vrai », par la dialectique; on s’en éloigne par les instincts, les sens, le mécanisme..;

[…]

Tout bien doit venir de l’esprit, être un fait conscient;

Le progrès vers le mieux ne peut être qu’un progrès en conscience.

En d’autre termes :

  • la conscience est un artefact infime de la phénoménologie humaine, dont elle n’est qu’une conséquence.
  • Elle occupe une place négligeable par rapport au non conscient.
  • Elle n’est pas un but ni un objectif et ne garantit ni bonheur ni sérénité.
  • La volonté est une illusion.

A part sur le 3ème point, discutable selon moi, les 3 autres sont d’une justesse implacable et courageuse. Nietzsche était révolutionnaire et propose, dans son extrémisme revendiqué, des idées qui nourrissent bon nombre de théories ou de courants actuels.

Définir et comprendre la conscience est un chemin de longue haleine, passionnant et complexe, et je ne manquerais pas de revenir dessus.

Le Rorschach aujourd’hui

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Allons droit au but.

La conclusion de cet article scientifique faisait le point sur le Rorschach… déjà en 2000 :

We are not especially optimistic that future research will uncover important new relationships between the Rorschach and psychiatric disorders.

Research on this topic has been under way for nearly 80 years, yet the results mainly have been disappointing, as the present review indicates. Evidence of Rorschach diagnostic validity was very limited in the 1940s 1950s, and 1960s, and it is not much better now.

There seems little reason to expect that the next half-century will bring major breakthroughs. Clinical psychology probably should look elsewhere for new discoveries and better diagnostic techniques.

N’en  déplaise à de nombreux cliniciens, l’utilisation du Rorschach, dans un contexte d’évaluation diagnostique, doit être arrêtée au profit d’autres outils scientifiquement validés.

Référence:

Wood, J. M., Lilienfeld, S. O., Garb, H. N., & Nezworski, M. T. (2000). The Rorschach test in clinical diagnosis: A critical review, with a backward look at Garfield(1947). Journal of Clinical Psychology, 56(3), 395-430.

Le livre noir de la psychanalyse

Le livre noir de la psychanalyse - Catherine Meyer (2010) - les arènes

Le livre noir de la psychanalyse – Catherine Meyer (2010) – les arènes

 « Vivre, penser et aller mieux sans Freud »

En voila une punchline efficace !

Tout le monde connait le « crépuscule d’une idole, l’affabulation Freudienne« , tant il a enflammé les plateaux télés des Ruquier et autres. L’ouvrage volontairement explosif de Michel Onfray, résolument anti-freudien, puise pourtant toute son essence, voir  même l’extrême majorité de son contenu, dans « Le livre noir de la psychanalyse« .

Encore une fois, la psychanalyse est une discipline qui n’existe, en tant que prise en charge des maladies mentales, quasiment plus à part en France et en Argentine. Inefficace, trop longue, trop chère, les alternatives existantes aujourd’hui sont nombreuses et, devant l’ensemble des preuves scientifiques qui s’accumulent pour montrer l’obsolescence sa théorie, on se demande pourquoi en France, certains la défendent avec acharnement…
Comme premier pas pour endosser la toge du scepticisme, Le livre noir de la Psychanalyse est parfait. Comme les philosophes des lumières, qui cherchaient à donner au peuple les outils pour mieux comprendre le monde qui les entoure, Catherine Meyer et son équipe passe minutieusement au crible l’imposture analytique. Et leurs arguments sont clairs, carrés, sourcés, sensés et les sujets traités le sont avec expertise, justesse, méritant l’audience la plus large possible.  
Cet ouvrage devrait être une lecture obligatoire pour tous les étudiants de psychologie.
Apportant une vision différente de celle enseignée dans les instituts, il a le double mérite de revoir toutes les théories et les cas célèbres de la psychanalyse et de poser des questions d’une importance capitale afin de pouvoir raisonner de manière critique sur la situation actuelle de la psychologie en France.