Comment notre corps et notre cerveau réagissent-ils aux images violentes ?

Reportage réalisé au Laboratoire Mémoire & Cognition (dir. Prof. P. Piolino), Institut de Psychologie, Université Paris Descartes.

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Films Psychologiques: Cinéma, Psychologie, Psychiatrie et Cerveau.

Le cinéma, comme les autres formes d’art, guide la société en jalonnant son évolution. Les films sont un vecteur ludique d’images et de notions. Ils peuvent servir à illustrer certains concepts, certaines théories ou pathologies, en espérant que cela donne envie au spectateur de se renseigner et de s’informer, plus en détail, sur des sujets importants et souvent méconnus.

La folie est un thème puissant, permettant de la part des réalisateurs de créer les intrigues les plus complexes et les retournements de situation les plus improbables. Ce n’est pas pour rien que la maladie mentale trône en sujet le plus fréquent. Effrayant ou triste, rarement comique, l’angle prit par les cinéastes pour dépeindre la psychopathologie témoigne aussi des attentes de leur public.

Voici une liste de films, en lien d’une manière ou d’une autre avec ce qu’il peut se passer dans notre cerveau, à conseiller à vos étudiants, patients ou toute personne intéressée par la psychologie :

Épouvante / Thriller : 

  • Avant d’aller domir (Before I go to sleep, 2014) : Amnésie (patient HM)
  • The Iceman (2013) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale
  • Effets secondaires (Side Effects, 2013)
  • Shutter Island (2010) : « Asile » psychiatrique, psychanalyse, « déni / refoulement », schizophrénie
  • The Machinist (2005)
  • Trouble jeu (Hide and Seek, 2004) : schizophrénie, amnésie sélective
  • Fenêtre secrète (Secret Window, 2004: schizophrénie
  • Identity (2003) : trouble dissociatif, personnalité multiple
  • Dragon rouge (Red Dragon, 2002) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Hannibal (2001) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • The Barber (The Man Who Wasn’t There, 2001) : personnalité schizoïde
  • L’Expérience (Das Experiment, 2001) 
  • American Psycho (2000) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale
  • Sixième Sens (The Sixth Sense, 1999) : psychologue de l’enfant
  • The game (1997)
  • Se7en (1995) : schizophrénie, trouble dissociatif
  • Copycat (1995) : Trouble panique avec agoraphobie
  • Le Silence des Agneaux ( The Silence of the Lambs, 1991) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme, dysphorie de genre
  • The Shining (1980) : Trouble dissociatif
  • Un frisson dans la nuit (Play Misty for Me, 1971) : personnalité borderline
  • Psychose (Psycho, 1960)  : trouble de personnalité
  • Le Sixième Sens (Manhunter, 1960) : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Santa Sangre  (1989) : schizophrénie

Drame

  • The Road Within (2014) : Tourette, TOC, Anoréxie
  • Welcome to Me (2014) : trouble de personnalité borderline
  • Love & Mercy (2014) : trouble schizoaffectif
  • Camille Claudel, 1915 (2013)
  • Happiness Therapy (Silver Linings Playbook, 2012) : Trouble bipolaire
  • Une soeur aux deux visages (Of two minds, 2012) : schizophrénie
  • Augustine (2012) : Charcot, Hôpital Psychiatrique, « Hystérie » / Trouble somatoforme
  • Take Shelter (2011)
  • Black Swan (2011) : trouble dissociatif, trouble délirant, hallucinations, schizophrénie
  • Everything Must Go (2011) : trouble d’utilisation de substances, addiction
  • A Dangerous Method (2011) : Freud, Jung, « Hystérie » / Trouble somatoforme
  • Une drôle d’histoire (It’s Kind of a Funny Story, 2010) : Hôpital Psychiatrique, Borderline
  • Choke (2008)
  • Rachel se marie (Rachel Getting Married, 2008) : trouble de la personnalité, addiction
  • La question humaine (2007)
  • À cœur ouvert (Reign over me, 2007) : syndrome de stress post-traumatique (PTSD), trouble dissociatif
  • Courir avec des ciseaux (Running with Scissors, 2007)
  • Une fiancée pas comme les autres (Lars and the Real Girl, 2007) : Trouble délirant systématisé, pschothérapie
  • Raisons d’État (The Good Shepherd, 2006) : personnalité schizoïde
  • Frankie (2005)
  • Aviator (2004) : Trouble Obsessionnel Compulsif (TOC)
  • Irrésistible Alfie (Alfie, 2004) : Personnalité narcissique
  • N’oublie jamais (The Notebook, 2004) : Maladie d’Alzheimer
  • Les Associés (Matchstick Men, 2003) : trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • Prozac Nation (2003) : personnalité borderline, dépression, trouble d’utilisation de substances
  • Elephant (2003)
  • The Hours (2002) : Dépression / trouble bipolaire
  • Down to the Bone (2002)
  • La Secrétaire (Secretary, 2002) : Personnalité borderline, sado-masochisme, fétichisme, domination
  • Un homme d’exception (A Beautiful Mind, 2001) : Schizophrénie
  • Mortel transfert (2000) : Psychanalyse, épisode dissociatif
  • Traffic (2000) : trouble d’utilisation de substance, drogue
  • Une vie volée (Girl, Interrupted, 1999)
  • Fight Club (1999) : Trouble dissociatif de l’identité
  • Les Liaisons dangereuses (Dangerous Liaisons, 1998)
  • Instinct (1998) : psychiatre, hôpital psychiatrique pénitencier, psychothérapie
  • En présence d’un clown (Larmar Och Gor Sig Till, 1997)
  • Will Hunting (Good Will Hunting, 1997) : Psychologue, Psychothérapie
  • La Chambre tranquille (The Quiet Room, 1996) : mutisme sélectif, développement de l’enfant, trouble somatoforme
  • Peur primale (Primal Fear, 1996) : trouble dissociatif
  • La Leçon de piano (The Piano, 1996) : trouble somatoforme, mutisme
  • Leaving Las Vegas (1995) : addiction, suicide
  • Drunks (1995) : trouble d’utilisation de substance, alcoolisme
  • Nell (1994)
  • Mr. Jones (1994) : trouble bipolaire
  • État second (Fearless, 1993) : stress post-traumatique (PTSD), thérapie de groupe
  • Toto le héros (1991) : personnalité paranoïde
  • L’Éveil (Awakenings, 1990) : Maladie de Parkinson, Hôpital
  • L’île oubliée (Lord of the Flies, 1990) : Psychologie sociale, société
  • Sailor et Lula (Wild at Heart, 1990) : personnalité antisociale
  • Sweetie, 1989 : schizophrénie
  • La dernière tentation du Christ (The Last Temptation of Christ, 1988) :  épisode dissociatif
  • Liaison fatale (Fatal Attraction, 1987) : personnalité borderline
  • La Ménagerie de verre (The Glass Menagerie, 1987) : personnalité dépendante / évitante
  • Hannah et ses sœurs (Hannah and Her Sisters, 1986) : trouble somatoforme
  • Rain Man (1984) : Trouble du spectre autistique, autisme / « Asperger »
  • Les Vestiges du jour (The Remains of the Day, 1993) : trouble de la personnalité
  • Le Choix de Sophie (Sophie’s Choice, 1982) : Dépression / trouble bipolaire
  • Des gens comme les autres (Ordinary People, 1980) : depression, stress post-traumatique (PTSD)
  • Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses (I Never Promised You a Rose Garden, 1977) : Thérapie, schizophrénie
  • Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, 1975) : « Asile » / Hôpital Psychiatrique
  • Persona (1966) : trouble somatoforme
  • La Grande Parade (The Big Parade, 1925) : traumatisme, handicap

Science-Fiction

  • Matrix (1999, 2003, 2005) : réalité et entiment de réalité, intelligence artificielle
  • Mondes possibles (Possible worlds, 2000) :  réalité et sentiment de réalité, déprivation sensorielle, cerveau dans une cuve
  • eXistenZ (1999) : réalité et sentiment de réalité, jeux-vidéos
  • Au-delà du réel (Altered states, 1980) : réalité et sentiment de réalité, drogue, déprivation sensorielle, hallucinations

Comédie

  • Tous les espoirs sont permis (Hope Springs, 2012)
  • Elle s’appelle Ruby (Ruby Sparks, 2012)
  • Oh My God! (Hysteria, 2011) : Hystérie, histoire
  • Habemus Papam (2011) : psychanalyste
  • Petites confidences (à ma psy) (Prime, 2005) : psychanalyse, psychothérapie
  • Sex fans des sixties (The Banger Sisters, 2002) : personnalité histrionique
  • Hollywood Ending (2002) : trouble somatoforme / trouble factice
  • Pour le pire et pour le meilleur (As Good as It Gets, 1997) : trouble obsessionnel compulsif (TOC)
  • Cyrano de Bergerac (1993) : dysmorphophobie

Documentaire / Biographie

  • Neurotypical (2014) : trouble du spectre autistique
  • Elle s’appelle Sabine (2008) : trouble du spectre autistique
  • Shine (1996) : schizophrénie
  • Freud, passions secrètes (Freud, 1962) : Psychanalyse, Sigmund Freud, troubles somatoformes
  • Eleanor Longden: The voices in my head : témoignage schizophrénie
  • Nova – Dying to be Thin : trouble du comportement alimentaire (anorexie mentale / boulimie)
  • Take these Broken Wings : schizophrénie

Dessin animé

  • Vice-versa (Inside Out, 2015) : Mémoire autobiographique, émotions

Série

  • Hannibal : « Psychopathie » / trouble de personnalité antisociale, cannibalisme
  • Sense8

Il manque un film? N’hésitez pas à m’envoyer vos suggestions, je les rajouterais sur la liste 🙂

Un grand merci pour les contributions de Ninette Abi Atallah,  Joséphine Caron, Eric Bethermat et François-Paul Maury.

Human Physiology – J. Elliotson (1840)

Human Physiology - J. Elliotson

Human Physiology – J. Elliotson

Imaginez ma surprise quand, dans les allées poussiéreuses des antiquaires de Portobello Road à Londres, je tombe sur ce livre à l’allure de vieux grimoire de sorcier. Un précieux témoignage d’une époque si différente, et pourtant si proche. 20150513_084133

En 1840, le Romantisme est à son apogée. La froideur et l’égalitarisme des lumières ont fini de faire place à l’exergue de l’expression de l’individualité, et surtout, d’une psychologie nouvelle, profondément matérialiste, basée sur le corps, les émotions et donc, le cerveau. Naturellement, les thèses héréditaristes, eugénistes, racistes et misogynes et sont à l’époque le nec plus ultra du monde savant. S’opposant violemment à ceux les précédant, ces penseurs clament haut et fort que la raison n’est pas partagée de manière équitable, que tous les hommes ne sont pas égaux, que l’Homme et la Femme sont profondément différents, et cetera, et cetera. Parfois, il est vrais, ces assertions manquent de soutien empirique.

Cela n’empêche pas John Elliotson, fervent partisan des théories de F. J. Gall dès le début et matérialiste radical, de déclarer que « le mâle est formé pour la puissance physique et intellectuelle, la femelle pour la gentillesse, l’affection et les sentiments« . Au delà du caractère péremptoire qui semblerait aujourd’hui être une provocation, une charge contre la Femme, c’était à l’époque considérer la femme, non plus comme une créature dénuée de raison, mais comme un être à part entière, mu par des motivations particulières, aux différences certaines et dignes d’intérêt.

Est-ce pire que Cabanis (celui qui a donné son nom à la rue d’entrée de l’hôpital Sainte-Anne), qui précisait à la fin du 18ème, que les femmes avaient des cerveaux plus « tendres » que les hommes, et qu’elles restaient quelque peu des « enfants toute leur vie » ?

20150513_084641 Quoi qu’il en soit, le livre regorge de gravures anatomiques d’une qualité impressionnante. Couvrant le corps entier, une grande place est cependant accordée au Système Nerveux, dont les avancées sur la compréhension galopaient comme jamais au travers de ce siècle. Elles rassemblaient philosophes, scientifiques, médecins et poètes, qui participaient tous, à leur manière, aux balbutiement des neurosciences. A la fin de l’ouvrage, c’est avec un amusement très contemporain que le lecteur découvre deux chapitres annexes, couvrant très sérieusement les théories les plus modernes en vogue à l’époque: la phrénologie et le mesmérisme…20150513_084217

« Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ? – FranceTV

Quel est l’effet réel de la technologie 3D pour l’utilisateur ? Pour y répondre, nous avons lancé une étude, sous forme d’un questionnaire en ligne, pour étudier scientifiquement ce phénomène.

Vous avez vu le film Avengers ? Alors n’attendez-plus, lisez l’article d’Ariane Nicolas, journaliste à FranceTV, pour en apprendre plus !

Cliquez sur l’image ou le lien suivant : « Avengers, l’ère d’Ultron » en 3D : aussitôt vu, aussitôt oublié ?

Les ambiguités de la notion de psychologie clinique… de 1952 à aujourd’hui

Que veut dire le terme de psychologie clinique ? Qu’est ce qu’un psychologue clinicien ? En 1952 déjà, ces notions posaient problème. Pour décrire le débat et essayer d’en tirer des conclusions, je vais principalement me servir d’un article publié dans les Bulletins de Psychologie de l’université Paris Descartes (voir cet article) par René Zazzo, 3 ans avant sa nomination comme président de la Société Française de Psychologie.

La définition même des différents termes va nous permettre d’identifier la racine du problème. Clinique, tout d’abord. Comme tout étudiant de psychologie, je me suis vu rabâcher de nombreuse fois que ce mot nous venait du grec klinê, traduit rapidement par les psychologues qui m’enseignaient comme « au chevet, au lit du malade ». Ainsi le psychologue clinicien est celui qui opère sur le terrain, au lit du malade. Simple.

Et pourtant… Après recherche, on se rend compte que klinê veut seulement dire « lit », donnant naissance à klinikos, pour devenir clinicus en latin. La définition est la suivante : « Propre au médecin qui exerce son art près du lit des malade » (Académie Française, 1986). Aïe, je comprends mieux pourquoi ces psychologues, nourrissants des relations tumultueuses, complexes et ambivalentes avec les médecins ont préféré une définition plus light. Pourtant, c’est là que l’on trouve le cœur du problème, dans la relation entre les différentes classes et métiers.

« Si les domaines de la psychologie clinique sont si âprement disputés entre psychiatres et psychologues, ce n’est pas seulement pour des raisons très évidentes de bénéfice matériel et de prestige, c’est que le témoignage des mots est contradictoire, c’est qu’aucune frontière n’est clairement dessinée: à tel point que les sceptiques pourraient se demander si la psychologie clinique n’est pas tout compte fait un royaume imaginaire, revendiqué par des fous ou des mystificateurs » (Zazzo, 1952)

L’expression de psychologie clinique fut employée pour la première fois par Witmer en 1896. Il invitait alors le psychologue à quitter l’investigation pure. Le terme de clinique s’oppose alors au psychologue de laboratoire (qui est, je le rappelle, le lieu originel de sa pratique). Mais si la psychologie est dite « clinique » plutôt qu’appliquée, c’est pour spécifier son intérêt envers « les inadaptés et les déficients ». Les patients, en somme.

La notion de psychologie clinique à mis du temps a s’imposer, étant sans être à la fois un métier, une pratique et un domaine scientifique. « Ce test a été interprété avec un point de vue clinique », « La prise en charge, c’est pour les cliniciens ». Si, entre nous, on comprends très bien ce qu’est un « psychologue clinicien », il faut bien avouer que ça ne veut pas dire grand chose. Il est intéressant de voir comment la psychologie clinique et le psychologue clinicien étaient définis à l’origine : de manière bien différente de ce que nous dirait des étudiants ou des psychologues aujourd’hui.

G. Arthur, dans l’encyclopédie de Harriman (1946) les définit comme tels:

  • « La psychologie clinique est l’étude scientifique des processus mentaux des individus dans un but de diagnostic et de thérapie à partir des symptômes d’une mal-adaptation intellectuelle et affective. » 
  • « Le psychologue clinicien observe les mêmes phénomènes que les psychiatres: sont but est de remplacer les normes subjectives du psychiatre par des normes objectives (aussi rapidement que possible par accumulation de données quantitatives obtenues sous le contrôle des conditions expérimentales). »

Autant dire qu’en même temps en France, des millions de francs étaient encaissés (en cash, c’est plus pratique) après avoir somnolé dans un fauteuil tout en feignant d’écouter un « malade » (qui d’après eux ne l’était de toute façon pas vraiment) allongé sur un divan.  Mais je ne m’épancherais pas de nouveau sur les séquelles de la psychanalyse.

Néanmoins, le « Groupement Français pour la coordination psychiatrie-psychologie » propose à l’époque, au terme d’une enquête, de réserver l’expression de psychologie clinique pour désigner une certaine façon d’envisager les faits psychiques et de supprimer purement et simplement l’expression de psychologue-clinicien. On parlerait alors d’aide-médical psychologue ou de psycho-technicien. 

Psycho-technicien, tient tient… Fort est de constater que de nombreux autres pays ont passés le cap: Au Canada, USA, UK et autres, le diplôme français de psychologue correspond à celui de psycho-technicien, une profession centrée sur l’administration valide et précise de tests et d’échelles (expertise très importante que je ne sous-estime pas, bien au contraire) dont l’interprétation est réservée au docteur en psychologie (et au vu de la somme de connaissances à accumuler qui  existe aujourd’hui en psychologie, ce ne serait peut-être pas une idée absurde de rallonger les études des psychologues…).

Bref, psychologie clinique est une notion qui désigne tout et rien à la fois. Par exemple,  l’un des master de Paris Descartes s’appelait Psychologie Clinique et Psychopathologie, et enseignait principalement la psychopathologie et la psychanalyse. Les diplômés de ce master était de facto des psychologues « cliniciens », alors que les neuropsychologues, les géronto-psychologues ou les psychologues de la santé ne l’étaient pas. Cela a produit un énorme imbroglio, les termes de clinique, psychologie clinique, psychologue clinicien se confondant et se substituant tour à tour les uns aux autres. On entend même parfois que « l’entretien clinique » était réservée aux psychologue cliniciens – ou plutôt aux psys sortant du master de psychologie clinique, et que ceux-ci se définissaient justement par la non-utilisation d’échelles et de tests standardisés et de données quantifiables et mesurables alors que, comme on l’a vu, la psychologie clinique était autrefois définie avant tout comme une science objective dont l’objet est objectivable. 

Ce terme de clinique pose décidément problème. Rattaché historiquement à la médecine et aux malades, il devient aujourd’hui ambigu, car même un médecin n’est pas forcément clinicien (radiologue, …). Ainsi donc, il serait bien d’en simplifier l’usage, et de retirer à « psychologie clinique » toute théorie ou courant auxquelles elle renvoie.

Je pense qu’il serait habile de considérer comme clinicien tout professionnel travaillant directement avec et pour des patients. Ainsi, un psychologue clinicien serait un psychologue qui exerce son métier auprès de patients, par opposition à d’autres psychologues travaillant en entreprise, en laboratoire ou autre. Ni plus ni moins. Ce psychologue serait clinicien à même titre qu’un neuropsychologue clinicien, qu’un géronto-psychologue clinicien, qu’un médecin clinicien ou même qu’un infirmier, métier clinique par essence. Ce qualificatif ne renverrait plus à une chapelle ou un courant théorique mais qualifierait seulement le lieu d’exercice, accordant à son détenteur un statut clair et lisible. « Psychopathologue clinicien » se composerait alors de deux termes, le premier renvoyant au domaine d’expertise (ici la psychopathologie) et le second à son type d’exercice ; avec et pour des patients.

L’enseignement de la psychologie – de 1953 à 1967

Bulletins de Psychologie - 1953 à 1967

Bulletins de Psychologie – 1953 à 1967

Cet ensemble d’ouvrages est, pour un épistémologue, un véritables témoignages historique. Bien que la psychologie ne soit pas une science très ancienne, ils relatent, année après année, les importants changements d’orientation. Offerts gracieusement par la bibliothèque de l’institut de psychologie de l’université Paris Descartes (envers laquelle je suis très reconnaissant), ils comportent une collection d’articles, de résumés, de chroniques à destination des étudiants de l’université. Avant l’avènement de l’ère numérique, c’était là qu’ils trouvaient leur programme…

horaires et programme - licence 1 psychologie université Paris Descartes

Et quel programme ! Lagache, Anzieu, Fraisse, Piaget et j’en passe, autant de grand noms ayant forgés la psychologie française. Une chose frappe pourtant l’œil. A l’époque, déjà, Paris Descartes était le siège de la pluridisciplinarité. Tous les courants y figurent: psychologie sociale, expérimentale, psychophysiologie, psychologie clinique ou psychanalyse, autant de diversité enseignée par les plus grands.

D’ailleurs il est intéressant de noter la part importante de la psychophysique et de la psychophysiologie. A l’heure où la neuropsychologie n’existait pas vraiment encore sous sa forme actuelle, les élèves apprenaient déjà un nombre important de formules mathématiques et de lois physiques. Qui disait que la psychologie n’était pas une science ? Aujourd’hui, les étudiants qui s’attendent à ingurgiter bêtement les réflexions fumeuses et mystiques des autres vivent un supplice quand ils se rendent compte que la psychologie, c’est aussi des statistiques, de l’anatomie, de la biologie et de la physique. Et comparé à ce qu’il y avait avant, leur supplice est bien moindre !

Lois de psychophysique

Lois de psychophysique

Les aires de Brodmann

Les aires de Brodmann

Nerfs craniens

Nerfs craniens

On retrouve dans ces ouvrages des cours de pointe sur les nerfs, les aires cérébrales, la biologie, l’interprétation de l’EEG chez les épileptiques etc. qui sont bien plus poussés qu’en 2014. De là à conclure que l’enseignement de psychologie (à l’instar de l’université en général) est de moins en moins demandant… il n’y a qu’un pas.

Ces enseignements scientifiques coexistent avec des textes offrant une vision plus classique de la psychologie, avec de longues envolés mystico-lyrico-littéraires qui permettent à ces étudiants, dont l’objectif est de lire, relire et réinterpréter à l’infini des textes de Freud, d’y trouver leur compte. Néanmoins, certains passages à type de dissertation sont très intéressant, et j’aurais l’occasion sur ce blog de revenir sur plusieurs d’entre eux.

Bref, cet ensemble d’ouvrage offre un témoignage important pour ne pas reproduire ou continuer les erreurs qui ont étés commises dans la direction à prendre pour la psychologie française.

Qu’est ce que la neuropsychologie ?

phreneologyhead-graphicsfairy010bProcédons à une expérience simple et amusante. Prenez un jeune et brillant neuropsychologue et demandez lui « qu’est ce que la neuropsychologie ? ». Dans certains cas, après quelques balbutiements, il vous répondra par un exemple issu de son métier ; « la neuropsychologie, c’est faire ci ou ça ». Au mieux, il vous donnera une réponse incomplète, voire fausse : «la neuropsychologie est un outil», « une méthode » ou pire, « un point de vue »…

Non pas que le neuropsychologue en question soit incompétent, loin de là. Mais c’est un exercice que nous n’avons pas l’habitude de faire. L’enseignement de la neuropsychologie vient petit à petit, de manière dénouée et parcellaire. Si, in fine, nous en acquérons une vision globale, jamais la verbaliser n’est nécessaire. De plus, la définition de la neuropsychologie, complexe et difficile à formuler, est surtout très débattue. Les métiers qui en découlent sont multiples et, trop souvent, d’aucuns essayent de circonscrire la neuropsychologie à leur petite activité. Par exemple, un neuropsychologue qui fera de la remédiation cognitive avec des patients psychiatriques aura sans doute une vision quelque peu différente de celui-ci qui réalise, jour après jour, des examens neuropsychologiques diagnostiques dans un service de neurologie. Et c’est sans compter tous les neuropsychologues ayant choisi une carrière universitaire et académique, enseignants et/ou chercheurs, parfois critiqués par leurs confrères cliniciens.

Aucun problème, dirait le lecteur averti, prenons une définition plus large. Pas si simple. La neuropsychologie occupe une place à part dans l’organigramme de la science, à la frontière exacte entre les sciences humaines, les sciences de la vie et les sciences médicales. En donner une définition trop large reviendrais à perdre son essence dans les tréfonds nébuleux des neurosciences et de la psychologie. Les neuropsychologues, qu’ils soient cliniciens ou pas, ont une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode rigoureuse et scientifique.

C’est pourquoi, dans l’objectif d’un consensus ouvrant à la compréhension et au débat, je vais tenter de proposer une définition simple, complète et informative.

Le premier point obligatoire, l’axiome premier, est la notion de science. «Science», nous dit Schopenhauer dans sa thèse à l’intitulé baroque (De la quadruple racine du principe de raison suffisante), « signifie un système de connaissances, c’est-à-dire une totalité de connaissances reliées ensemble, par opposition à leur simple agrégat. ». Ce principe s’appliquant parfaitement à la neuropsychologie, qui contient des théories, des hypothèses et des preuves se nourrissants les unes des autres, elle devient de facto une science. Mais pas n’importe laquelle.

La neuropsychologie fait partie d’un amas de sciences ayant pour intérêt la constitution, le fonctionnement et la production d’un même objet : le cerveau. Par conséquent, elle fait partie intégrante des neurosciences. Elle se situe même à cheval entre les neurosciences médicales (la neurologie, la psychiatrie, la psychopathologie…) et les neurosciences fondamentales (la neurobiologie, la neurophysiologie, la psychologie cognitive…). De plus, elle est également liée par de multiples aspects aux neurosciences appliquées (psychopharmacologie, neuro-ingéniérie, neuromarketing etc.).

La nébuleuse des neurosciences.

La nébuleuse des neurosciences.

Comme dit plus haut, la neuropsychologie est un champs d’étude intégrant des théories, des méthodes d’investigations spécifiques, des débats et des experts, qui s’intéresse à la relation entre matière cérébrale, son organisation anatomique et fonctionnelle, et a son lien avec la cognition et la pensée.

Contrairement à d’autres domaines, la neuropsychologie possède également une composante pratique, appliquée, qui se développe dans l’évaluation, le diagnostic et la prise en charge de patients pouvant souffrir de pathologies très diverses.

Ces multiples facettes font la richesse de la neuropsychologie et offrent une liberté de travail potentiellement exceptionnelle. 

Ainsi donc, en résumé* :


La neuropsychologie est une science théorique et pratique étudiant le lien entre l’organisation et le fonctionnement du cerveau, la cognition, la pensée et le comportement.

Elle comporte deux aspects intimement liés :

  • La neuropsychologie expérimentale étudie les variabilités du cerveau et de la cognition (qu’elles soient d’origine pathologique ou non) pour tester des modèles et développer des théories sur le fonctionnement mental, visant ainsi à une meilleure compréhension de l’Homme.

  • La neuropsychologie clinique utilise les théories et les modèles sur le fonctionnement mental pour mieux détecter et appréhender les troubles et les déficits d’une pathologie, menant à un diagnostic précis, tout en développant et appliquant des prises en charges modernes et adaptées.

La neuropsychologie se situe au centre de la nébuleuse des neurosciences, au carrefour de la théorie et de la pratique. Ses praticiens, les neuropsychologues, sont liés par une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode d’investigation rigoureuse et scientifique.


2017 : Cette définition est enseignée aux étudiants de psychologie de l’université Sorbonne Paris-Cité.