Schopenhauer, philosophe pessimiste néo-bouddhiste, ayant inspiré (puis dégoûté) Nietzsche, Freud (même s’il ne l’a jamais avoué) et tant d’autres…
Au delà de son lègue principal, son oeuvre ultime, Le monde comme volonté et comme représentation, Schopenhauer à également écris multitude de petits textes, drôles, caustiques ou improbables que je vous présenterais sur ce blog.
Parmi eux, l’art d’avoir toujours raison.
Ce petit ouvrage donne réellement des techniques, aussi bien rhétoriques, intellectuelles que carrément de mauvaise foi pour vaincre son adversaire dans un débat.
Il nous le dit très clairement : dans une discussion, l’objectif n’est pas d’être juste mais d’avoir raison, ou, du moins, plus raison que l’autre. Cet ouvrage aurait pu, à l’instar d’autres de ses essais, être coquasse ou pimenté d’humour mais, pourtant, il n’en est rien.
Le philosophe allemand parle avec gravité, profondeur et lourdeur. Néanmoins, par delà la forme, le fond est, à l’instar de sa pensée, aussi pertinent que puissant.
Les conceptions cognitives de la personnalité – Michel Huteau (1985)
« Psychologie d’aujourd’hui », mentionne le bas de la couverture… Bon, plus tout à fait d’aujourd’hui, mais j’imagine qu’à l’époque, cela devait être « dans le TURFU » (comprenez futur), comme dirait le rappeur Booba.
Ce bouquin jetait un pavé dans la marre en mettant en avant qu’au delà des modèles psychodynamiques, des structures psychiques et des modèles comme celui de Bergeret (qui avait le mérite, bien qu’il ne résiste pas à la clinique, d’être extrêmement didactique et clair), il y avait des facteurs cognitifs, des processus, qui avait un impact direct sur la personnalité.
C’est durant un temps resté dans le domaine de la psychologie différentielle, avec des notions phares comme la dépendance/indépendance à l’égard du champs qui montrent aujourd’hui leurs sous-bassements neuronaux et viennent s’intégrer dans les neurosciences. Bien qu’aujourd’hui de plus en plus en vogue, il y a encore des réfractaires au fait que la personnalité et son étude en fasse partie intégrante…
La personnalité est pourtant l’une des notions les plus passionnantes et les plus complexe, et recueille de ma part une attention toute particulière.
Psychiatrie et neurosciences – Pierre Schultz (2012)
La psychiatrie bascule petit à petit et devient de plus en plus « neuro », c’est un fait. Cet ouvrage tombe à pic.
Encore une fois très pertinent, complet, précis, illustré de vignettes cliniques permettant la mise en pratique des profondes notions théoriques, ce très bel ouvrage est une des pierres encore trop peu nombreuses qui viennent combler l’abysse entre les connaissances en neurosciences et la pratique de la psychiatrie institutionnelle. De plus, l’auteur me ravit en laissant la part belle à la neuropsychologie, y consacrant de très nombreuses pages…
Aaah. Ce fameux Manuel Diagnostique et Statistique des maladies mentales contenant, accrochez vous, aucune statistique.
Tout droit venu d’Amérique, il reste la référence pour un dialogue international clair une entente transparente. Sans rentrer dans les débats sur sa conception ou son existence même, je pense qu’il faut le prendre comme un outil de communication et de standardisation. Et pour ça, c’est top.
En science, il faut être moderne et se remettre à jour. Le DSM-5, la bible de la psychiatrie est enfin sortie. Donc fini les « syndromes d’Asperger » ou autres, il faut revoir notre nosologie et nos appellations.
Etant spécialisé en Psychiatrie, il m’a intéresse tout particulièrement. Néanmoins, je pense qu’il est connaitre, et a utiliser par tous les cliniciens dès à présent.
De plus, que l’on adhère y ou pas, il faut reconnaître la clarté et la précision de ce nouveau volet. Quelque soit votre approche et votre conviction, la connaissance de cet outil est importante dans un soucis d’échange.
ps : au fait, ce n’est plus DSM – V mais DSM – 5 😉
Hier soir, je suis allé voir le spectacle « La Belle et la Bête » au théatre du Mogador à Paris. Drôle, époustouflant, la mise en scène, splendide, m’a fait replonger au cœur de mon enfance, et réécouter les chansons mythiques de ce chef d’oeuvre de Disney a été un moment, en un mot, magique.
Au delà du spectacle (que je conseille à tous), il est intéressant de s’arrêter sur le message de la Belle et la Bête. Au delà des topoï sans intérêt comme « la véritable beauté réside à l’intérieur », je me demande pourquoi qu’a cette fable qui plait tant, et ce depuis tant d’années. L’une des versions les plus ancienne de cette histoire daterait, d’après Wikipédia, du IIe siècle…
Il faut admettre qu’un certain esthétisme réside dans cette antithèse, ce négatif. Une sorte d’équilibre règne de par leur relation oxymorique. La belle et la bête… une attirance inéluctable et une curiosité naît à la lecture même de ces mots.
Au delà de l’esthétisme, mettons nous à la place de Belle. Curieuse, cultivée, « étrange » à son monde, elle cherche, dans son adolescence, un idéal. Elle tombe sur une bête, violente, dangereuse, mystérieuse….qui semble dépeindre un certain type d’homme. Il est a noté que tous les hommes du film sont une caricature fidèle des clusters existants : le « populaire » (dans tout les sens du terme), son acolyte, le père bienveillant mais à coté de la plaque, et les nombreux autres dont les simples se contentent. Mais pas Belle. La aussi comme tout adolescente, elle se pense unique, différente.
Elle sera attirée (énorme spoiler) et tombera amoureuse de cette attachante bête à l’intérieur tendre.
En réalité, toutes les bêtes ne sont pas des princes sous leur carapace et, pourtant, les femmes semblent inéluctablement attirée par ce type d’homme, violents et sans pitié. Alors, archétype de la virilité ? Masochisme latent ? Cette attirance semble parfois défier les lois de la logique.
Et c’est pas ici que je vais me lancer dans un monologue fumeux d’une psychologie de comptoir enfumé sur la nature et la nécessité des relations humaines. Qu’est ce qu’on recherche chez l’autre ? « Qui se ressemble s’assemble », « les opposés s’attirent »… A croire que tout marche et que tout le monde est fait l’un pour l’autre. Mais ces deux variantes sont esthétiques et équilibrés.
Après tout, c’est peut-être l’esthétique qui gouverne les relations amoureuses ? On pourrait tergiverser des heures.
Rappelons nous donc ici simplement que l’Homme ne raisonne pas de manière logique. Il est soumis à des lois cognitives, dont la compréhension n’en ait qu’à ses balbutiements.
Si vous n’avez pas encore trouvé votre Bête (ou votre Belle), bon courage 😉
Traitement du trouble de la personnalité borderline – Firouzeh Mehran (2011)
Préfacé par J. E. Young, le créateur de la thérapie des schéma, c’est pour l’instant le meilleur ouvrage traitant de psychothérapies que j’ai pu lire.
Riche, exhaustif, il propose une partie théorique sur toutes les thérapies existantes suivi d’une partie pratique pour mieux comprendre et soigner ce trouble de la personnalité complexe, fréquent et difficile qu’est la personnalité borderline.
La prise en charge proposée par F. Mehran est la suite logique de la thérapie des schéma. Prenant en compte les multiples aspects et niveaux de fonctionnement du psychisme et de la cognition, elle tente une approche très ciblée sur ce trouble de personnalité qui est, à mon avis, plus fréquent qu’on ne le pense.
Amateur de beaux livres, vous voila servi. Il retrace l’histoire de la psychiatrie en réunissant des illustrations d’une rare qualité.Une véritable oeuvre d’art !
La conclusion de cet article scientifique faisait le point sur le Rorschach… déjà en 2000 :
We are not especially optimistic that future research will uncover important new relationships between the Rorschach and psychiatric disorders.
Research on this topic has been under way for nearly 80 years, yet the results mainly have been disappointing, as the present review indicates. Evidence of Rorschach diagnostic validity was very limited in the 1940s 1950s, and 1960s, and it is not much better now.
There seems little reason to expect that the next half-century will bring major breakthroughs. Clinical psychology probably should look elsewhere for new discoveries and better diagnostic techniques.
N’en déplaise à de nombreux cliniciens, l’utilisation du Rorschach, dans un contexte d’évaluation diagnostique, doit être arrêtée au profit d’autres outils scientifiquement validés.
Référence:
Wood, J. M., Lilienfeld, S. O., Garb, H. N., & Nezworski, M. T. (2000). The Rorschach test in clinical diagnosis: A critical review, with a backward look at Garfield(1947). Journal of Clinical Psychology, 56(3), 395-430.
Eléments de psychologie de l’Homme et de l’enfant appliquée à la pédagogie – Eugène Maillet (1890)
1890. Crépuscule de Nietzsche et du surhomme, aube de la psychanalyse et de son similarisme psychologique et idéologique. Pourtant, déjà à cette période, des personnes intègrent les premiers éléments de psychologie, issus de la pensée plutôt que de l’expérimentation, pour l’appliquer à la vie et, ici, à la pédagogie.
Le lycée Louis Le Grand, ou l’auteur est enseignant, a-t-il bénéficié directement de ces méthodes pour renforcer son élitisme et son excellence ? Tout est possible.
Maux d’artistes : ce que cachent les oeuvres – Sebastian Dieguez
Simplement génial, ce recueil d’articles donne un aperçu de plusieurs artistes et de leurs œuvres à travers leur pathologie. De Nietzsche à Kurt Cobain en passant par Frida Kahlo et Van Gogh, le tout illustré de leurs oeuvres, l’auteur offre au lecteur un moment de détente instructif et terriblement passionant.