La lecture à froid dans le conseil et la psychothérapie

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Cold Reading in Counselling and Psychotherapy: Becoming the Projected Archetype – Alex H Parker (2012)

Dans la série mini-livres, Amazon m’a aussi emboucané pour celui-ci. Un lendemain de soirée ayant affaibli mes capacités d’inhibition, un prix à la portée de mon porte-feuille (3,48€) et hop, me voilà en train de donner une chance à l’un des représentant d’une certaine zone d’ombre de la thérapie / conseil / coaching / arnaque.

Il existe, en fait, une continuité entre la psychanalyse la plus orthodoxe, la plus psychologique et médicale, et la pratique de la divination / astrologie / mentalisme etc. De manière intéressante, le champs théorique qui fait le lien est appelé « psychologie des profondeurs » et se dit découler des travaux du célèbre Carl Gustav Jung.

Celui-ci, ancien disciple (adoubé héritier, puis déchu et répudié) de Freud, fonda la « psychologie analytique » (se distinguant ainsi de la psychanalyse de Freud). Il s’agit de l’un des courants psychodynamique que je trouve les plus intéressant : précurseur de l’éthnopsychiatrie, Jung cherche à travers l’exploration des cultures et des mythologies du monde l’essence de l’inconscient. Il théorise ainsi « l’inconscient collectif » et met en avant deux notions centrales : l’archétype et la synchronicité.

Ces deux notions, doublées d’une certaine relecture des  travaux de Jung, font ainsi directement le lien avec une pratique du tarot pseudo-divinatoire (sur lequel j’écrirais bientôt un autre article), et mènent ensuite rapidement à la pratique de l’astrologie, chiromancie, et autres arts mystiques. Mais avant de tomber dans les limbes de la pseudo-science, certains tentent de se servir des outils offerts par ce domaine pour mener à bien des vraies thérapies. C’est l’objectif de Alex H Parker à travers son livre.

Le titre fait transparaître 3 éléments :

  • « Cold Reading«  se réfère a une technique utilisée, consciemment ou non, pour extraire un maximum d’informations correctes sur la personne en face nous en un temps très court. Les astrologues le maîtrisent parfaitement, mais un vendeur de cassoulet pourra également l’utiliser de manière automatique pour parvenir à ses fins (en l’occurrence, vendre son cassoulet).
  • « …in counselling and Psychotherapy » donne l’orientation du livre. Pas question ici de tarot, de divination ou d’astrologie, c’est bien de thérapie (et donc de soin objectif) dont il sera question.
  • « Becoming the Projected Archetype » se réfère à l’appartenance à la pensée Jungienne.

Voilà qui nous donne une bonne idée de ce que l’on va trouver dedans.

Ainsi, l’auteur passe la première moitié du livre a se dédouaner d’utiliser des techniques « mystiques » en psychothérapie et à souligner l’importance de la bienveillance du thérapeute. Ces puissantes techniques, nous prévient l’auteur, peuvent être destructrices si elles sont utilisées à de mauvaises fins.

S’en suit une description, assez claire et précise il faut l’avouer, de quelques techniques et des failles psychologiques sur lesquelles elles sont basées :

  • Exploiter l’effet placébo.
  • Les énoncés « Barnum » : des propositions donnant l’impression d’être personnelles alors qu’elles s’appliquent à tout le monde (cf. les prédictions astrologiques).
  • La « pêche » (fishing) : faire une suggestion en espérant qu’elle ait une signification pour quelqu’un.
  • Les « silences féconds » (pregnant pauses) : maintenir le silence qui entraîne le patient à livrer des éléments importants.
  • La détection de patterns : comment mettre a profit le biais humain qui consiste à voir du sens, une signification ou un pattern dans des éléments a priori sans relation.
  • La lecture à froid thérapeutique : utiliser la lecture à froid de manière positive.

En conclusion, pourtant bien que mieux que ce à quoi je m’attendais, c’est un livre que je ne conseille pas. Il existe de meilleurs ouvrages, aussi bien sur la psychologie analytique Jungienne que sur les techniques dites de « mentalisme ». Pour ce qui est de leur application en thérapie, c’est une bonne initiative que d’en parler, mais elles méritent une vraie description basée sur des travaux scientifiques, première étape pour aboutir à leur utilisation « laïque » (neutre vis-à-vis de tout courant intellectuel) et véritablement saine.

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Qu’est ce que la neuropsychologie ?

phreneologyhead-graphicsfairy010bProcédons à une expérience simple et amusante. Prenez un jeune et brillant neuropsychologue et demandez lui « qu’est ce que la neuropsychologie ? ». Dans certains cas, après quelques balbutiements, il vous répondra par un exemple issu de son métier ; « la neuropsychologie, c’est faire ci ou ça ». Au mieux, il vous donnera une réponse incomplète, voire fausse : «la neuropsychologie est un outil», « une méthode » ou pire, « un point de vue »…

Non pas que le neuropsychologue en question soit incompétent, loin de là. Mais c’est un exercice que nous n’avons pas l’habitude de faire. L’enseignement de la neuropsychologie vient petit à petit, de manière dénouée et parcellaire. Si, in fine, nous en acquérons une vision globale, jamais la verbaliser n’est nécessaire. De plus, la définition de la neuropsychologie, complexe et difficile à formuler, est surtout très débattue. Les métiers qui en découlent sont multiples et, trop souvent, d’aucuns essayent de circonscrire la neuropsychologie à leur petite activité. Par exemple, un neuropsychologue qui fera de la remédiation cognitive avec des patients psychiatriques aura sans doute une vision quelque peu différente de celui-ci qui réalise, jour après jour, des examens neuropsychologiques diagnostiques dans un service de neurologie. Et c’est sans compter tous les neuropsychologues ayant choisi une carrière universitaire et académique, enseignants et/ou chercheurs, parfois critiqués par leurs confrères cliniciens.

Aucun problème, dirait le lecteur averti, prenons une définition plus large. Pas si simple. La neuropsychologie occupe une place à part dans l’organigramme de la science, à la frontière exacte entre les sciences humaines, les sciences de la vie et les sciences médicales. En donner une définition trop large reviendrais à perdre son essence dans les tréfonds nébuleux des neurosciences et de la psychologie. Les neuropsychologues, qu’ils soient cliniciens ou pas, ont une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode rigoureuse et scientifique.

C’est pourquoi, dans l’objectif d’un consensus ouvrant à la compréhension et au débat, je vais tenter de proposer une définition simple, complète et informative.

Le premier point obligatoire, l’axiome premier, est la notion de science. «Science», nous dit Schopenhauer dans sa thèse à l’intitulé baroque (De la quadruple racine du principe de raison suffisante), « signifie un système de connaissances, c’est-à-dire une totalité de connaissances reliées ensemble, par opposition à leur simple agrégat. ». Ce principe s’appliquant parfaitement à la neuropsychologie, qui contient des théories, des hypothèses et des preuves se nourrissants les unes des autres, elle devient de facto une science. Mais pas n’importe laquelle.

La neuropsychologie fait partie d’un amas de sciences ayant pour intérêt la constitution, le fonctionnement et la production d’un même objet : le cerveau. Par conséquent, elle fait partie intégrante des neurosciences. Elle se situe même à cheval entre les neurosciences médicales (la neurologie, la psychiatrie, la psychopathologie…) et les neurosciences fondamentales (la neurobiologie, la neurophysiologie, la psychologie cognitive…). De plus, elle est également liée par de multiples aspects aux neurosciences appliquées (psychopharmacologie, neuro-ingéniérie, neuromarketing etc.).

La nébuleuse des neurosciences.

La nébuleuse des neurosciences.

Comme dit plus haut, la neuropsychologie est un champs d’étude intégrant des théories, des méthodes d’investigations spécifiques, des débats et des experts, qui s’intéresse à la relation entre matière cérébrale, son organisation anatomique et fonctionnelle, et a son lien avec la cognition et la pensée.

Contrairement à d’autres domaines, la neuropsychologie possède également une composante pratique, appliquée, qui se développe dans l’évaluation, le diagnostic et la prise en charge de patients pouvant souffrir de pathologies très diverses.

Ces multiples facettes font la richesse de la neuropsychologie et offrent une liberté de travail potentiellement exceptionnelle. 

Ainsi donc, en résumé* :


La neuropsychologie est une science théorique et pratique étudiant le lien entre l’organisation et le fonctionnement du cerveau, la cognition, la pensée et le comportement.

Elle comporte deux aspects intimement liés :

  • La neuropsychologie expérimentale étudie les variabilités du cerveau et de la cognition (qu’elles soient d’origine pathologique ou non) pour tester des modèles et développer des théories sur le fonctionnement mental, visant ainsi à une meilleure compréhension de l’Homme.

  • La neuropsychologie clinique utilise les théories et les modèles sur le fonctionnement mental pour mieux détecter et appréhender les troubles et les déficits d’une pathologie, menant à un diagnostic précis, tout en développant et appliquant des prises en charges modernes et adaptées.

La neuropsychologie se situe au centre de la nébuleuse des neurosciences, au carrefour de la théorie et de la pratique. Ses praticiens, les neuropsychologues, sont liés par une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode d’investigation rigoureuse et scientifique.


2017 : Cette définition est enseignée aux étudiants de psychologie de l’université Sorbonne Paris-Cité.

Traitement du trouble de la personnalité Borderline

Traitement du trouble de la personnalité borderline - Firouzeh Mehran (2011)

Traitement du trouble de la personnalité borderline – Firouzeh Mehran (2011)

 

Préfacé par J. E. Young, le créateur de la thérapie des schéma, c’est pour l’instant le meilleur ouvrage traitant de psychothérapies que j’ai pu lire.

Riche, exhaustif, il propose une partie théorique sur toutes les thérapies existantes suivi d’une partie pratique pour mieux comprendre et soigner ce trouble de la personnalité complexe, fréquent et difficile qu’est la personnalité borderline.

La prise en charge proposée par F. Mehran est la suite logique de la thérapie des schéma. Prenant en compte les multiples aspects et niveaux de fonctionnement du psychisme et de la cognition, elle tente une approche très ciblée sur ce trouble de personnalité qui est, à mon avis, plus fréquent qu’on ne le pense.

 

 

 

 

Le livre noir de la psychanalyse

Le livre noir de la psychanalyse - Catherine Meyer (2010) - les arènes

Le livre noir de la psychanalyse – Catherine Meyer (2010) – les arènes

 « Vivre, penser et aller mieux sans Freud »

En voila une punchline efficace !

Tout le monde connait le « crépuscule d’une idole, l’affabulation Freudienne« , tant il a enflammé les plateaux télés des Ruquier et autres. L’ouvrage volontairement explosif de Michel Onfray, résolument anti-freudien, puise pourtant toute son essence, voir  même l’extrême majorité de son contenu, dans « Le livre noir de la psychanalyse« .

Encore une fois, la psychanalyse est une discipline qui n’existe, en tant que prise en charge des maladies mentales, quasiment plus à part en France et en Argentine. Inefficace, trop longue, trop chère, les alternatives existantes aujourd’hui sont nombreuses et, devant l’ensemble des preuves scientifiques qui s’accumulent pour montrer l’obsolescence sa théorie, on se demande pourquoi en France, certains la défendent avec acharnement…
Comme premier pas pour endosser la toge du scepticisme, Le livre noir de la Psychanalyse est parfait. Comme les philosophes des lumières, qui cherchaient à donner au peuple les outils pour mieux comprendre le monde qui les entoure, Catherine Meyer et son équipe passe minutieusement au crible l’imposture analytique. Et leurs arguments sont clairs, carrés, sourcés, sensés et les sujets traités le sont avec expertise, justesse, méritant l’audience la plus large possible.  
Cet ouvrage devrait être une lecture obligatoire pour tous les étudiants de psychologie.
Apportant une vision différente de celle enseignée dans les instituts, il a le double mérite de revoir toutes les théories et les cas célèbres de la psychanalyse et de poser des questions d’une importance capitale afin de pouvoir raisonner de manière critique sur la situation actuelle de la psychologie en France.