Comment informatiser un questionnaire gratuitement en 10 minutes

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Tuto pratique 🙂

En neuropsycho, comme en psychologie de manière générale d’ailleurs, l’une des méthode d’investigation la plus populaire est l’utilisation de questionnaires. Seulement voilà, il en existe des milliers, avec des versions différentes, des étalonnages et validations particulières, des traductions officielles et officieuses etc.

Résultat des courses : c’est la pagaille ; les cliniciens se retrouvent avec des extraits de questionnaires passés par des milliers de photocopieuses, doivent ensuite faire une cotation fastidieuse et chronophage, avant d’interpréter les scores selon des normes parfois douteuses, utilisant quand ils ont de la chance des fichiers excel sorti d’on-ne-sait-où qui calculent des indices on-ne-sait-trop-comment.

Et car je pense qu’un neuropsychologue doit, et doit pouvoir, travailler avec des outils de bonne qualité, je vais proposer aujourd’hui un moyen d’informatiser des questionnaires, qui feront automatiquement la cotation et la sauvegarde des réponses.

Pour cela, on va utiliser Neuropsydia, un genre de logiciel gratuit, open-source (tout le monde peut contribuer à son amélioration), basé sur le célèbre python, qui permet de développer des tâches, des tests, des expériences, faire des stats et, et c’est ce qui nous intéresse ici, d’informatiser très simplement des questionnaires.

JE VOUS PRÉVIENS : AUCUNE EXPÉRIENCE DE PROGRAMMATION N’EST REQUISE.

Remarque : ceci s’adresse aux utilisateurs de Windows. Pour les Linuxiens ou les membres de la secte à la pomme, cela viendra  ;).

Suivez simplement les instructions suivantes :

  1. Télécharger Winpython (la dernière version, avec QT5 et non-zéro).
  2. Installez-le sur votre bureau ou sur une clé USB si vous voulez (ce logiciel est portable, ce qui fait que vous pouvez le balader sur une clé USB pour l’utiliser chez vous, au cabinet, à l’hôpital…)
  3. Une fois  l’installation terminée, ouvrez le dossier du logiciel, et lancez WinPython Command Prompt.exe
  4. Cela devrait ouvrir une console noire. Copiez-y la ligne suivante :

pip install https://github.com/neuropsychology/Neuropsydia.py/zipball/master

Appuyez sur ENTRER. Le logiciel devrait se mettre à télécharger des trucs (cela peut quelques minutes). Une fois qu’il a fini, fermez-le.

installation neuropsydia winpython pip

TADAAA, vous avez réussi à installer Winpython (qui contient le langage python) et Neuropsydia.

Maintenant, double-cliquez sur Spyder.exe, toujours dans le dossier du logiciel.

Le logiciel s’ouvre (prenant un certain temps la première fois). Il est constitué de 3 fenêtres:

  • L’éditeur (l’équivalent d’un fichier texte : l’endroit ou votre programe sera écrit).
  • La console (La où vit Python, quand vous lancer un programe, il ne fera rien de plus que de copier ce qu’il y a dans l’éditeur dans cette console).
  • Un 3ème panneau pas important aujourd’hui.

Commencez par enregistrer (Fichier -> Enregistrer sous…) le fichier quelque part (genre sur votre bureau). Appelez le comme vous voulez. De manière a ce que ça  donne « commevousvoulez.py » (sans oublier le .py à la fin).

Faisons un test minimal

En théorie, ce fichier devrait être vide, a part la première ligne qui contient # –– coding: utf-8 –-.

Sautez une ligne et collez dessous le code suivant :

import neuropsydia as n  # Load neuropsydia

questions_dictionary = {

 "Item": {
 1: "Is Neuropsydia great?",
 2: "Is Neuropsydia not great?",
 3: "Is Python great?",
 4: "Is Python not great?"
 }
}

n.start()
n.questionnaire(questions_dictionary)
n.close()

Ensuite, appuyez sur F5 ou sur la flèche verte pour exécuter le programe (si c’est la première fois, il vous demande si vous voulez toujours exécuter le script dans la console ouverte, dites oui).

questinnaire computerize neuropsydia

Ne paniquez pas, j’ai réglé mon éditeur en mode « dark » c’est pour ça qu’il est sombre 😉

PAS MAL, NON ? et c’est que le début.

Bien-entendu, l’idée c’est de remplacer les questions par celles de votre questionnaire.

Alors, maintenant, on va complexifier notre questionnaire, en précisant certaines informations, notamment :

  • Quels sont les items inversés : Neuropsydia va ainsi automatiquement calculer le bon score en inversant la réponse du sujet.
  • A quelle dimension appartient chaque item : Souvent, plusieurs items servent à mesurer la même dimension (par exemple, « extraversion »). En indiquant à quelle dimension appartient chaque item, Neuropsydia peut automatiquement calculer la moyenne du sujet pour chaque dimensions.
  • Changer le style des échelles : notamment si l’on ne veut pas une échelle analogique (avec une infinité de points, mais par exemple juste les chiffres de 0 à 7). On peut également proposer que les questions soient automatiquement randomisées, et bien sûr de sauvegarder les données.

Voici un exemple de code pour faire tout ça :

import neuropsydia as n

questions_dictionary = {

    "Item": {
        1: "Is Neuropsydia great?",
        2: "Is Neuropsydia not great?",
        3: "Is Python great?",
        4: "Is Python not great?"
    },
    "Reverse": {
        1: False,
        2: True,
        3: False,
        4: True
    },
    "Dimension": {
        1: "Neuropsydia",
        2: "Neuropsydia",
        3: "Python",
        4: "Python"
    }

}

n.start()
n.questionnaire(questions_dictionary,  # The questions
                anchors=["Not at all", "Absolutely"],  # The edges of the scale
                results_save=True,  # Should it save the data?
                dimensions_mean=True,  # Compute the mean by dimension?
                analog=False,  # Lickert-like
                edges=[0, 7],  # Values underneath
                style="blue",  # The cursor's colour
                randomize=True)  # Randomize the question's order
n.close()
questinnaire computerize neuropsydia

Une version un peu plus complexe.

Neuropsydia permet de faire bien plus de choses encore, mais c’est déjà une bonne introduction. Comme prévu, le programe a enregistré un fichier de résultats contenant toutes les informations nécessaires.

questionnaire_results

NOTE : A chaque fois que vous voulez exécuter le programe, il faut ouvrir une nouvelle console python en cliquant sur l’onglet « Console » puis « Ouvrir une console Python ».

Vous trouverez ici directement les scripts utilisés, avec d’autres exemples.

Bon courage, et n’hésitez pas à me faire un retour si vous rencontrez des difficultés ou des problèmes. Ou juste pour me passer le bonjour 🙂

Les deux histoires de Phineas Gage

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Se prendre une grosse poutre. Alors que, pour certaines personnes, cela aurait un rapport avec la consommation d’une certaine poudre blanche, figurez-vous que, en neuropsychologie, cela renvoi à un « patient » bien précis. Un patient qui, d’ailleurs, dirigeait la construction de rails… de chemins de fer.

Il s’agit bien sûr du célèbre Phineas Gage. Mais, plutôt que d’en dire plus, je vous laisse avec la vidéo de Neuropsychovlog, où tout vous sera très bien expliqué :).

N’oubliez pas de vous abonner à sa chaîne youtube !

Freud: Verdict

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Freud quand il a vu que les gens le prenaient au sérieux.

Alors que certains grands scientifiques contemporains se réclament aujourd’hui d’une nouvelle forme de neuropsychanalyse (cherchant à attribuer des bases biologique aux concepts freudiens, – idée souvent répudiée par les fervents analystes eux-même) et que moi-même je deviens curieux de dissocier plus finement ce qui relève de l’homme, de son « invention » (ou usurpation) et de son héritage, aussi bien littéraire, philosophique, scientifique, médical que thérapeutique (je crois que je me déradicalise…), je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je tombe sur un article aussi incisif que celui de Crews (1996).

Il y a 20 ans, sans doute installé dans un bureau climatisé de la prestigieuse université de Berkeley, Californie, Frederick Crews, dans son article intitulé The Verdict on Freud, publié dans la revue Psychological Science, conclut le résumé par ces mots vitriolés.

As recent works by [il énumère une série d’étude scientifiques] attest, independent studies have begun to converge toward a verdict that was once considered a sign of extremism or even of neurosis that there is literally nothing to be said, scientifically or therapeutically, to the advantage of the entire Freudian system or any of its component dogmas.

« Comme en attestent ces récents travaux […], des études indépendantes commencent à converger vers un verdict autrefois considéré comme un signe d’extrémisme ou même de névrose : il n’y a littéralement rien a dire, aussi bien d’un point de vue scientifique que thérapeutique, sur de quelconques avantages du système Freudien ou des dogmes qui le composent. »

Le couperet tombe donc, ne laissant aucun échappatoire, sur la pensée freudienne mais aussi, avec finesse, sur l’argumentaire habituel anti-antipsychanalyse. En effet, de Freud jusqu’à ses disciples contemporains (comme Elizabeth Roudinesco ou Gérard Miller pour ne citer personne), certains analystes ont pour coutume, lorsqu’on ose critiquer le prophète ou sa parole sacrée, de l’expliquer avec mépris par le fait qu’on résiste (restant en somme un bon gros névrosé de base). La variante politique veut aussi qu’on soit antisémite ou nazi, exemples de diffamations qu’ont subi par exemple les auteurs du livre noir de la psychanalyse… D’où le pic habile lancé par Crews.

La lecture à froid dans le conseil et la psychothérapie

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Cold Reading in Counselling and Psychotherapy: Becoming the Projected Archetype – Alex H Parker (2012)

Dans la série mini-livres, Amazon m’a aussi emboucané pour celui-ci. Un lendemain de soirée ayant affaibli mes capacités d’inhibition, un prix à la portée de mon porte-feuille (3,48€) et hop, me voilà en train de donner une chance à l’un des représentant d’une certaine zone d’ombre de la thérapie / conseil / coaching / arnaque.

Il existe, en fait, une continuité entre la psychanalyse la plus orthodoxe, la plus psychologique et médicale, et la pratique de la divination / astrologie / mentalisme etc. De manière intéressante, le champs théorique qui fait le lien est appelé « psychologie des profondeurs » et se dit découler des travaux du célèbre Carl Gustav Jung.

Celui-ci, ancien disciple (adoubé héritier, puis déchu et répudié) de Freud, fonda la « psychologie analytique » (se distinguant ainsi de la psychanalyse de Freud). Il s’agit de l’un des courants psychodynamique que je trouve les plus intéressant : précurseur de l’éthnopsychiatrie, Jung cherche à travers l’exploration des cultures et des mythologies du monde l’essence de l’inconscient. Il théorise ainsi « l’inconscient collectif » et met en avant deux notions centrales : l’archétype et la synchronicité.

Ces deux notions, doublées d’une certaine relecture des  travaux de Jung, font ainsi directement le lien avec une pratique du tarot pseudo-divinatoire (sur lequel j’écrirais bientôt un autre article), et mènent ensuite rapidement à la pratique de l’astrologie, chiromancie, et autres arts mystiques. Mais avant de tomber dans les limbes de la pseudo-science, certains tentent de se servir des outils offerts par ce domaine pour mener à bien des vraies thérapies. C’est l’objectif de Alex H Parker à travers son livre.

Le titre fait transparaître 3 éléments :

  • « Cold Reading«  se réfère a une technique utilisée, consciemment ou non, pour extraire un maximum d’informations correctes sur la personne en face nous en un temps très court. Les astrologues le maîtrisent parfaitement, mais un vendeur de cassoulet pourra également l’utiliser de manière automatique pour parvenir à ses fins (en l’occurrence, vendre son cassoulet).
  • « …in counselling and Psychotherapy » donne l’orientation du livre. Pas question ici de tarot, de divination ou d’astrologie, c’est bien de thérapie (et donc de soin objectif) dont il sera question.
  • « Becoming the Projected Archetype » se réfère à l’appartenance à la pensée Jungienne.

Voilà qui nous donne une bonne idée de ce que l’on va trouver dedans.

Ainsi, l’auteur passe la première moitié du livre a se dédouaner d’utiliser des techniques « mystiques » en psychothérapie et à souligner l’importance de la bienveillance du thérapeute. Ces puissantes techniques, nous prévient l’auteur, peuvent être destructrices si elles sont utilisées à de mauvaises fins.

S’en suit une description, assez claire et précise il faut l’avouer, de quelques techniques et des failles psychologiques sur lesquelles elles sont basées :

  • Exploiter l’effet placébo.
  • Les énoncés « Barnum » : des propositions donnant l’impression d’être personnelles alors qu’elles s’appliquent à tout le monde (cf. les prédictions astrologiques).
  • La « pêche » (fishing) : faire une suggestion en espérant qu’elle ait une signification pour quelqu’un.
  • Les « silences féconds » (pregnant pauses) : maintenir le silence qui entraîne le patient à livrer des éléments importants.
  • La détection de patterns : comment mettre a profit le biais humain qui consiste à voir du sens, une signification ou un pattern dans des éléments a priori sans relation.
  • La lecture à froid thérapeutique : utiliser la lecture à froid de manière positive.

En conclusion, pourtant bien que mieux que ce à quoi je m’attendais, c’est un livre que je ne conseille pas. Il existe de meilleurs ouvrages, aussi bien sur la psychologie analytique Jungienne que sur les techniques dites de « mentalisme ». Pour ce qui est de leur application en thérapie, c’est une bonne initiative que d’en parler, mais elles méritent une vraie description basée sur des travaux scientifiques, première étape pour aboutir à leur utilisation « laïque » (neutre vis-à-vis de tout courant intellectuel) et véritablement saine.