Freud: Verdict

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Freud quand il a vu que les gens le prenaient au sérieux.

Alors que certains grands scientifiques contemporains se réclament aujourd’hui d’une nouvelle forme de neuropsychanalyse (cherchant à attribuer des bases biologique aux concepts freudiens, – idée souvent répudiée par les fervents analystes eux-même) et que moi-même je deviens curieux de dissocier plus finement ce qui relève de l’homme, de son « invention » (ou usurpation) et de son héritage, aussi bien littéraire, philosophique, scientifique, médical que thérapeutique (je crois que je me déradicalise…), je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je tombe sur un article aussi incisif que celui de Crews (1996).

Il y a 20 ans, sans doute installé dans un bureau climatisé de la prestigieuse université de Berkeley, Californie, Frederick Crews, dans son article intitulé The Verdict on Freud, publié dans la revue Psychological Science, conclut le résumé par ces mots vitriolés.

As recent works by [il énumère une série d’étude scientifiques] attest, independent studies have begun to converge toward a verdict that was once considered a sign of extremism or even of neurosis that there is literally nothing to be said, scientifically or therapeutically, to the advantage of the entire Freudian system or any of its component dogmas.

« Comme en attestent ces récents travaux […], des études indépendantes commencent à converger vers un verdict autrefois considéré comme un signe d’extrémisme ou même de névrose : il n’y a littéralement rien a dire, aussi bien d’un point de vue scientifique que thérapeutique, sur de quelconques avantages du système Freudien ou des dogmes qui le composent. »

Le couperet tombe donc, ne laissant aucun échappatoire, sur la pensée freudienne mais aussi, avec finesse, sur l’argumentaire habituel anti-antipsychanalyse. En effet, de Freud jusqu’à ses disciples contemporains (comme Elizabeth Roudinesco ou Gérard Miller pour ne citer personne), certains analystes ont pour coutume, lorsqu’on ose critiquer le prophète ou sa parole sacrée, de l’expliquer avec mépris par le fait qu’on résiste (restant en somme un bon gros névrosé de base). La variante politique veut aussi qu’on soit antisémite ou nazi, exemples de diffamations qu’ont subi par exemple les auteurs du livre noir de la psychanalyse… D’où le pic habile lancé par Crews.

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Hannibal Lecter

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Hannibal – Thomas Harris (1981 – 2006)

Quel formidable personnage de fiction que le Dr. Hannibal Lecter, psychiatre et cannibale de son état. Après un premier film sorti en 1986, on retiendra surtout l’interprétation frissonnante d’Anthony Hopkins durant trois films (dont l’un dirigé par Ridley Scott). Egalement grand admirateur de cet acteur, je pensais difficile que quiconque puisse l’égaler dans l’incarnation du criminel. C’était avant les 3 saisons de la très esthétique série Hannibal (2013 – 2015) où Mads Mikkelsen (Le Chiffre dans James Bond – Casino Royal) nous livre une fantastique version élégamment rafraîchie du tueur.

C’est simple, que ce soit dans les films ou la série, et bien que qu’il ne soit pas le seul personnage central (l’intrigue tournant souvent autour d’un détective et d’un autre criminel recherché), on n’attend que lui, et on savoure les moments où le brillant cannibale est mis en scène, conduisant à un conflit cognitif marquant : « comment puis-je autant apprécier ce monstre ?« .

Cet été, j’ai donc entrepris de m’atteler à la tâche et de lire les 4 romans sur lesquels sont basés les films.

L’auteur, malgré le succès international de ses livres, est discret, pour ne pas dire absent des médias. Un comble pour un journaliste. Après un premier thriller écrit en 1975, il ne produira *que* la série de romans centrée autour d’Hannibal (4 livres en 25 ans). Cela pourrais sembler peu… avant de les avoir lu.

Hannibal est un personnage complexe, appréciant aussi bien la cuisine la plus délicate que la musique classique, ses connaissances s’étendant de la peinture à la neuroanatomie, en passant par la littérature italienne et la psychologie. De plus, l’histoire se déroule dans le contexte nébuleux du FBI et de l’investigation criminelle, où se mélangent allègrement politique d’état et enquête scientifique.

Autant de sujets que Thomas Harris traite avec une remarquable crédibilité, même quand il décrit la jeunesse d’Hannibal, dans le Paris honteusement soupçonneux de l’après-guerre. C’est impressionnant de voir s’étendre, page après page, la culture de l’auteur au travers de son personnage, le voir produire d’augustes descriptions de l’enfer de Dante, puis enchaîner sur une revue des produits chimiques pouvant l’aider à se sortir d’une situation. J’ai été bluffé de la justesse des nombreuses références aux théories ou aux évaluations psychologiques que recèlent les livres.

Il est intéressant de noter que les films et la série prennent de nombreuses libertés par rapport aux romans. Pourtant, aucune des histoires contées ne diffère par sa plausibilité. On prend plaisir à noter les différences, surtout celle sur la fin : alors que, dans le film « Hannibal », la dernière scène le montre dans un avion, seul, en cavale, faisant goûter à un enfant un délicat morceau de cerveau, la fin du livre n’est pas… exactement du même registre. Je n’en dirais pas plus.

En conclusion, je vous laisse sur le morceau (de musique) préféré du cannibale, qu’il réclame plusieurs fois au cours de ses incarcérations (et que l’on peut entendre dans le film Le Sillence des Agneaux dans la prison fédérale, avant son passage à l’acte).

Comment accéder gratuitement à tout article scientifique

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Le fonctionnement de la recherche est parfois étrange. Censé être diffusée, partagée, ouverte à tous, les seuls pouvant pourtant accéder aux articles scientifiques sont les universitaires ayant la chance d’être abonné aux revues. Pire encore, dès lors qu’un chercheur publie son travail, celui-ci ne lui appartient plus !

Autrefois, l’activité la plus longue, complexe et fastidieuse d’un scientifique était la recherche des autres travaux accomplis sur un sujet donné. Imaginez-vous, en 1872, chercheur français s’intéressant aux mécanismes de communication du cerveau. De fantastiques travaux sont alors réalisés de par le monde, en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en Russie. Problème, le latin scolaire que l’on vous a enseigné est inutile : la plupart des recherches sont publiés dans leurs langues respectives et, à part quelques mots d’allemand ou d’italien, vous ne les maîtrisez pas assez. Autre problème, la circulation des revues et des livres. En effet, il faut voyager, se rendre dans les autres universités de par le monde et passer des journées entières à survoler les journaux en espérant trouver l’article qui fera avancer votre pensée. Et, à l’époque, se permettre de voyager longtemps et loin n’est pas à la portée de toutes les bourses.

De plus, dans cette époque tourmentée, il était courant que les états entrent en guerre les uns avec les autres, sonnant un glas temporaire sur ces pérégrinations intellectuelles. Ce système a perduré jusqu’à la guerre froide, où les recherches faites par les brillants chercheurs soviétiques étaient difficiles d’accès pour ceux de l’Ouest (et vice versa).

Mais alors, depuis la chute des blocs, la diminution de l’entrave à la libre circulation pour des motifs politiques, la démocratisation de l’anglais comme langue unique de recherche, la communication de masse, l’informatisation et la distribution des articles scientifiques grâce à internet ont-elles permis l’avènement d’un monde avançant ensemble vers la connaissance?

Que nenni !

Après les barrières culturelles et politiques s’est dressé une barrière économique.

Un diktat organisé par des éditeurs, tels que Elsevier, qui tiennent d’une poigne de fer l’accès aux articles et investissent des millions dans des paywalls au top de la technologie destinés à bloquer l’accès à tous ceux qui n’auraient pas mis la main à la poche. Et les prix pratiqués ne sont pas négligeables : 30-35€ la lecture d’un seul article, prévenant ainsi le citoyen lambda de se renseigner à la source, directement dans les articles, entretenant une ségrégation surannée entre les scientifiques et le reste du monde.

Pire encore : les éditeurs, malin comme ils sont, font des formules d’abonnement qu’ils proposent aux universités. Alors qu’en France, elles ont déjà une insuffisance totale de moyens, voilà qu’une part importante de leur budget sert à payer des éditeurs qui, rappelons le, ne servent à rien* (ils ne financent aucune recherche, n’en produisent pas non plus et, pire encore, demandent parfois au chercheur lui même de payer pour être publié). Bien entendu, pour certaines universités prestigieuses aux moyens conséquents, se doter d’abonnements pour toutes les revues n’est pas un problème. Pour l’université locale d’une ville du Kazakhstan, par contre, c’est une autre histoire…

On est loin de la recherche ouverte et accessible à tous.

Je n’ai pas cité le Kazahkstan par hasard. C’est dans ce pays que le Dr. Alexandra Elbakyan a réalisé son doctorat. Et, justement, son université n’avait aucun abonnement, rendant la tâche extrêmement ardue. Elle a donc décidé de créer un site qui court-circuiterait les paywalls et laisserait n’importe qui accéder à n’importe quel article scientifique librement. Sci-hub était né.

Bien évidement, les éditeurs n’ont pas été contents et n’ont pas attendu pour engager des procès à l’étudiante, qui doit se battre contre ces géants de l’édition. Ainsi donc, je ne peux que vous encourager d’utiliser son site, de le diffuser et, si vous pouvez, d’y contribuer. L’objectif de la science est d’être transparente, accessible et ouverte à tous.

Voici le lien, copiez simplement soit l’URL, soit le DOI  (si l’URL ne marche pas), soit le titre de l’article dans le moteur de recherche et laissez la magie opérer.

http://sci-hub.hk/

Ce site étant très souvent visé par les attaques en justice des éditeurs, il change souvent d’addresse. Si le lien ne fonctionne plus, merci de me contacter pour l’updater.

Si cela ne marche toujours pas, l’utilisation conjointe d’un VPN (certains sont gratuit et existent en extension chrome, ex: ZenMate ou Holla) a montré son utilité.

 


source: https://torrentfreak.com/sci-hub-tears-down-academias-illegal-copyright-paywalls-150627/

*Je ne parle pas, dans cet article, du cas des éditeurs open-access.

Films Psychologiques: Cinéma, Psychologie, Psychiatrie et Cerveau.

Le cinéma, comme les autres formes d’art, guide la société en jalonnant son évolution. Les films sont un vecteur ludique d’images et de notions. Ils peuvent servir à illustrer certains concepts, certaines théories ou pathologies, en espérant que cela donne envie au spectateur de se renseigner et de s’informer, plus en détail, sur des sujets importants et souvent méconnus.

La folie est un thème puissant, permettant de la part des réalisateurs de créer les intrigues les plus complexes et les retournements de situation les plus improbables. Ce n’est pas pour rien que la maladie mentale trône en sujet le plus fréquent. Effrayant ou triste, rarement comique, l’angle prit par les cinéastes pour dépeindre la psychopathologie témoigne aussi des attentes de leur public.

Voici une liste de films, en lien d’une manière ou d’une autre avec ce qu’il peut se passer dans notre cerveau, à conseiller à vos étudiants, patients ou toute personne intéressée par la psychologie :

Épouvante / Thriller : 

  • Avant d’aller domir (Before I go to sleep, 2014) : Amnésie (patient HM)
  • The Iceman (2013) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale
  • Effets secondaires (Side Effects, 2013)
  • Shutter Island (2010) : « Asile » psychiatrique, psychanalyse, « déni / refoulement », schizophrénie
  • The Machinist (2005)
  • Trouble jeu (Hide and Seek, 2004) : schizophrénie, amnésie sélective
  • Fenêtre secrète (Secret Window, 2004: schizophrénie
  • Identity (2003) : trouble dissociatif, personnalité multiple
  • Dragon rouge (Red Dragon, 2002) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Hannibal (2001) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • The Barber (The Man Who Wasn’t There, 2001) : personnalité schizoïde
  • L’Expérience (Das Experiment, 2001) 
  • American Psycho (2000) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale
  • Sixième Sens (The Sixth Sense, 1999) : psychologue de l’enfant
  • The game (1997)
  • Se7en (1995) : schizophrénie, trouble dissociatif
  • Copycat (1995) : Trouble panique avec agoraphobie
  • Le Silence des Agneaux ( The Silence of the Lambs, 1991) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme, dysphorie de genre
  • The Shining (1980) : Trouble dissociatif
  • Un frisson dans la nuit (Play Misty for Me, 1971) : personnalité borderline
  • Psychose (Psycho, 1960)  : trouble de personnalité
  • Le Sixième Sens (Manhunter, 1960) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Santa Sangre  (1989) : schizophrénie

Drame

  • The Road Within (2014) : Tourette, TOC, Anoréxie
  • Welcome to Me (2014) : trouble de personnalité borderline
  • Love & Mercy (2014) : trouble schizoaffectif
  • Camille Claudel, 1915 (2013)
  • Happiness Therapy (Silver Linings Playbook, 2012) : Trouble bipolaire
  • Une soeur aux deux visages (Of two minds, 2012) : schizophrénie
  • Augustine (2012) : Charcot, Hôpital Psychiatrique, « Hystérie » / Trouble somatoforme
  • Take Shelter (2011)
  • Black Swan (2011) : trouble dissociatif, trouble délirant, hallucinations, schizophrénie
  • Everything Must Go (2011) : trouble d’utilisation de substances, addiction
  • A Dangerous Method (2011) : Freud, Jung, « Hystérie » / Trouble somatoforme
  • Une drôle d’histoire (It’s Kind of a Funny Story, 2010) : Hôpital Psychiatrique, Borderline
  • Choke (2008)
  • Rachel se marie (Rachel Getting Married, 2008) : trouble de la personnalité, addiction
  • La question humaine (2007)
  • À cœur ouvert (Reign over me, 2007) : syndrome de stress post-traumatique (PTSD), trouble dissociatif
  • Courir avec des ciseaux (Running with Scissors, 2007)
  • Une fiancée pas comme les autres (Lars and the Real Girl, 2007) : Trouble délirant systématisé, pschothérapie
  • Raisons d’État (The Good Shepherd, 2006) : personnalité schizoïde
  • Frankie (2005)
  • Aviator (2004) : Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC)
  • Irrésistible Alfie (Alfie, 2004) : Personnalité narcissique
  • N’oublie jamais (The Notebook, 2004) : Maladie d’Alzheimer
  • Les Associés (Matchstick Men, 2003) : trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • Prozac Nation (2003) : personnalité borderline, dépression, trouble d’utilisation de substances
  • Elephant (2003)
  • The Hours (2002) : Dépression / trouble bipolaire
  • Down to the Bone (2002)
  • La Secrétaire (Secretary, 2002) : Personnalité borderline, sado-masochisme, fétichisme, domination
  • Un homme d’exception (A Beautiful Mind, 2001) : Schizophrénie
  • Mortel transfert (2000) : Psychanalyse, épisode dissociatif
  • Traffic (2000) : trouble d’utilisation de substance, drogue
  • Une vie volée (Girl, Interrupted, 1999)
  • Fight Club (1999) : Trouble dissociatif de l’identité
  • Les Liaisons dangereuses (Dangerous Liaisons, 1998)
  • Instinct (1998) : psychiatre, hôpital psychiatrique pénitencier, psychothérapie
  • En présence d’un clown (Larmar Och Gor Sig Till, 1997)
  • Will Hunting (Good Will Hunting, 1997) : Psychologue, Psychothérapie
  • La Chambre tranquille (The Quiet Room, 1996) : mutisme sélectif, développement de l’enfant, trouble somatoforme
  • Peur primale (Primal Fear, 1996) : trouble dissociatif
  • La Leçon de piano (The Piano, 1996) : trouble somatoforme, mutisme
  • Leaving Las Vegas (1995) : addiction, suicide
  • Drunks (1995) : trouble d’utilisation de substance, alcoolisme
  • Nell (1994)
  • Mr. Jones (1994) : trouble bipolaire
  • État second (Fearless, 1993) : stress post-traumatique (PTSD), thérapie de groupe
  • Toto le héros (1991) : personnalité paranoïde
  • L’Éveil (Awakenings, 1990) : Maladie de Parkinson, Hôpital
  • L’île oubliée (Lord of the Flies, 1990) : Psychologie sociale, société
  • Sailor et Lula (Wild at Heart, 1990) : personnalité antisociale
  • Sweetie, 1989 : schizophrénie
  • La dernière tentation du Christ (The Last Temptation of Christ, 1988) :  épisode dissociatif
  • Liaison fatale (Fatal Attraction, 1987) : personnalité borderline
  • La Ménagerie de verre (The Glass Menagerie, 1987) : personnalité dépendante / évitante
  • Hannah et ses sœurs (Hannah and Her Sisters, 1986) : trouble somatoforme
  • Rain Man (1984) : Trouble du spectre autistique, autisme / « Asperger »
  • Les Vestiges du jour (The Remains of the Day, 1993) : trouble de la personnalité
  • Le Choix de Sophie (Sophie’s Choice, 1982) : Dépression / trouble bipolaire
  • Des gens comme les autres (Ordinary People, 1980) : depression, stress post-traumatique (PTSD)
  • Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses (I Never Promised You a Rose Garden, 1977) : Thérapie, schizophrénie
  • Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, 1975) : « Asile » / Hôpital Psychiatrique
  • Persona (1966) : trouble somatoforme
  • La Grande Parade (The Big Parade, 1925) : traumatisme, handicap

Science-Fiction

  • Matrix (1999, 2003, 2005) : réalité et entiment de réalité, intelligence artificielle
  • Mondes possibles (Possible worlds, 2000) :  réalité et sentiment de réalité, déprivation sensorielle, cerveau dans une cuve
  • eXistenZ (1999) : réalité et sentiment de réalité, jeux-vidéos
  • Au-delà du réel (Altered states, 1980) : réalité et sentiment de réalité, drogue, déprivation sensorielle, hallucinations

Comédie

  • Tous les espoirs sont permis (Hope Springs, 2012)
  • Elle s’appelle Ruby (Ruby Sparks, 2012)
  • Oh My God! (Hysteria, 2011) : Hystérie, histoire
  • Habemus Papam (2011) : psychanalyste
  • Petites confidences (à ma psy) (Prime, 2005) : psychanalyse, psychothérapie
  • Sex fans des sixties (The Banger Sisters, 2002) : personnalité histrionique
  • Hollywood Ending (2002) : trouble somatoforme / trouble factice
  • Pour le pire et pour le meilleur (As Good as It Gets, 1997) : trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • Cyrano de Bergerac (1993) : dysmorphophobie

Documentaire / Biographie

  • Neurotypical (2014) : trouble du spectre autistique
  • Elle s’appelle Sabine (2008) : trouble du spectre autistique
  • Shine (1996) : schizophrénie
  • Freud, passions secrètes (Freud, 1962) : Psychanalyse, Sigmund Freud, troubles somatoformes
  • Eleanor Longden: The voices in my head : témoignage schizophrénie
  • Nova – Dying to be Thin : trouble du comportement alimentaire (anorexie mentale / boulimie)
  • Take these Broken Wings : schizophrénie

Dessin animé

  • Vice-versa (Inside Out, 2015) : Mémoire autobiographique, émotions

Série

  • Hannibal : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Sense8

Il manque un film? N’hésitez pas à m’envoyer vos suggestions, je les rajouterais sur la liste 🙂

Un grand merci pour les contributions de Ninette Abi Atallah,  Joséphine Caron, Eric Bethermat et François-Paul Maury.

Le Beau Livre de la Psychologie – W. E. Pickren (2014)

Le Beau Livre de la Psychologie - Du Chamanisme aux Neurosciences - Walde E. Pickren 2014

Le Beau Livre de la Psychologie – Du Chamanisme aux Neurosciences

L’habit ne fait pas le moine. Certes.

Pourtant, l’on ne pourra s’empêcher d’évaluer spécifiquement quelqu’un qui se présenterait en sandales vêtu d’une longue tunique maronâtre… et ce avec raison, car dans 99% des cas, c’est effectivement un moine. Ces heuristiques, ces stratégies automatiques et peu coûteuses pour notre cerveau sont le fruit d’une longue et complexe évolution et, la plupart du temps, nous facilitent la vie. Mais pas tout le temps… Dans ce cas, elles ont bien failli me faire rater ce « Beau Livre de la psychologie ».

J’ignore si le titre est volontairement ironique, mais il faut avouer que l’ouvrage est ne donne pas envie. Avec son allure mystique de recueil de contes enfantins, il faut se forcer pour lui donner sa chance de receler un contenu lumineux et rafraîchissant.

Ainsi, malgré les mauvais goût de l’éditeur, et le prix lui aussi rebutant (30€), cet ouvrage (issu la série des « le Beau livre De … ») fut une surprise, l’intérieur étant en quelque sorte le négatif de l’extérieur.

Syndrome de Munchäussen

Syndrome de Munchäussen

Ici, la psychologie est, – pour une fois, replacée à l’aune de l’Histoire. Et non pas l’histoire depuis Pavlov, Freud, les lumières ou même le moyen-âge. non, l’Histoire de l’humanité . En effet, cette science est enracinée dans les réflexions des hommes depuis le premier jour. Bien qu’aujourd’hui, les théories anciennes semblent dépassées, obsolètes, anecdotiques voir drôles, elles étaient le fruit d’une profonde motivation à la compréhension de soi-même. Pour y parvenir, ces hommes faisaient avec ce qu’ils avaient: les astres, les saisons, les lignes de la main, les bosses du crâne…

De plus, l’oeuvre de Pickren met en lumière le rôle et l’apport considérable des cultures orientales et asiatiques sur notre vision des émotions, des sentiments, et de l’humain en général. Il place chaque grande découverte, chaque grande théorie à égalité, une page pour chaque, par ordre chronologique, apportant une vision quasi-évolutionniste de la psychologie .

Ainsi, cet ouvrage est à parcourir au moins une fois, pour nous rappeler que l’on vient de loin, et que le chemin reste encore long.

Les Quatres Nobles Vérités du Bouddha.

Les Quatres Nobles Vérités du Bouddha.

« Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ? – FranceTV

Quel est l’effet réel de la technologie 3D pour l’utilisateur ? Pour y répondre, nous avons lancé une étude, sous forme d’un questionnaire en ligne, pour étudier scientifiquement ce phénomène.

Vous avez vu le film Avengers ? Alors n’attendez-plus, lisez l’article d’Ariane Nicolas, journaliste à FranceTV, pour en apprendre plus !

Cliquez sur l’image ou le lien suivant : « Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ?

Docteur, Professeur… Les titres à l’usage des gens instruits.

Pourquoi Ross Geller,  le paléontologue de la série américaine Friends, est-il couramment appelé Dr. Geller par ses supérieurs, ses collègues ou ses étudiants ?

Que se cache-t-il derrière ces titres ?

Pour comprendre, il faut remonter dans l’histoire de l’Homme, à l’époque ou la société était divisée en castes, à l’instar des nobles, du clergé et de ces pauvres gueux dont je fais partie. Les premiers se différenciaient du simple badaud de par leur statut social, leurs privilèges et leurs droits devant la loi. Ils possédaient un titre, précédant leur nom, qui symbolisait la primauté et l’importance du-dit titre. Dans la noblesse, « Sa majesté Intel » (avec des variations telles que « Sa royale majesté » en fonction de la place hiérarchique), dans le clergé, « père Intel » (Monseigneur étant au moyen-âge réservé à l’évêque de Paris) and so on… Notons que si « père » est un titre qui existe toujours, les autres sont devenus moins courant en France (Robespierre et consorts y sont sans-doute pour quelque chose…).

Pourtant, des lors que l’on parle des princes, rois, et autre membres de la famille royale des paradis fisc-, pardon, pays avoisinants, il est courant de voir leurs noms précédés des lettres HRH. Quel est le sens de ces obscures initiales? Il signifie His/Her Royal Highness, et témoigne de leur statut.

Ces titres peuvent renvoyer à différents domaines: la noblesse, comme on l’a vu, mais aussi l’armée, la loi où l’enseignement. C’est avant tout un vecteur d’acquis de différentes formes, et il convient d’en distinguer la civilité, à forme binaire (Monsieur ou Madame).

Dans l’armée et la loi

Dans l’armée, les titres correspondent plus ou moins aux grades : on ne dira donc pas Monsieur Moutarde, mais Colonel Moutarde, le titre se substituant à la civilité, et ainsi de suite pour le lieutenant Dan du film Forest Gump.

Dans le domaine de la loi, le reliquat principal est « maître » (abrévié Me) et s’applique à certaines professions (notaires, avocats, huissiers…). Ces juristes perdent le titre de civilité commun (Monsieur, Madame) tout au long de leur exercice, exception faite quant ils sont eux-même devant les tribunaux ou lorsqu’ils ne comparaissent pas dans l’exercice de leur fonction. A ne pas confondre, donc, avec l’appellation commune « maître » de l’enseignant des écoles primaire, qui est plus couramment appelé « professeur ». Pourtant, ces profs là ne sont pas vraiment profs…

Voilà qui nous amène donc à l’enseignement et la recherche.

Le Docteur (Dr.)

Docteur ne correspond pas un métier ou une profession.

Il s’agit d’un titre, provenant du latin docēre (enseigner), qui correspond au plus haut grade (diplôme) académique international ; le doctorat.

Ce titre universitaire s’acquiert par la réalisation d’études supérieures (un master) suivi de l’écriture d’une thèse de doctorat et de sa défense devant un jury d’experts. Cette thèse discute les découvertes du chercheur dans un domaine donné, et témoigne de son expertise sur un plan international (les publications nécessaires à la validation d’un doctorat étant le plus souvent faites dans des revues internationales). Un docteur est donc avant tout un expert dans un domaine donné, qui peut être un sujet d’histoire, de physique, de mathématiques ou autre.

Son origine remonte à la création même de l’université au XIe siècle. Son abréviation anglaise : le PhD, signifie Philosophiae Doctor, littéralement docteur en philosophie (à comprendre ici sous sa signification originelle grecque comme « amour de la sagesse/connaissance ») : un expert de la connaissance dans un domaine donné.

Réunion de docteurs au moyen-âge.

Mais c’est la que cela se complique. En fait, il existe plusieurs types de doctorats, dont les deux principaux sont:

  • Le doctorat « de recherche »
  • Le doctorat « d’exercice »

En fait, ce qui est écrit plus haut sur le docteur comme expert d’un champs donné n’est valable que pour le doctorat de troisième cycle universitaire (PhD). Il existe également des doctorats d’exercices qui témoignent plutôt de l’acquisition d’un savoir faire technique (un métier). Il s’agit là des diplômes d’état de docteur en médecine (MD), en psychologie (PsyD), en pharmacie, ainsi que les vétérinaires et les dentistes.

Notez  la subtile nuance: le premier est un « diplôme national de doctorat en … » le second est un « diplôme d’état de docteur en … ». Cette différence a son impact: Pour devenir véritablement chercheur, enseignant-chercheur, maître de conférence, professeur et gravir la hiérarchie universitaire, il faut en général avoir un doctorat de type PhD. Un médecin, un pharmacien qui n’a pas, en plus de son diplôme de docteur, un diplôme national de doctorat ne pourra pas y postuler.

Mais pourquoi docteur est-il surtout employé pour les médecins?

En France, il est très rare de voir des docteurs, à part les docteurs en médecine, recevoir la particule « Dr » et être appelés comme tel. Surtout que, dans la majorité des autres pays (et en particulier le monde anglo-saxon, l’Allemagne, la Scandinavie, …), tout docteur est appelé comme tel dans les contextes formels (d’où l’appellation de Ross Geller de la série Friends). Mais pourtant, comme disent nos voisins d’outre-atlantique, chez le « common folk » (citoyen lambda)un docteur est quasi synonyme de médecin. Comme dirait l’autre, C’est grave docteur ? 

Deux raisons peuvent être suggérées: En premier lieu, la bonne compréhension, la connaissance et utilisation de ces titres n’est pas une habileté répandue hors du monde académique. Il est plus courant de se faire donner des conseils par un docteur en médecine que par un docteur en physique quantique. Ensuite, on peut imaginer que nos voisins « anglo-saxons » jouent un rôle dans cette particularité. En effet, la traduction anglaise de médecin est « Physician ». Un mot étrange, qui semble être (du moins acoustiquement) plus en lien avec la physique que la médecine. Alors, pour éviter toute confusion, on peut comprendre que les anglais eurent préféré appeler le médecin par son titre; un « medical doctor » (d’ou l’abréviation MD). Le temps faisant son chemin, il fut abrévié en « doctor ».

Pourtant, même en France, contrairement à certaines rumeurs (répandue en particulier dans les hôpitaux), les docteurs de 3ème cycle ont tout à fait le droit de faire usage de leur titre de docteur. Au contraire même, la cour de cassation a rappelé avec fermeté en 2009 que le titre de docteur appartenait en premier lieu aux titulaires d’un doctorat de troisième cycle universitaire et que la contestation de ce fait pouvait valoir diffamation.

Le Professeur (Pr.)

A ne pas confondre avec le métier d’enseignant, nos chers « profs ».

En effet, les enseignants au collège, lycée, reçoivent un diplôme de professeurs des écoles ou de lycée après un concours sélectif (l’agrégation, pour  les enseignants du lycée). Pourtant, ce diplôme ne les autorise légalement pas à user de l’appellation « professeur ».

En effet, de manière internationale, professeur correspond à un titre universitaire de recherche. C’est le titre le plus élevé, qui s’obtient suite à carrière académique reconnue. Notons qu’un professeur peut, d’ailleurs, ne pas enseigner du tout.

En France et dans le monde anglo-saxon, il est coutume de remplacer le titre de docteur par celui de professeur (ce dernier englobant le premier). Pourtant, dans d’autres pays comme l’Allemagne, il est habituel de cumuler les titres devant son nom. On verra ainsi souvent sur la chaîne Arte des historiens répondant au nom de Prof. Dr. Duzponz. Pire encore (d’un point de vue esthétique en tout cas), ils n’hésitent pas à rajouter d’autres titres, comme celui d’ingénieur.

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Beaucoup de titres pour un seul homme.

Et oui, les Allemands ne badinent pas avec les titres. Pourtant les américains font de même, en entassant cette fois-ci les diplômes obtenus à la fin du nom de famille. Bonjour Thomas Dupont, PhD, MA, MSc, BSc.

Par contre, écrire Dr Thomas Dupont, PhD est une erreur et reviendrais à une sorte de pléonasme.

Complexe, cette histoire de titre…

Qu’est ce que la neuropsychologie ?

phreneologyhead-graphicsfairy010bProcédons à une expérience simple et amusante. Prenez un jeune et brillant neuropsychologue et demandez lui « qu’est ce que la neuropsychologie ? ». Dans certains cas, après quelques balbutiements, il vous répondra par un exemple issu de son métier ; « la neuropsychologie, c’est faire ci ou ça ». Au mieux, il vous donnera une réponse incomplète, voire fausse : «la neuropsychologie est un outil», « une méthode » ou pire, « un point de vue »…

Non pas que le neuropsychologue en question soit incompétent, loin de là. Mais c’est un exercice que nous n’avons pas l’habitude de faire. L’enseignement de la neuropsychologie vient petit à petit, de manière dénouée et parcellaire. Si, in fine, nous en acquérons une vision globale, jamais la verbaliser n’est nécessaire. De plus, la définition de la neuropsychologie, complexe et difficile à formuler, est surtout très débattue. Les métiers qui en découlent sont multiples et, trop souvent, d’aucuns essayent de circonscrire la neuropsychologie à leur petite activité. Par exemple, un neuropsychologue qui fera de la remédiation cognitive avec des patients psychiatriques aura sans doute une vision quelque peu différente de celui-ci qui réalise, jour après jour, des examens neuropsychologiques diagnostiques dans un service de neurologie. Et c’est sans compter tous les neuropsychologues ayant choisi une carrière universitaire et académique, enseignants et/ou chercheurs, parfois critiqués par leurs confrères cliniciens.

Aucun problème, dirait le lecteur averti, prenons une définition plus large. Pas si simple. La neuropsychologie occupe une place à part dans l’organigramme de la science, à la frontière exacte entre les sciences humaines, les sciences de la vie et les sciences médicales. En donner une définition trop large reviendrais à perdre son essence dans les tréfonds nébuleux des neurosciences et de la psychologie. Les neuropsychologues, qu’ils soient cliniciens ou pas, ont une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode rigoureuse et scientifique.

C’est pourquoi, dans l’objectif d’un consensus ouvrant à la compréhension et au débat, je vais tenter de proposer une définition simple, complète et informative.

Le premier point obligatoire, l’axiome premier, est la notion de science. «Science», nous dit Schopenhauer dans sa thèse à l’intitulé baroque (De la quadruple racine du principe de raison suffisante), « signifie un système de connaissances, c’est-à-dire une totalité de connaissances reliées ensemble, par opposition à leur simple agrégat. ». Ce principe s’appliquant parfaitement à la neuropsychologie, qui contient des théories, des hypothèses et des preuves se nourrissants les unes des autres, elle devient de facto une science. Mais pas n’importe laquelle.

La neuropsychologie fait partie d’un amas de sciences ayant pour intérêt la constitution, le fonctionnement et la production d’un même objet : le cerveau. Par conséquent, elle fait partie intégrante des neurosciences. Elle se situe même à cheval entre les neurosciences médicales (la neurologie, la psychiatrie, la psychopathologie…) et les neurosciences fondamentales (la neurobiologie, la neurophysiologie, la psychologie cognitive…). De plus, elle est également liée par de multiples aspects aux neurosciences appliquées (psychopharmacologie, neuro-ingéniérie, neuromarketing etc.).

La nébuleuse des neurosciences.

La nébuleuse des neurosciences.

Comme dit plus haut, la neuropsychologie est un champs d’étude intégrant des théories, des méthodes d’investigations spécifiques, des débats et des experts, qui s’intéresse à la relation entre matière cérébrale, son organisation anatomique et fonctionnelle, et a son lien avec la cognition et la pensée.

Contrairement à d’autres domaines, la neuropsychologie possède également une composante pratique, appliquée, qui se développe dans l’évaluation, le diagnostic et la prise en charge de patients pouvant souffrir de pathologies très diverses.

Ces multiples facettes font la richesse de la neuropsychologie et offrent une liberté de travail potentiellement exceptionnelle. 

Ainsi donc, en résumé* :


La neuropsychologie est une science théorique et pratique étudiant le lien entre l’organisation et le fonctionnement du cerveau, la cognition, la pensée et le comportement.

Elle comporte deux aspects intimement liés :

  • La neuropsychologie expérimentale étudie les variabilités du cerveau et de la cognition (qu’elles soient d’origine pathologique ou non) pour tester des modèles et développer des théories sur le fonctionnement mental, visant ainsi à une meilleure compréhension de l’Homme.

  • La neuropsychologie clinique utilise les théories et les modèles sur le fonctionnement mental pour mieux détecter et appréhender les troubles et les déficits d’une pathologie, menant à un diagnostic précis, tout en développant et appliquant des prises en charges modernes et adaptées.

La neuropsychologie se situe au centre de la nébuleuse des neurosciences, au carrefour de la théorie et de la pratique. Ses praticiens, les neuropsychologues, sont liés par une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode d’investigation rigoureuse et scientifique.


2017 : Cette définition est enseignée aux étudiants de psychologie de l’université Sorbonne Paris-Cité.

40 questions et réponses sur les rêves

40 Questions et réponses sur les rêves -  J. Montangero (2013)

40 Questions et réponses sur les rêves – J. Montangero (2013)

 

Le questionnement sur les rêves existe depuis littéralement des millénaires. Quel est l’utilité de ce phénomène commun à tous les hommes ? A  défaut de trouver une réponse claire, certains se sont plus récemment intéressée aux mécanismes qui sous-tendent le rêve.

De nombreuses théories existent : les anciens proposaient l’idée selon laquelle le rêve contenait un message venu de l’extérieur (le plus souvent des dieux) et qu’il nous informait, d’une manière plus ou moins cachée, sur le futur (prémonition, …). Freud, en 1900, à la parution de son premier ouvrage grand public, fait mine de chambouler cette proposition et remplace les dieux par un autre concept finalement tout aussi mystique; l’inconscient. Le rêve servirait à libérer les pulsions contenu dans le ça, en les masquant pour passer la censure du surmoi. Quelques années plus tard sont découverts les stades de sommeils et leurs particularités neurophysiologiques. Les chercheurs tentent alors une explication rationnelle, physique : naissent alors des théories célèbres, qui seront tronquées, mélangées, dénaturées pour devenir des faits pseudo-scientifiques admis que chacun se plait à raconter à son voisin :

  • on ne rêve que pendant le sommeil paradoxal,
  • le rêve sert à consolider les événements vécus dans la journée,
  • Le rêve dont on se souvient ont étés rêvés pendant les quelques dernières secondes de sommeil,

Ces données, que l’on entend au détour des « se-coucher-moins-bête » ou « science-facts » peuplant le net, sont pour la majorité incomplètes ou fausses.

40 questions et réponses sur les rêves explique parfaitement bien la réalité (ou non) de ces notions, de ces concepts et de ces théories. L’ouvrage est miné de références, de sources, et le texte impressionne par sa clarté. A coté, les livres pseudo-modernes comme « La nouvelle interprétation des rêves » (Tobie Nathan, 2012) font sourire (je reviendrais dans un autre article sur la « théorie » de ce dernier). Le Pr Montanegro, thérapeute cognitivo-comportemental, a fourni un travail exceptionnel en regroupant ses recherches et ses connaissances dans le domaine.

Ce livre est adapté aussi bien pour le neuroscientifique, qui trouvera un résumé sérieux et détaillé que pour le profane, pour lequel il ne présentera aucune difficulté d’appréhension. A conseiller vivement pour ce que le mystère du rêve intéresse !

 

 

Du vrai, du beau, du bien

Du vrai, du beau, du bien - Jean-pierre Changeux

Du vrai, du beau, du bien – Jean-pierre Changeux (2008)

 

Le système universitaire et scientifique français est étrange. Dans une grande partie du monde, les chercheurs peuvent et sont invités à changer ou à multiplier leurs thématiques de recherche. C’est le cas de certains grands noms dont on retrouve des articles sur des thèmes diverses et variés (mais toujours de grande qualité).

Ce n’est pas le cas en France. Ici, c’est l’expertise d’un laboratoire autour d’un sujet précis qui est valorisé. Il est déconseillé de toucher à tout, de s’intéresser à des choses différentes. Ainsi, de la thèse au professorat, le système français forme des experts à la vision et aux possibilités obtus. C’est regrettable. En effet, les plus grandes découvertes et avancées dans un domaine se sont fait grace à l’utilisation de techniques ou de talents venus d’ailleurs, d’autres domaines : c’est le cas en médecine, en psychologie, en physique ou en chimie…

Prenons un exemple mathématique : imaginez 3 points A, B et C. Le maximum de patterns de connexions est 7 : A-B; A-C; B-C; A-B + A-C ; B-A+B-C; C-A+C-B et enfin le triangle complet, A-B-C-A. On ne peut pas faire autre chose avec ce dont on dispose. Si l’on introduit ne serait-ce qu’un nouveau point, on rajoute un nombre très important de patterns de connexions possible. Chaque point nouveau ajouté augmente ce nombre de manière exponentielle.

Autrement dit, si l’on prend un chercheur, ou ensemble de chercheurs disposant à la base de compétences, de moyens et de talents importants, si on leur propose une nouvelle thématique, un nouveau sujet, nul doute que leur créativité et leur productivité se verra massivement augmentée,et que leur point de vue apportera de nouvelles perspectives et de nouvelles interrogations. De l’eau au moulin, en somme.

(Il est intéressant de noter que ce phénomène se retrouve plus globalement dans l’évolution et l’histoire, ou toute grande révolution ou changement provient à l’origine d’une petite minorité de personnes. Ceci pose de réelles interrogations quant au système démocratique qui, par définition, se définit comme la victoire de la majorité sur la minorité : 51% des gens ont choisi telle solution, c’est donc elle qui sera… Mais ceci est un autre débat compliqué sur lequel je reviendrais peut être un jour)

Revenons en à nos moutons.

Le Pr Changeux est l’une des grande figures des neurosciences françaises. N’ayant plus rien à prouver d’un point de vue scientifique, il peut se permettre aujourd’hui de s’intéresser à des thématiques nouvelles et de nous raconter, de sa plume d’une dense légèreté, l’histoire des sciences, des neurosciences, et d’introduire dans cet ouvrage des domaines comme la neuroesthétique, l’étude de la morale, et toute ces disciplines que l’on considère malheureusement pour l’instant comme « à la limite du sérieux ».

Je me souviens encore, quand j’avais décidé de m’intéresser à la neuroesthétique, le regard de travers que m’ont lancé les chercheurs. Ou encore la phrase d’une directrice de recherche du CNRS, qui disait lors d’un workshop sur ce domaine : « la neuroesthétique c’est passionant, j’y crois, mais je ne le met pas sur mon CV »…

Quoi qu’il en soit, ce livre est sans doute l’un des plus intéressant qu’il m’est était donné de lire, parfait pour les vacances, il ouvre vraiment l’esprit  et montre que ces thématiques on the edge sont en fait, probablement, le futur.

La philosophie et les sciences sont à l’origine très liées : les philosophes antiques étaient des scientifiques : les deux étaient synonymes (le PhD, le Philosophiae Doctor, en est l’héritage). Puis ces deux voies se sont séparées pour de multiples raisons, tant par l’influence des religions que par les limites techniques de la science. Ainsi, de grandes questions comme « qu’est ce que le beau ? », « qu’est ce que le bien? », « qu’est ce que la pensée » sont restés dans le champ de la philosophie. Aujourd’hui, grâce aux progrès des sciences, on assiste de nouveau à un rapprochement de celle-ci avec la philosophie, et de nombreux mathématiciens, physiciens ou scientifiques exportent leur connaissances et leur méthode pour répondre aux questions fondamentales de notre existence.

Et c’est sans doute l’un des grands enjeux de la science de demain.