Aphorismes et Insultes

Aphorismes et Insultes - Arthur Schopenhauer

Aphorismes et Insultes – Arthur Schopenhauer

« Les autres parties du monde ont des singes; l’Europe a des Français. Cela se compense. »

« Les religions sont comme les vers luisants: pour briller, il leur faut l’obscurité. »

« Le caractère propre de l’Américain du Nord, c’est la vulgarité sous toutes les formes: morale, intellectuelle, esthétique et sociale. […] C’est cette vulgarité qui l’oppose absolument à l’Anglais; celui-ci, au contraire, s’efforce toujours d’être noble en toutes choses; et c’est pour cela que les Yankees lui semblent si ridicules et antipathiques. »

« La férocité et l’air atroce que la barbe imprime à la physionomie proviennent de ce qu’une masse respectivement sans vie occupe la moitié du visage, […]. En un mot, toute la pilosité est bestiale, tandis que sa suppression est le signe d’une civilisation supérieure. »

« Que peut-on attendre de la part des femmes si l’on réfléchit que, dans le monde entier, ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une oeuvre complète originale dans les beaux-arts, ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d’une valeur durable. »

Ces passages, extraits de l’oeuvre de Schopenhauer et réunis par Didier Raymond dans ce petit livre parlent d’eux mêmes et apportent un autre éclairage, teinté d’un humour acide et baroque, sur l’un des plus grand penseur de tous les temps. 

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Nietzsche et la conscience

Nietzsche-thug-life

Que l’on adhère ou pas à sa pensée, il faut bien l’avouer, Nietzsche était en avance sur son temps, rendant Freud obsolète avant même son arrivée. Dans « La volonté de puissance », ouvrage débattu et critiqué sur lequel je reviendrais dans un article séparé, tant il pose de questions sur la dissociation pensée/émetteur-de-pensée/conséquence-de-pensée , il nous dit :

Erreurs monstrueuses:

1° La folle surestimation du conscient, dont on a fait une unité, un être: « l’esprit », « l’âme », une chose capable de sentir, penser, vouloir;

2° L’esprit pris pour cause, notamment partout ou apparaissent le sens pratique, le système, la coordination;

3° La conscience tenue pour la plus haute forme accessible, la qualité supérieure de l’être, « Dieu »;

4° La volonté introduite partout ou il y a action effective;

5° le « monde vrai » ou monde de l’esprit, accessible uniquement par des faits conscients;

6° La connaissance tenue exclusivement pour une faculté de la conscience, partout ou il y a de la connaissance.

Conséquences:

Tout progrès consiste en un progrès vers la conscience; toute régression dans un retour à l’inconscience (considéré comme l’équivalent d’une rechute aux besoins et aux sens – à l’animalité);

On s’approche de la réalité, de « l’être vrai », par la dialectique; on s’en éloigne par les instincts, les sens, le mécanisme..;

[…]

Tout bien doit venir de l’esprit, être un fait conscient;

Le progrès vers le mieux ne peut être qu’un progrès en conscience.

En d’autre termes :

  • la conscience est un artefact infime de la phénoménologie humaine, dont elle n’est qu’une conséquence.
  • Elle occupe une place négligeable par rapport au non conscient.
  • Elle n’est pas un but ni un objectif et ne garantit ni bonheur ni sérénité.
  • La volonté est une illusion.

A part sur le 3ème point, discutable selon moi, les 3 autres sont d’une justesse implacable et courageuse. Nietzsche était révolutionnaire et propose, dans son extrémisme revendiqué, des idées qui nourrissent bon nombre de théories ou de courants actuels.

Définir et comprendre la conscience est un chemin de longue haleine, passionnant et complexe, et je ne manquerais pas de revenir dessus.

Le mythe de la maladie d’Alzheimer

Le mythe de la maladie d'Alzheimer - P. J. Whitehouse, D. George (2009)

Le mythe de la maladie d’Alzheimer – P. J. Whitehouse, D. George (2009)

 

5 ans que cet ouvrage est paru. 5 ans déjà que beaucoup de choses ont été dites, sans conséquences.

Les auteurs, notamment le Pr Whitehouse, sont des experts mondiaux de la maladie d’Alzheimer. Traduit et préfacé le Pr Van der Linden et sa femme, leur ouvrage au titre provoquant a crée un véritable séisme au sein des neurosciences médicales.

Les constats des auteurs sont simples :

– Le diagnostic de maladie d’Alzheimer est redouté et totalement saturé de connotations morbides, horrifiques dont l’issue est vu comme sans espoir.

– L’évolution de la maladie d’Alzheimer est extrêmement variable et quasiment imprédictibles.

– La physiopathologie de la maladie d’Alzheimer est indistincte, non unique, et les lésions présentes sont également retrouvées dans un vieillissement « normal ».

Ils proposent l’idée d’un continuum entre maladie d’Alzheimer et vieillissement, avec l’idée que si l’Homme vivait 150 ans, on aurait quasiment tous cette maladie, vu que la proportion de sujets atteints augmente quasi-linéairement avec l’âge. En France, le diagnostic de la maladie est vu comme un arrêt de mort : « tout est fini, je vais me dégrader pour finir comme une coquille vide et je ferais subir d’affreuses souffrances à ma famille ». Comment garder le moral ? Les auteurs luttent contre cette idée : d’après eux, la maladie d’Alzheimer ne serait qu’un chemin de vieillissement, imprévisible et pouvant laisser encore des années de « belle » vie : son diagnostic n’est pas incompatible avec le « successful aging ».

D’autant plus, cette fois ci sur une note plus personnelle, que le diagnostic est aujourd’hui lancé à tour de bras, pour des maladies qui n’ont rien à voir les unes avec les autres (d’autant plus que le cas princeps décrit par Aloïs Alzheimer n’a rien à voir avec la description classique actuelle).

Je vais prendre un exemple récent, entendu récemment dans un cours à l’université :

« La maladie d’Alzheimer à plein de forme atypiques, notamment l’atrophie corticale postérieure qui présente les mêmes lésions : elles sont toutes des maladies d’Alzheimer ».

Ce point de vue me semble problématique. Il est vrais que la présence de dépôts amyloides (lésions de maladie d’Alzheimer classique) est aspécifique : on en retrouve aussi bien dans la forme classique, que dans des formes asymptomatiques ou encore dans les ACP. Mais pourquoi donc tout appeler maladie d’Alzheimer ?

D’une part, on confond des forme cliniquement très différente, d’autre part, au vue de la charge anxieuse associé à ce diagnostic, pourquoi diable affublé un patient de cette étiquette alors que son évolution pourrait être tout autre que celle qu’il s’imagine ? (je ne dit pas que l’évolution d’une ACP est meilleure, elle est en tout cas bien différente).

Je pense qu’on devrait abandonner ces appellations obsolètes de maladie d’Alzheimer, de Pick, de Huntigton ou autre et revenir à une description factuelle, descriptive alliant description clinique et physio/histopathologie.

Ainsi, « l’amyloidopathie à début temporal interne » serait une appellation beaucoup plus neutre, objective et claire. l’ACP serait par comparaison une amyloidopathie à début postérieur (ou cortico-postérieur, c’est de toute façon qu’une illustration).

C’est pareil pour le supragroupe des « DEMENCES TEMPORO-FRONTALES », il faut dissocier les pathologies avec un syndrome frontal, un syndrome dyséxecutif, les démences frontales (pour la majorité des tauopathies à début frontal), les démences sémantiques (tauopathies à début temporal externe) ou les aphasies progressives primaires.

Bref, la nosologie des démences (nom également obsolète) doit être précisée, revue, clarifiée pour plus d’entente et d’échange dans l’objectif du bien être des seniors.

Du vrai, du beau, du bien

Du vrai, du beau, du bien - Jean-pierre Changeux

Du vrai, du beau, du bien – Jean-pierre Changeux (2008)

 

Le système universitaire et scientifique français est étrange. Dans une grande partie du monde, les chercheurs peuvent et sont invités à changer ou à multiplier leurs thématiques de recherche. C’est le cas de certains grands noms dont on retrouve des articles sur des thèmes diverses et variés (mais toujours de grande qualité).

Ce n’est pas le cas en France. Ici, c’est l’expertise d’un laboratoire autour d’un sujet précis qui est valorisé. Il est déconseillé de toucher à tout, de s’intéresser à des choses différentes. Ainsi, de la thèse au professorat, le système français forme des experts à la vision et aux possibilités obtus. C’est regrettable. En effet, les plus grandes découvertes et avancées dans un domaine se sont fait grace à l’utilisation de techniques ou de talents venus d’ailleurs, d’autres domaines : c’est le cas en médecine, en psychologie, en physique ou en chimie…

Prenons un exemple mathématique : imaginez 3 points A, B et C. Le maximum de patterns de connexions est 7 : A-B; A-C; B-C; A-B + A-C ; B-A+B-C; C-A+C-B et enfin le triangle complet, A-B-C-A. On ne peut pas faire autre chose avec ce dont on dispose. Si l’on introduit ne serait-ce qu’un nouveau point, on rajoute un nombre très important de patterns de connexions possible. Chaque point nouveau ajouté augmente ce nombre de manière exponentielle.

Autrement dit, si l’on prend un chercheur, ou ensemble de chercheurs disposant à la base de compétences, de moyens et de talents importants, si on leur propose une nouvelle thématique, un nouveau sujet, nul doute que leur créativité et leur productivité se verra massivement augmentée,et que leur point de vue apportera de nouvelles perspectives et de nouvelles interrogations. De l’eau au moulin, en somme.

(Il est intéressant de noter que ce phénomène se retrouve plus globalement dans l’évolution et l’histoire, ou toute grande révolution ou changement provient à l’origine d’une petite minorité de personnes. Ceci pose de réelles interrogations quant au système démocratique qui, par définition, se définit comme la victoire de la majorité sur la minorité : 51% des gens ont choisi telle solution, c’est donc elle qui sera… Mais ceci est un autre débat compliqué sur lequel je reviendrais peut être un jour)

Revenons en à nos moutons.

Le Pr Changeux est l’une des grande figures des neurosciences françaises. N’ayant plus rien à prouver d’un point de vue scientifique, il peut se permettre aujourd’hui de s’intéresser à des thématiques nouvelles et de nous raconter, de sa plume d’une dense légèreté, l’histoire des sciences, des neurosciences, et d’introduire dans cet ouvrage des domaines comme la neuroesthétique, l’étude de la morale, et toute ces disciplines que l’on considère malheureusement pour l’instant comme « à la limite du sérieux ».

Je me souviens encore, quand j’avais décidé de m’intéresser à la neuroesthétique, le regard de travers que m’ont lancé les chercheurs. Ou encore la phrase d’une directrice de recherche du CNRS, qui disait lors d’un workshop sur ce domaine : « la neuroesthétique c’est passionant, j’y crois, mais je ne le met pas sur mon CV »…

Quoi qu’il en soit, ce livre est sans doute l’un des plus intéressant qu’il m’est était donné de lire, parfait pour les vacances, il ouvre vraiment l’esprit  et montre que ces thématiques on the edge sont en fait, probablement, le futur.

La philosophie et les sciences sont à l’origine très liées : les philosophes antiques étaient des scientifiques : les deux étaient synonymes (le PhD, le Philosophiae Doctor, en est l’héritage). Puis ces deux voies se sont séparées pour de multiples raisons, tant par l’influence des religions que par les limites techniques de la science. Ainsi, de grandes questions comme « qu’est ce que le beau ? », « qu’est ce que le bien? », « qu’est ce que la pensée » sont restés dans le champ de la philosophie. Aujourd’hui, grâce aux progrès des sciences, on assiste de nouveau à un rapprochement de celle-ci avec la philosophie, et de nombreux mathématiciens, physiciens ou scientifiques exportent leur connaissances et leur méthode pour répondre aux questions fondamentales de notre existence.

Et c’est sans doute l’un des grands enjeux de la science de demain.

Musicophilia

Musicophilia - O. Sacks (2009)

Musicophilia – O. Sacks (2009)

« Qu’il est étrange que des milliards d’individus – une espèce entière – jouent et écoutent des motifs sonores dénués de signification, ce qu’il est convenu d’appeler “musique” les occupant ou les préoccupant à longueur de temps! » 

Après l’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, un autre livre d’Oliver Sacks. Cette fois-ci, point de prosopagnosie ni de syndrome de Korsakoff. L’auteur nous emmène dans une contrée étrangement peu explorée par les neurosciences et la neuropsychologie, celle de la musique et de ses troubles. Car avant d’obtenir une équivalence pour la médecine en Amérique, le neurologue fut diplômé d’un master d’art, son amour premier.

Sans faire systématiquement référence à Schopenhauer et Nietzsche qui partageaient l’idée selon lequel le vrais génie (« le Génie ») ne pouvait être qu’artiste, on sent néanmoins ici, et dans ses autres ouvrages (le plus récent, l’odeur du si bémol : l’univers des hallucinations, date de 2014), la passion de l’auteur pour l’art et ses multiples formes.

Pourquoi certaines mélodies nous trottent-elles dans la tête des heures durant? Quels sont les mécanismes probables à l’origine de ces « vers musicaux » ? Du coté de la neuropsychologie, Sacks nous décrit des déficits rarement évalués en clinique : parmi eux, le(s) trouble(s) de la perception de la musique, les amusies. Che Guevara, en souffrant, demandait même à son ami de le prévenir d’un coup de coude quand l’orchestre jouait un tango afin de pouvoir inviter une infirmière à danser.

Comme toujours, l’auteur nous raconte d’autres cas surprenants, que je vous invite à découvrir dans ce livre original, que vous soyez musicien, musicophile, ou simplement curieux.

La belle et la bête

Hier soir, je suis allé voir le spectacle « La Belle et la Bête » au théatre du Mogador à Paris. Drôle, époustouflant, la mise en scène, splendide, m’a fait replonger au cœur de mon enfance, et réécouter les chansons mythiques de ce chef d’oeuvre de Disney a été un moment, en un mot, magique.

Au delà du spectacle (que je conseille à tous),  il est intéressant de s’arrêter sur le message de la Belle et la Bête. Au delà des topoï sans intérêt comme « la véritable beauté réside à l’intérieur », je me demande pourquoi qu’a cette fable qui plait tant, et ce depuis tant d’années. L’une des versions les plus ancienne de cette histoire daterait, d’après Wikipédia, du IIe siècle…

Il faut admettre qu’un certain esthétisme réside dans cette antithèse, ce négatif. Une sorte d’équilibre règne de par leur relation oxymorique. La belle et la bête… une attirance inéluctable et une curiosité naît à la lecture même de ces mots.

Au delà de l’esthétisme, mettons nous à la place de Belle. Curieuse, cultivée, « étrange » à son monde, elle cherche, dans son adolescence, un idéal. Elle tombe sur une bête, violente, dangereuse, mystérieuse….qui semble dépeindre un certain type d’homme. Il est a noté que tous les hommes du film sont une caricature fidèle des clusters existants : le « populaire » (dans tout les sens du terme), son acolyte,  le père bienveillant mais à coté de la plaque, et les nombreux autres dont les simples se contentent. Mais pas Belle. La aussi comme tout adolescente, elle se pense unique, différente.

Elle sera attirée (énorme spoiler) et tombera amoureuse de cette attachante bête à l’intérieur tendre.

En réalité, toutes les bêtes ne sont pas des princes sous leur carapace et, pourtant, les femmes semblent inéluctablement attirée par ce type d’homme, violents et sans pitié. Alors, archétype de la virilité ? Masochisme latent ? Cette attirance semble parfois défier les lois de la logique.

Et c’est pas ici que je vais me lancer dans un monologue fumeux d’une psychologie de comptoir enfumé sur la nature et la nécessité des relations humaines. Qu’est ce qu’on recherche chez l’autre ? « Qui se ressemble s’assemble », « les opposés s’attirent »… A croire que tout marche et que tout le monde est fait l’un pour l’autre. Mais ces deux variantes sont esthétiques et équilibrés.

Après tout, c’est peut-être l’esthétique qui gouverne les relations amoureuses ? On pourrait tergiverser des heures.

Rappelons nous donc ici simplement que l’Homme ne raisonne pas de manière logique. Il est soumis à des lois cognitives, dont la compréhension n’en ait qu’à ses balbutiements.

 

Si vous n’avez pas encore trouvé votre Bête (ou votre Belle), bon courage 😉

 

 

 

Le livre noir de la psychanalyse

Le livre noir de la psychanalyse - Catherine Meyer (2010) - les arènes

Le livre noir de la psychanalyse – Catherine Meyer (2010) – les arènes

 « Vivre, penser et aller mieux sans Freud »

En voila une punchline efficace !

Tout le monde connait le « crépuscule d’une idole, l’affabulation Freudienne« , tant il a enflammé les plateaux télés des Ruquier et autres. L’ouvrage volontairement explosif de Michel Onfray, résolument anti-freudien, puise pourtant toute son essence, voir  même l’extrême majorité de son contenu, dans « Le livre noir de la psychanalyse« .

Encore une fois, la psychanalyse est une discipline qui n’existe, en tant que prise en charge des maladies mentales, quasiment plus à part en France et en Argentine. Inefficace, trop longue, trop chère, les alternatives existantes aujourd’hui sont nombreuses et, devant l’ensemble des preuves scientifiques qui s’accumulent pour montrer l’obsolescence sa théorie, on se demande pourquoi en France, certains la défendent avec acharnement…
Comme premier pas pour endosser la toge du scepticisme, Le livre noir de la Psychanalyse est parfait. Comme les philosophes des lumières, qui cherchaient à donner au peuple les outils pour mieux comprendre le monde qui les entoure, Catherine Meyer et son équipe passe minutieusement au crible l’imposture analytique. Et leurs arguments sont clairs, carrés, sourcés, sensés et les sujets traités le sont avec expertise, justesse, méritant l’audience la plus large possible.  
Cet ouvrage devrait être une lecture obligatoire pour tous les étudiants de psychologie.
Apportant une vision différente de celle enseignée dans les instituts, il a le double mérite de revoir toutes les théories et les cas célèbres de la psychanalyse et de poser des questions d’une importance capitale afin de pouvoir raisonner de manière critique sur la situation actuelle de la psychologie en France.