Le Profileur gestuel – J. Messinger

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Le Profileur gestuel – Joseph Messinger (2009)

Certes, cela pose des questions de sécurité et de liberté importantes… néanmoins, le traçage de l’activité sur internet a parfois du bon. Notamment en ce qui concerne la publicité ciblée.

Et bien oui, quitte à avoir de la pub’, autant qu’elle soit intéressante. C’est donc dans ce cadre que les doux algorithmes d’Amazon, qui visiblement commencent à me connaitre, me proposent une liste (bien fournie) « d’articles qui pourraient vous intéresser. » Le pire, c’est que j’y dégote des choses intéressantes. Parfois.

D’autres fois, c’est un pousse-au-crime, comme avec ce petit (7 x 10 cm) Profileur gestuel. Bon, je me doutais que ça n’allait pas être la révélation du siècle : bien qu’elle commence à se dissiper, la mode des micro-gestes, du décryptage, du mentalisme et de la manipulation vogue encore sous une brise bien lucrative. Pourtant, malgré le fait que j’en connaisse les dérives et les déformations les plus caduques, ce livre-ci m’a convaincu de lui laisser une chance.

L’auteur, décédé en 2012, aurait été LE spécialiste de la symbolique gestuelle. Et, surtout, le livre est à 2,99€.

Bon, la quatrième de couverture commence mal :

« Vos gestes révèlent votre véritable personnalité. »

« Mieux choisir vos amis avec ce détective gestuel. »

Ces deux accroches suggèrent 1) que nos gestes révèlent une personnalité que nous mêmes nous ignorons d’avoir et 2) qu’il faut choisir ses amis en fonction de leur gestes… grâce au manuel, évidement. Ainsi, cher ami, si par malheur tu as le regard orienté en bas à gauche, tu es donc « menteur professionnel, doublé d’un hypocrite, dans presque tous les cas de figure » [P. 99].

En résumé, le contenu du livre frise le délirant. L’auteur y enchaîne pèle-mêle références neuroscientifiques pour enfants de 4 ans (le plus souvent avec cette histoire de cerveau gauche / cerveau droit), références psychanalytiques, banalités, considérations coiffeur-esques (voir extrait n°2 et 4), et citations littéraires essorées à l’eau de pluie.

Traverser ces 159 (mini-) pages est, au mieux, divertissant et, au pire, inquiétant et déprimant : de nombreuses personnes y adhèrent réellement. Sans vouloir rentrer dans un moralisme plat saupoudré de suffisance rationaliste, la question de comment briser les mythes et les fantasmes dérivés de ces pseudo-sciences se pose…

Quelques extraits (réels, j’insiste) :

  • P. 19: « Votre interlocuteur (masculin et droitier) croise les jambes. La jambe droite couvrant la gauche : La jambe droite est commandée par l’aire cérébrale gauche, c’est à dire le cerveau cognitif [et le cerveau droit il fait quoi ? il joue aux cartes ?]. » Votre partenaire est donc sur un mode attractif [quel rapport avec le cerveau cognitif ?]. « La sympathie est au menu de l’entretien ».

 

  •  P. 21: « La raie qui sépare vos cheveux en deux parties inégales est un sillon voyageur » : D’après l’auteur, la forme de la raie est loin d’être anecdotique. Le parent coiffant le plus régulièrement l’enfant dans sa tendre enfance impose la latéralité de cette raie et, ainsi, « projette inconsciemment son mode de séduction sur son héritier ». « La raie à droite » procède donc « d’un caractère bien trempé, un individu combatif. […] Chez la femme, elle dévoile une fille un peu mec […] qui refuse de jouer son rôle de femme [qui devrait être…?]. C’est une séductrice combative, une charmeuse de serpents ». Et la perle rare : « Il existe un rapport statistique visible entre la raie à droite et le port du sac suspendu à l’épaule droite qui définit la femme d’action. » J’en ris encore.

 

  • P. 23 : « Il pose son coude en appui sur la table et dissimule ses lèvres de son index droit » : L’index droit indique « un personnage qui tentera de jouer son influence pour vous amener à accepter ses conditions […]. Les bluffeurs abusent souvent de ce refrain gestuel alternatif ». Et, paragraphe suivant : « Quand l’index gauche dissimule les lèvres, le geste trahit aussi le bluffeur. Il tente de duper son monde pour avoir l’air, mais il n’a pas la chanson ». Conclusion, quelque soit l’index avec lequel vous vous dissimulez les lèvres : vous êtes un bluffeur !

 

  • P. 34 : « Le clin d’œil gauche est plus émotif, plus complice, il traduit une connivence amicale ou affectueuse sans connotation séductrice. » Mince, j’ai tendance à cligner avec le droit… que vont croire les gens ?

 

  • P. 36 : « Pas de sillon » : « Preuve de ‘consensualité’ et de convivialité : Ni susceptible, ni séducteur de haut-niveau, l’individu sans raie est juste doué d’un esprit d’adaptation qui lui facilite la vie et lui permet de se faire accepter partout sans levée de boucliers ». L’auteur rajoute, en vrai scientifique : « Cette définition tient sur l’observation des comportements de plusieurs individus aux chevelures très fournies et sans frontières définies ».

 

  • P. 38 : Vous applaudissez avec votre main droite qui vient percuter la gauche ? Votre mode d’implication est évaluateur, réducteur, voir critique. Vous jugez l’artiste au lieu d’apprécier la prestation.

 

  • P. 55 : « Un anneau unique à l’oreille gauche est révélateur d’un sujet fantasmatique et ambigu. Le lobe droit est synonyme d’érotisme et aussi d’opportunisme […]. Un anneau unique à l’oreille droite trahit le libertin ». J’aurais aimé entendre l’interprétation de l’auteur pour mes cinq anneaux…

 

  • P. 63 : « Vous vous grattez le genou gauche ? Votre envie de fuir le débat est annoncée sans être effective.

 

  • P. 64 : « Votre interlocutrice, en position assise, entortille sa jambe droite de sa jambe gauche ou l’inverse. La jambe boa gauche trahit la femme fusionnelle. La jambe qui est emprisonnée est possédée par l’autre jambe. Cette posture préfigure une possession symbolique de type amoureux ». L’auteur ajoute ensuite une petite citation de derrière les fagots : « Ne dit-on pas que la jalousie est une prison dont la femme qui en est la gardienne a perdu la clef ? » Très bien, mais quel rapport ?

Vous savez tout.

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Peau de banane, machiavélisme et Jésus: Les gagnants du prix IG Nobel 2014.

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Le concours IG Nobel récompense chaque année des chercheurs issus de disciplines diverses ayant menés des études que l’on considère aujourd’hui comme peu communes…

Je m’explique : grâce a un jeu de mot d’une finesse inégalable, le nom même de ce concours le place en opposition avec le sacro-saint Prix Nobel. Si je devais choisir entre les deux (on peut toujours rêver), je réfléchirais un moment avant de de prendre ma décision (quelques nanosecondes, avant que mes fonds de poche finissent de me convaincre). Car le prix IG nobel valorise une certaine idée, vision de la science, à laquelle j’adhère.

Aujourd’hui, la recherche est guidée par les mécènes qui financent et ont, le plus souvent, un intérêt personnel tout particulier pour certains résultats. D’autre part, il est coutume d’extrapoler les résultats d’un article, aussi minimes soient-ils, à une certaine utilité. Aujourd’hui, les scientifiques doivent être utiles, efficaces, avoir de bonnes raisons de faire une recherche (hypothèses, bases théoriques), ainsi que des résultats applicables, qui serviront à la société.

Alors certes, au vu de la conjoncture économique actuelle, on se dit que c’est loin d’être absurde. Finit les chercheurs loufoques, barbus et solitaires, enfermés dans des ateliers sombres à faire des choses qu’eux seuls comprenaient, la recherche est aujourd’hui dans une logique de production et de rentabilité.

Et cela m’attriste. Si l’on demande à un chercheur « mais pourquoi faire ça? », il tentera de vous convaincre dans un exposé au format variable du bien fondé de sa recherche, de l’assurance de résultats viables et publiables.  Je pense pourtant que la réponse fondamentale, originelle de la recherche à la question « Pourquoi » est : « Car on ne sait pas ».  Ceci définit à l’origine un type de recherche que l’on nomme fondamentale, par opposition à la recherche dite appliquée. Le seul guide, la seule directive de la recherche devrait être de faire quelque chose que l’on ne sait pas encore, qui n’a jamais été fait, d’éclairer l’ombre. De faire avancer la connaissance dans le seul intérêt de la connaissance.

C’est là que vient le prix IG Nobel, qui honore les recherches que l’on considère drôles, absurdes (le plus souvent du fait de leur déconnexion totale de l’utilité) et qui font réfléchir, car elles sont imaginatives, originales, et montrent, ou valident un fait non vérifié, poussant jusqu’à dans leurs retranchements la méthode scientifique.

Tous les ans, le comité se réunit à Harvard pour distribuer les prix. Voici les gagnants de cette année en physique et neurosciences :


Le coefficient de friction sous une peau de banane.

Le Dr K. Mabuchi et son équipe ont ainsi mesurés avec précision le niveau de friction entre une chaussure et une peau de banane, et entre cette peau et le sol, quand une personne marche dessus. Le coefficient de friction était de 0.07, bien plus faible que sur d’autres surfaces glissantes.


Voir Jesus dans un toast.

La « Paréidolie » de visage est la perception illusoire d’un visage inexistant. Typiquement, les gens apercevant le visage de la vierge marie, de Jesus ou autre célébrité dans une flaque, la pluie, un nuage, une feuille de thé, une boule de cristal ou un toast. Les participants étaient informés que 50% de ces images contenaient des visages, tandis qu’ils voyaient en fait des images contenant du bruit (des points placés de manière totalement aléatoire). Et bien ces participants rapportaient voir effectivement des visages 34% du temps! En IRMf, les chercheurs ont montrés une activation du Gyrus fusiforme droit (Plus précisément la FFA, la Face Fusiform Area ) quand les participants pensaient voir un visage, témoignant du rôle de cette région cérébrale dans le traitement de visages réels comme imaginés.


Les psychopathes machiavéliques et narcissiques vivent plutôt la nuit.

Les psychologues differentialistes ont établis un ensemble de traits de personnalité corrélés entre eux qu’ils ont nommé la « Dark Triad ». Ces traits sont le machiavélisme, la psychopathie et le narcissisme. Le Dr Jonason et son équipe ont cherché à voir si cette triade était liée à certains cycles chrono-biologiques spécifiques. Les résultats de l’étude montrent effectivement que ces traits de personnalités sont corrélés à un cycle de vie plutôt nocturne (ces personnes ayant un pic d’activité et d’éveil plus tard dans la journée).


Quand on a mal, mieux vaut regarder un beau tableau.

Ces psychologues se sont intéressés à la modulation de la douleur par l’expérience et le jugement esthétique. Ils ont infligé de la douleur à des participants devant des œuvres belles ou laides, le tout en enregistrant leur activité cérébrale de surface. Ils ont montré que la vision de peintures jugées belles atténuaient la douleur, ce qui se traduisait au niveau neural par une réelle inhibition de l’onde P2, localisée au niveau du cortex cingulaire antérieur. L’expérience esthétique semble donc avoir un réel impact sur la cognition.

Les conceptions cognitives de la personnalité

Les conceptions cognitives de la personnalité - Michel Huteau (1985)

Les conceptions cognitives de la personnalité – Michel Huteau (1985)

 

« Psychologie d’aujourd’hui », mentionne le bas de la couverture… Bon, plus tout à fait d’aujourd’hui, mais j’imagine qu’à l’époque, cela devait être « dans le TURFU » (comprenez futur), comme dirait le rappeur Booba.

Ce bouquin jetait un pavé dans la marre en mettant en avant qu’au delà des modèles psychodynamiques, des structures psychiques et des modèles comme celui de Bergeret (qui avait le mérite, bien qu’il ne résiste pas à la clinique, d’être extrêmement didactique et clair), il y avait des facteurs cognitifs, des processus, qui avait un impact direct sur la personnalité.

C’est durant un temps resté dans le domaine de la psychologie différentielle, avec des notions phares comme la dépendance/indépendance à l’égard du champs qui montrent aujourd’hui leurs sous-bassements neuronaux et viennent s’intégrer dans les neurosciences. Bien qu’aujourd’hui de plus en plus en vogue, il y a encore des réfractaires au fait que la personnalité et son étude en fasse partie intégrante…

La personnalité est pourtant l’une des notions les plus passionnantes et les plus complexe, et recueille de ma part une attention toute particulière.