La lecture à froid dans le conseil et la psychothérapie

20160922_162817

Cold Reading in Counselling and Psychotherapy: Becoming the Projected Archetype – Alex H Parker (2012)

Dans la série mini-livres, Amazon m’a aussi emboucané pour celui-ci. Un lendemain de soirée ayant affaibli mes capacités d’inhibition, un prix à la portée de mon porte-feuille (3,48€) et hop, me voilà en train de donner une chance à l’un des représentant d’une certaine zone d’ombre de la thérapie / conseil / coaching / arnaque.

Il existe, en fait, une continuité entre la psychanalyse la plus orthodoxe, la plus psychologique et médicale, et la pratique de la divination / astrologie / mentalisme etc. De manière intéressante, le champs théorique qui fait le lien est appelé « psychologie des profondeurs » et se dit découler des travaux du célèbre Carl Gustav Jung.

Celui-ci, ancien disciple (adoubé héritier, puis déchu et répudié) de Freud, fonda la « psychologie analytique » (se distinguant ainsi de la psychanalyse de Freud). Il s’agit de l’un des courants psychodynamique que je trouve les plus intéressant : précurseur de l’éthnopsychiatrie, Jung cherche à travers l’exploration des cultures et des mythologies du monde l’essence de l’inconscient. Il théorise ainsi « l’inconscient collectif » et met en avant deux notions centrales : l’archétype et la synchronicité.

Ces deux notions, doublées d’une certaine relecture des  travaux de Jung, font ainsi directement le lien avec une pratique du tarot pseudo-divinatoire (sur lequel j’écrirais bientôt un autre article), et mènent ensuite rapidement à la pratique de l’astrologie, chiromancie, et autres arts mystiques. Mais avant de tomber dans les limbes de la pseudo-science, certains tentent de se servir des outils offerts par ce domaine pour mener à bien des vraies thérapies. C’est l’objectif de Alex H Parker à travers son livre.

Le titre fait transparaître 3 éléments :

  • « Cold Reading«  se réfère a une technique utilisée, consciemment ou non, pour extraire un maximum d’informations correctes sur la personne en face nous en un temps très court. Les astrologues le maîtrisent parfaitement, mais un vendeur de cassoulet pourra également l’utiliser de manière automatique pour parvenir à ses fins (en l’occurrence, vendre son cassoulet).
  • « …in counselling and Psychotherapy » donne l’orientation du livre. Pas question ici de tarot, de divination ou d’astrologie, c’est bien de thérapie (et donc de soin objectif) dont il sera question.
  • « Becoming the Projected Archetype » se réfère à l’appartenance à la pensée Jungienne.

Voilà qui nous donne une bonne idée de ce que l’on va trouver dedans.

Ainsi, l’auteur passe la première moitié du livre a se dédouaner d’utiliser des techniques « mystiques » en psychothérapie et à souligner l’importance de la bienveillance du thérapeute. Ces puissantes techniques, nous prévient l’auteur, peuvent être destructrices si elles sont utilisées à de mauvaises fins.

S’en suit une description, assez claire et précise il faut l’avouer, de quelques techniques et des failles psychologiques sur lesquelles elles sont basées :

  • Exploiter l’effet placébo.
  • Les énoncés « Barnum » : des propositions donnant l’impression d’être personnelles alors qu’elles s’appliquent à tout le monde (cf. les prédictions astrologiques).
  • La « pêche » (fishing) : faire une suggestion en espérant qu’elle ait une signification pour quelqu’un.
  • Les « silences féconds » (pregnant pauses) : maintenir le silence qui entraîne le patient à livrer des éléments importants.
  • La détection de patterns : comment mettre a profit le biais humain qui consiste à voir du sens, une signification ou un pattern dans des éléments a priori sans relation.
  • La lecture à froid thérapeutique : utiliser la lecture à froid de manière positive.

En conclusion, pourtant bien que mieux que ce à quoi je m’attendais, c’est un livre que je ne conseille pas. Il existe de meilleurs ouvrages, aussi bien sur la psychologie analytique Jungienne que sur les techniques dites de « mentalisme ». Pour ce qui est de leur application en thérapie, c’est une bonne initiative que d’en parler, mais elles méritent une vraie description basée sur des travaux scientifiques, première étape pour aboutir à leur utilisation « laïque » (neutre vis-à-vis de tout courant intellectuel) et véritablement saine.

Publicités

Le Profileur gestuel – J. Messinger

20160922_162753.jpg

Le Profileur gestuel – Joseph Messinger (2009)

Certes, cela pose des questions de sécurité et de liberté importantes… néanmoins, le traçage de l’activité sur internet a parfois du bon. Notamment en ce qui concerne la publicité ciblée.

Et bien oui, quitte à avoir de la pub’, autant qu’elle soit intéressante. C’est donc dans ce cadre que les doux algorithmes d’Amazon, qui visiblement commencent à me connaitre, me proposent une liste (bien fournie) « d’articles qui pourraient vous intéresser. » Le pire, c’est que j’y dégote des choses intéressantes. Parfois.

D’autres fois, c’est un pousse-au-crime, comme avec ce petit (7 x 10 cm) Profileur gestuel. Bon, je me doutais que ça n’allait pas être la révélation du siècle : bien qu’elle commence à se dissiper, la mode des micro-gestes, du décryptage, du mentalisme et de la manipulation vogue encore sous une brise bien lucrative. Pourtant, malgré le fait que j’en connaisse les dérives et les déformations les plus caduques, ce livre-ci m’a convaincu de lui laisser une chance.

L’auteur, décédé en 2012, aurait été LE spécialiste de la symbolique gestuelle. Et, surtout, le livre est à 2,99€.

Bon, la quatrième de couverture commence mal :

« Vos gestes révèlent votre véritable personnalité. »

« Mieux choisir vos amis avec ce détective gestuel. »

Ces deux accroches suggèrent 1) que nos gestes révèlent une personnalité que nous mêmes nous ignorons d’avoir et 2) qu’il faut choisir ses amis en fonction de leur gestes… grâce au manuel, évidement. Ainsi, cher ami, si par malheur tu as le regard orienté en bas à gauche, tu es donc « menteur professionnel, doublé d’un hypocrite, dans presque tous les cas de figure » [P. 99].

En résumé, le contenu du livre frise le délirant. L’auteur y enchaîne pèle-mêle références neuroscientifiques pour enfants de 4 ans (le plus souvent avec cette histoire de cerveau gauche / cerveau droit), références psychanalytiques, banalités, considérations coiffeur-esques (voir extrait n°2 et 4), et citations littéraires essorées à l’eau de pluie.

Traverser ces 159 (mini-) pages est, au mieux, divertissant et, au pire, inquiétant et déprimant : de nombreuses personnes y adhèrent réellement. Sans vouloir rentrer dans un moralisme plat saupoudré de suffisance rationaliste, la question de comment briser les mythes et les fantasmes dérivés de ces pseudo-sciences se pose…

Quelques extraits (réels, j’insiste) :

  • P. 19: « Votre interlocuteur (masculin et droitier) croise les jambes. La jambe droite couvrant la gauche : La jambe droite est commandée par l’aire cérébrale gauche, c’est à dire le cerveau cognitif [et le cerveau droit il fait quoi ? il joue aux cartes ?]. » Votre partenaire est donc sur un mode attractif [quel rapport avec le cerveau cognitif ?]. « La sympathie est au menu de l’entretien ».

 

  •  P. 21: « La raie qui sépare vos cheveux en deux parties inégales est un sillon voyageur » : D’après l’auteur, la forme de la raie est loin d’être anecdotique. Le parent coiffant le plus régulièrement l’enfant dans sa tendre enfance impose la latéralité de cette raie et, ainsi, « projette inconsciemment son mode de séduction sur son héritier ». « La raie à droite » procède donc « d’un caractère bien trempé, un individu combatif. […] Chez la femme, elle dévoile une fille un peu mec […] qui refuse de jouer son rôle de femme [qui devrait être…?]. C’est une séductrice combative, une charmeuse de serpents ». Et la perle rare : « Il existe un rapport statistique visible entre la raie à droite et le port du sac suspendu à l’épaule droite qui définit la femme d’action. » J’en ris encore.

 

  • P. 23 : « Il pose son coude en appui sur la table et dissimule ses lèvres de son index droit » : L’index droit indique « un personnage qui tentera de jouer son influence pour vous amener à accepter ses conditions […]. Les bluffeurs abusent souvent de ce refrain gestuel alternatif ». Et, paragraphe suivant : « Quand l’index gauche dissimule les lèvres, le geste trahit aussi le bluffeur. Il tente de duper son monde pour avoir l’air, mais il n’a pas la chanson ». Conclusion, quelque soit l’index avec lequel vous vous dissimulez les lèvres : vous êtes un bluffeur !

 

  • P. 34 : « Le clin d’œil gauche est plus émotif, plus complice, il traduit une connivence amicale ou affectueuse sans connotation séductrice. » Mince, j’ai tendance à cligner avec le droit… que vont croire les gens ?

 

  • P. 36 : « Pas de sillon » : « Preuve de ‘consensualité’ et de convivialité : Ni susceptible, ni séducteur de haut-niveau, l’individu sans raie est juste doué d’un esprit d’adaptation qui lui facilite la vie et lui permet de se faire accepter partout sans levée de boucliers ». L’auteur rajoute, en vrai scientifique : « Cette définition tient sur l’observation des comportements de plusieurs individus aux chevelures très fournies et sans frontières définies ».

 

  • P. 38 : Vous applaudissez avec votre main droite qui vient percuter la gauche ? Votre mode d’implication est évaluateur, réducteur, voir critique. Vous jugez l’artiste au lieu d’apprécier la prestation.

 

  • P. 55 : « Un anneau unique à l’oreille gauche est révélateur d’un sujet fantasmatique et ambigu. Le lobe droit est synonyme d’érotisme et aussi d’opportunisme […]. Un anneau unique à l’oreille droite trahit le libertin ». J’aurais aimé entendre l’interprétation de l’auteur pour mes cinq anneaux…

 

  • P. 63 : « Vous vous grattez le genou gauche ? Votre envie de fuir le débat est annoncée sans être effective.

 

  • P. 64 : « Votre interlocutrice, en position assise, entortille sa jambe droite de sa jambe gauche ou l’inverse. La jambe boa gauche trahit la femme fusionnelle. La jambe qui est emprisonnée est possédée par l’autre jambe. Cette posture préfigure une possession symbolique de type amoureux ». L’auteur ajoute ensuite une petite citation de derrière les fagots : « Ne dit-on pas que la jalousie est une prison dont la femme qui en est la gardienne a perdu la clef ? » Très bien, mais quel rapport ?

Vous savez tout.