Les Yeux Brouillés – Dialogue entre Art, Science et Philosophie

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Les Yeux Brouillés – Vol. 1

Arrêtez de lire un instant et regardez autour de vous. Votre écran d’ordinateur, vos mains, votre bureau, votre clavier… Tout cela vous semble réel, non ?

Les sons que vous entendez, les couleurs que vous voyez vous semblent être bien là, dans ce monde extérieur, bien réelles… Et pourtant, elles ne sont que pure interprétation de votre cerveau. Les couleurs, les sons, les formes, rien de tout ceci n’a de sens… Et pourtant, il n’empêche, nous acceptons, sans même nous poser la question, l’hypothèse de la réalité du monde.

Quand je dis nous, j’exagère, car ce n’est pas une évidence pour tout le monde. Dans certaines pathologies psychiatriques, comme le trouble de dépersonnalisation / déréalisation, les patients savent que le monde est réel mais, pourtant, ne le ressentent pas comme tel. Et que dire d’un bon film, que l’on sait être de la fiction mais que, l’espace d’un moment, nous ressentons comme réel ? Ou encore, de nos rêves, pure construction de notre esprit, vécus également comme (trop) réels, ou des hallucinations expériencées par certains patients psychiatriques ou neurologiques… Quand on voit l’anxiété qu’elles peuvent générer, on en devient sûr : pour eux, ce n’est pas un film.

En fait, l’accès à la réalité n’est ni acquis, ni stable, ni évident. En fait, c’est la notion de réalité elle même qui est complexe, et qui mobilise depuis toujours les esprits des philosophes comme Platon, Descartes, Leibniz, Kant, Schopenhauer ou Nietzsche… et aujourd’hui, les neurosciences sont en train d’apporter un nouvel éclairage sur la question.

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Pour en savoir plus, je vous invite à lire ce premier numéro d’un nouveau magazine Bordelais, fondé par Marie Penavayre et Romain Quesnoy, dont le but est de rendre la connaissance plus accessible en mêlant art, science et philosophie. A l’intérieur se mélangent des articles écrits par des écrivains, des philosophes, des artistes, des scientifiques qui tous, à leur manière, tentent d’éclairer d’une petite lumière la question du rêve, de l’illusion et du réel.

Un très beau magazine, à la direction audacieuse et courageuse : je vous invite à soutenir ce projet en achetant leur magazine ou en vous abonnant à la page Facebook des Yeux Brouillés.

Facebook : https://www.facebook.com/LesYeuxBrouilles/

Commander en ligne : http://bit.ly/1Rycru7

 

 

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Métamorphoses de l’âme et ses symboles – C.G. Jung

Métamorphoses de l'âme et ses symboles - C.G. Jung (1996; 1er Ed: 1912)

Métamorphoses de l’âme et ses symboles – C.G. Jung (1996)

L’édition originale de 1912 est sous-titrée « Analyse des prodromes d’une schizophrénie ». C’est avec cet ouvrage que Carl Gustav Yung officialise sa rupture avec Freud. Il y établit les prémices d’une psychanalyse nouvelle, basée l’activité délirante d’un patient: Emil Schwyzer.

Celui-ci voit le soleil comme un astre doté d’un phallus dont les mouvements érotiques produiraient le vent. Jung, guidé par l’analyse de ses propres rêves, y verra une correspondance avec un passage mythologique (bien que le passage en question soit inconnu du sujet) et créera ainsi la notion d’archétype. Cette notion, centrale à la psychanalyse Jungienne, mêle socio-psychologie (et non pas psychologie sociale), psychologie évolutionniste, et même hypothèses neuroscientifiques. L’humain utiliserait spontanément une forme de représentation a priori, ancrée à un niveau neural, renfermant la structure même de la psyché, et commune à toutes les cultures. On retrouverait les traces de cette âme primordiale, de cette structure à forme d’inconscient collectif dans l’analyse des mythes, des symboles et des légendes.

Dans d’autres ouvrages, Jung pousse même jusqu’au confins de la métaphysique et du mystique avec son concept de synchronicité. Mais ceci sera pour une autre fois.

Conseils pour se rendre désagréable

Conseils pour se rendre désagréable et autres essais - Benjamin Franklin

Conseils pour se rendre désagréable et autres essais – Benjamin Franklin

Les grands penseurs ont-ils une tendance aux aphorismes caustiques et aux courts formats corrosifs, ou est-ce parce qu’ils se sont rendus accessible au commun des mortels par leurs biais qu’ils ont étés qualifiés comme tels ? La poule et l’œuf, encore et toujours.

Quoi qu’il en soit, il faut admettre que dans cette catégorie, Benjamin Franklin excelle tout particulièrement. Et il est vrai que je n’aurais sans doute pas lu ses ouvrages si je n’était pas tombé, par hasard, sur ce titre accrocheur. « Conseils pour se rendre désagréable ». Ce petit livre de 80 pages regroupe en fait une compilation d’essais, dont les « conseils pour se rendre désagréable » et les « conseils à ceux qui veulent devenir riche ». 

C’est donc ainsi qu’eu lieu ma rencontre intellectuelle avec ce génie, plus connu pour ses actions politiques que pour son oeuvre scientifique, littéraire et humaniste. Drôle jusqu’au bout, l’inventeur du paratonnerre n’hésitera pas à écrire, à 22 ans, la plus élégante des épitaphes pour orner sa tombe.

 » Le corps de

B. Franklin, imprimeur,

Comme la couverture d’un vieux livre,

Ses pages arrachées,

Ses titres dorés effacés,

repose ici, pâture pour les vers.

Mais l’ouvrage ne sera pas perdu,

Car il paraîtra de nouveau (ce dont il est convaincu),

Dans une nouvelle édition, plus élégante,

Revue et corrigée

Par l’Auteur. »

B. Franklin, de son ton persifleur, commence par ces lignes ses Conseils pour se rendre désagréable :

« L’affaire de chacun est de briller; il importe donc d’empêcher les autres de le faire, puisque leur éclat risque de nuire au nôtre et de le ternir. »

S’en suivent 4 conseils vénérables dont l’efficacité ne fait nul doute au lecteur souriant. A la fin, l’auteur conclut, révélant la malice de son esprit et l’éclat de sa plume.

« [Ainsi], L’homme poli fera plaisir là où il se trouve, tandis que vous ferez plaisir là où vous ne serez pas. »

Je remercie Francis Guévremont pour avoir compilé ces quelques textes cocasses et m’avoir permis de découvrir B. Franklin.

Aphorismes et Insultes

Aphorismes et Insultes - Arthur Schopenhauer

Aphorismes et Insultes – Arthur Schopenhauer

« Les autres parties du monde ont des singes; l’Europe a des Français. Cela se compense. »

« Les religions sont comme les vers luisants: pour briller, il leur faut l’obscurité. »

« Le caractère propre de l’Américain du Nord, c’est la vulgarité sous toutes les formes: morale, intellectuelle, esthétique et sociale. […] C’est cette vulgarité qui l’oppose absolument à l’Anglais; celui-ci, au contraire, s’efforce toujours d’être noble en toutes choses; et c’est pour cela que les Yankees lui semblent si ridicules et antipathiques. »

« La férocité et l’air atroce que la barbe imprime à la physionomie proviennent de ce qu’une masse respectivement sans vie occupe la moitié du visage, […]. En un mot, toute la pilosité est bestiale, tandis que sa suppression est le signe d’une civilisation supérieure. »

« Que peut-on attendre de la part des femmes si l’on réfléchit que, dans le monde entier, ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une oeuvre complète originale dans les beaux-arts, ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d’une valeur durable. »

Ces passages, extraits de l’oeuvre de Schopenhauer et réunis par Didier Raymond dans ce petit livre parlent d’eux mêmes et apportent un autre éclairage, teinté d’un humour acide et baroque, sur l’un des plus grand penseur de tous les temps. 

Nietzsche et la conscience

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Que l’on adhère ou pas à sa pensée, il faut bien l’avouer, Nietzsche était en avance sur son temps, rendant Freud obsolète avant même son arrivée. Dans « La volonté de puissance », ouvrage débattu et critiqué sur lequel je reviendrais dans un article séparé, tant il pose de questions sur la dissociation pensée/émetteur-de-pensée/conséquence-de-pensée , il nous dit :

Erreurs monstrueuses:

1° La folle surestimation du conscient, dont on a fait une unité, un être: « l’esprit », « l’âme », une chose capable de sentir, penser, vouloir;

2° L’esprit pris pour cause, notamment partout ou apparaissent le sens pratique, le système, la coordination;

3° La conscience tenue pour la plus haute forme accessible, la qualité supérieure de l’être, « Dieu »;

4° La volonté introduite partout ou il y a action effective;

5° le « monde vrai » ou monde de l’esprit, accessible uniquement par des faits conscients;

6° La connaissance tenue exclusivement pour une faculté de la conscience, partout ou il y a de la connaissance.

Conséquences:

Tout progrès consiste en un progrès vers la conscience; toute régression dans un retour à l’inconscience (considéré comme l’équivalent d’une rechute aux besoins et aux sens – à l’animalité);

On s’approche de la réalité, de « l’être vrai », par la dialectique; on s’en éloigne par les instincts, les sens, le mécanisme..;

[…]

Tout bien doit venir de l’esprit, être un fait conscient;

Le progrès vers le mieux ne peut être qu’un progrès en conscience.

En d’autre termes :

  • la conscience est un artefact infime de la phénoménologie humaine, dont elle n’est qu’une conséquence.
  • Elle occupe une place négligeable par rapport au non conscient.
  • Elle n’est pas un but ni un objectif et ne garantit ni bonheur ni sérénité.
  • La volonté est une illusion.

A part sur le 3ème point, discutable selon moi, les 3 autres sont d’une justesse implacable et courageuse. Nietzsche était révolutionnaire et propose, dans son extrémisme revendiqué, des idées qui nourrissent bon nombre de théories ou de courants actuels.

Définir et comprendre la conscience est un chemin de longue haleine, passionnant et complexe, et je ne manquerais pas de revenir dessus.

Du vrai, du beau, du bien

Du vrai, du beau, du bien - Jean-pierre Changeux

Du vrai, du beau, du bien – Jean-pierre Changeux (2008)

 

Le système universitaire et scientifique français est étrange. Dans une grande partie du monde, les chercheurs peuvent et sont invités à changer ou à multiplier leurs thématiques de recherche. C’est le cas de certains grands noms dont on retrouve des articles sur des thèmes diverses et variés (mais toujours de grande qualité).

Ce n’est pas le cas en France. Ici, c’est l’expertise d’un laboratoire autour d’un sujet précis qui est valorisé. Il est déconseillé de toucher à tout, de s’intéresser à des choses différentes. Ainsi, de la thèse au professorat, le système français forme des experts à la vision et aux possibilités obtus. C’est regrettable. En effet, les plus grandes découvertes et avancées dans un domaine se sont fait grace à l’utilisation de techniques ou de talents venus d’ailleurs, d’autres domaines : c’est le cas en médecine, en psychologie, en physique ou en chimie…

Prenons un exemple mathématique : imaginez 3 points A, B et C. Le maximum de patterns de connexions est 7 : A-B; A-C; B-C; A-B + A-C ; B-A+B-C; C-A+C-B et enfin le triangle complet, A-B-C-A. On ne peut pas faire autre chose avec ce dont on dispose. Si l’on introduit ne serait-ce qu’un nouveau point, on rajoute un nombre très important de patterns de connexions possible. Chaque point nouveau ajouté augmente ce nombre de manière exponentielle.

Autrement dit, si l’on prend un chercheur, ou ensemble de chercheurs disposant à la base de compétences, de moyens et de talents importants, si on leur propose une nouvelle thématique, un nouveau sujet, nul doute que leur créativité et leur productivité se verra massivement augmentée,et que leur point de vue apportera de nouvelles perspectives et de nouvelles interrogations. De l’eau au moulin, en somme.

(Il est intéressant de noter que ce phénomène se retrouve plus globalement dans l’évolution et l’histoire, ou toute grande révolution ou changement provient à l’origine d’une petite minorité de personnes. Ceci pose de réelles interrogations quant au système démocratique qui, par définition, se définit comme la victoire de la majorité sur la minorité : 51% des gens ont choisi telle solution, c’est donc elle qui sera… Mais ceci est un autre débat compliqué sur lequel je reviendrais peut être un jour)

Revenons en à nos moutons.

Le Pr Changeux est l’une des grande figures des neurosciences françaises. N’ayant plus rien à prouver d’un point de vue scientifique, il peut se permettre aujourd’hui de s’intéresser à des thématiques nouvelles et de nous raconter, de sa plume d’une dense légèreté, l’histoire des sciences, des neurosciences, et d’introduire dans cet ouvrage des domaines comme la neuroesthétique, l’étude de la morale, et toute ces disciplines que l’on considère malheureusement pour l’instant comme « à la limite du sérieux ».

Je me souviens encore, quand j’avais décidé de m’intéresser à la neuroesthétique, le regard de travers que m’ont lancé les chercheurs. Ou encore la phrase d’une directrice de recherche du CNRS, qui disait lors d’un workshop sur ce domaine : « la neuroesthétique c’est passionant, j’y crois, mais je ne le met pas sur mon CV »…

Quoi qu’il en soit, ce livre est sans doute l’un des plus intéressant qu’il m’est était donné de lire, parfait pour les vacances, il ouvre vraiment l’esprit  et montre que ces thématiques on the edge sont en fait, probablement, le futur.

La philosophie et les sciences sont à l’origine très liées : les philosophes antiques étaient des scientifiques : les deux étaient synonymes (le PhD, le Philosophiae Doctor, en est l’héritage). Puis ces deux voies se sont séparées pour de multiples raisons, tant par l’influence des religions que par les limites techniques de la science. Ainsi, de grandes questions comme « qu’est ce que le beau ? », « qu’est ce que le bien? », « qu’est ce que la pensée » sont restés dans le champ de la philosophie. Aujourd’hui, grâce aux progrès des sciences, on assiste de nouveau à un rapprochement de celle-ci avec la philosophie, et de nombreux mathématiciens, physiciens ou scientifiques exportent leur connaissances et leur méthode pour répondre aux questions fondamentales de notre existence.

Et c’est sans doute l’un des grands enjeux de la science de demain.

L’art d’avoir toujours raison

L'art d'avoir toujours raison - Schopenhauer

L’art d’avoir toujours raison – Schopenhauer

Schopenhauer, philosophe pessimiste néo-bouddhiste, ayant inspiré (puis dégoûté) Nietzsche, Freud (même s’il ne l’a jamais avoué) et tant d’autres…

Au delà de son lègue principal, son oeuvre ultime, Le monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer à également écris multitude de petits textes, drôles, caustiques ou improbables que je vous présenterais sur ce blog.

Parmi eux, l’art d’avoir toujours raison.

Ce petit ouvrage donne réellement des techniques, aussi bien rhétoriques, intellectuelles que carrément de mauvaise foi pour vaincre son adversaire dans un débat.

Il nous le dit très clairement : dans une discussion, l’objectif n’est pas d’être juste mais d’avoir raison, ou, du moins, plus raison que l’autre. Cet ouvrage aurait pu, à l’instar d’autres de ses essais, être coquasse ou pimenté d’humour mais, pourtant, il n’en est rien.

Le philosophe allemand parle avec gravité, profondeur et lourdeur. Néanmoins, par delà la forme, le fond est, à l’instar de sa pensée, aussi pertinent que puissant.

Pour commencer Schopenhauer en douceur…