Peau de banane, machiavélisme et Jésus: Les gagnants du prix IG Nobel 2014.

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Le concours IG Nobel récompense chaque année des chercheurs issus de disciplines diverses ayant menés des études que l’on considère aujourd’hui comme peu communes…

Je m’explique : grâce a un jeu de mot d’une finesse inégalable, le nom même de ce concours le place en opposition avec le sacro-saint Prix Nobel. Si je devais choisir entre les deux (on peut toujours rêver), je réfléchirais un moment avant de de prendre ma décision (quelques nanosecondes, avant que mes fonds de poche finissent de me convaincre). Car le prix IG nobel valorise une certaine idée, vision de la science, à laquelle j’adhère.

Aujourd’hui, la recherche est guidée par les mécènes qui financent et ont, le plus souvent, un intérêt personnel tout particulier pour certains résultats. D’autre part, il est coutume d’extrapoler les résultats d’un article, aussi minimes soient-ils, à une certaine utilité. Aujourd’hui, les scientifiques doivent être utiles, efficaces, avoir de bonnes raisons de faire une recherche (hypothèses, bases théoriques), ainsi que des résultats applicables, qui serviront à la société.

Alors certes, au vu de la conjoncture économique actuelle, on se dit que c’est loin d’être absurde. Finit les chercheurs loufoques, barbus et solitaires, enfermés dans des ateliers sombres à faire des choses qu’eux seuls comprenaient, la recherche est aujourd’hui dans une logique de production et de rentabilité.

Et cela m’attriste. Si l’on demande à un chercheur « mais pourquoi faire ça? », il tentera de vous convaincre dans un exposé au format variable du bien fondé de sa recherche, de l’assurance de résultats viables et publiables.  Je pense pourtant que la réponse fondamentale, originelle de la recherche à la question « Pourquoi » est : « Car on ne sait pas ».  Ceci définit à l’origine un type de recherche que l’on nomme fondamentale, par opposition à la recherche dite appliquée. Le seul guide, la seule directive de la recherche devrait être de faire quelque chose que l’on ne sait pas encore, qui n’a jamais été fait, d’éclairer l’ombre. De faire avancer la connaissance dans le seul intérêt de la connaissance.

C’est là que vient le prix IG Nobel, qui honore les recherches que l’on considère drôles, absurdes (le plus souvent du fait de leur déconnexion totale de l’utilité) et qui font réfléchir, car elles sont imaginatives, originales, et montrent, ou valident un fait non vérifié, poussant jusqu’à dans leurs retranchements la méthode scientifique.

Tous les ans, le comité se réunit à Harvard pour distribuer les prix. Voici les gagnants de cette année en physique et neurosciences :


Le coefficient de friction sous une peau de banane.

Le Dr K. Mabuchi et son équipe ont ainsi mesurés avec précision le niveau de friction entre une chaussure et une peau de banane, et entre cette peau et le sol, quand une personne marche dessus. Le coefficient de friction était de 0.07, bien plus faible que sur d’autres surfaces glissantes.


Voir Jesus dans un toast.

La « Paréidolie » de visage est la perception illusoire d’un visage inexistant. Typiquement, les gens apercevant le visage de la vierge marie, de Jesus ou autre célébrité dans une flaque, la pluie, un nuage, une feuille de thé, une boule de cristal ou un toast. Les participants étaient informés que 50% de ces images contenaient des visages, tandis qu’ils voyaient en fait des images contenant du bruit (des points placés de manière totalement aléatoire). Et bien ces participants rapportaient voir effectivement des visages 34% du temps! En IRMf, les chercheurs ont montrés une activation du Gyrus fusiforme droit (Plus précisément la FFA, la Face Fusiform Area ) quand les participants pensaient voir un visage, témoignant du rôle de cette région cérébrale dans le traitement de visages réels comme imaginés.


Les psychopathes machiavéliques et narcissiques vivent plutôt la nuit.

Les psychologues differentialistes ont établis un ensemble de traits de personnalité corrélés entre eux qu’ils ont nommé la « Dark Triad ». Ces traits sont le machiavélisme, la psychopathie et le narcissisme. Le Dr Jonason et son équipe ont cherché à voir si cette triade était liée à certains cycles chrono-biologiques spécifiques. Les résultats de l’étude montrent effectivement que ces traits de personnalités sont corrélés à un cycle de vie plutôt nocturne (ces personnes ayant un pic d’activité et d’éveil plus tard dans la journée).


Quand on a mal, mieux vaut regarder un beau tableau.

Ces psychologues se sont intéressés à la modulation de la douleur par l’expérience et le jugement esthétique. Ils ont infligé de la douleur à des participants devant des œuvres belles ou laides, le tout en enregistrant leur activité cérébrale de surface. Ils ont montré que la vision de peintures jugées belles atténuaient la douleur, ce qui se traduisait au niveau neural par une réelle inhibition de l’onde P2, localisée au niveau du cortex cingulaire antérieur. L’expérience esthétique semble donc avoir un réel impact sur la cognition.

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40 questions et réponses sur les rêves

40 Questions et réponses sur les rêves -  J. Montangero (2013)

40 Questions et réponses sur les rêves – J. Montangero (2013)

 

Le questionnement sur les rêves existe depuis littéralement des millénaires. Quel est l’utilité de ce phénomène commun à tous les hommes ? A  défaut de trouver une réponse claire, certains se sont plus récemment intéressée aux mécanismes qui sous-tendent le rêve.

De nombreuses théories existent : les anciens proposaient l’idée selon laquelle le rêve contenait un message venu de l’extérieur (le plus souvent des dieux) et qu’il nous informait, d’une manière plus ou moins cachée, sur le futur (prémonition, …). Freud, en 1900, à la parution de son premier ouvrage grand public, fait mine de chambouler cette proposition et remplace les dieux par un autre concept finalement tout aussi mystique; l’inconscient. Le rêve servirait à libérer les pulsions contenu dans le ça, en les masquant pour passer la censure du surmoi. Quelques années plus tard sont découverts les stades de sommeils et leurs particularités neurophysiologiques. Les chercheurs tentent alors une explication rationnelle, physique : naissent alors des théories célèbres, qui seront tronquées, mélangées, dénaturées pour devenir des faits pseudo-scientifiques admis que chacun se plait à raconter à son voisin :

  • on ne rêve que pendant le sommeil paradoxal,
  • le rêve sert à consolider les événements vécus dans la journée,
  • Le rêve dont on se souvient ont étés rêvés pendant les quelques dernières secondes de sommeil,

Ces données, que l’on entend au détour des « se-coucher-moins-bête » ou « science-facts » peuplant le net, sont pour la majorité incomplètes ou fausses.

40 questions et réponses sur les rêves explique parfaitement bien la réalité (ou non) de ces notions, de ces concepts et de ces théories. L’ouvrage est miné de références, de sources, et le texte impressionne par sa clarté. A coté, les livres pseudo-modernes comme « La nouvelle interprétation des rêves » (Tobie Nathan, 2012) font sourire (je reviendrais dans un autre article sur la « théorie » de ce dernier). Le Pr Montanegro, thérapeute cognitivo-comportemental, a fourni un travail exceptionnel en regroupant ses recherches et ses connaissances dans le domaine.

Ce livre est adapté aussi bien pour le neuroscientifique, qui trouvera un résumé sérieux et détaillé que pour le profane, pour lequel il ne présentera aucune difficulté d’appréhension. A conseiller vivement pour ce que le mystère du rêve intéresse !