Métamorphoses de l’âme et ses symboles – C.G. Jung

Métamorphoses de l'âme et ses symboles - C.G. Jung (1996; 1er Ed: 1912)

Métamorphoses de l’âme et ses symboles – C.G. Jung (1996)

L’édition originale de 1912 est sous-titrée « Analyse des prodromes d’une schizophrénie ». C’est avec cet ouvrage que Carl Gustav Yung officialise sa rupture avec Freud. Il y établit les prémices d’une psychanalyse nouvelle, basée l’activité délirante d’un patient: Emil Schwyzer.

Celui-ci voit le soleil comme un astre doté d’un phallus dont les mouvements érotiques produiraient le vent. Jung, guidé par l’analyse de ses propres rêves, y verra une correspondance avec un passage mythologique (bien que le passage en question soit inconnu du sujet) et créera ainsi la notion d’archétype. Cette notion, centrale à la psychanalyse Jungienne, mêle socio-psychologie (et non pas psychologie sociale), psychologie évolutionniste, et même hypothèses neuroscientifiques. L’humain utiliserait spontanément une forme de représentation a priori, ancrée à un niveau neural, renfermant la structure même de la psyché, et commune à toutes les cultures. On retrouverait les traces de cette âme primordiale, de cette structure à forme d’inconscient collectif dans l’analyse des mythes, des symboles et des légendes.

Dans d’autres ouvrages, Jung pousse même jusqu’au confins de la métaphysique et du mystique avec son concept de synchronicité. Mais ceci sera pour une autre fois.

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Docteur, Professeur… Les titres à l’usage des gens instruits.

Pourquoi Ross Geller,  le paléontologue de la série américaine Friends, est-il couramment appelé Dr. Geller par ses supérieurs, ses collègues ou ses étudiants ?

Que se cache-t-il derrière ces titres ?

Pour comprendre, il faut remonter dans l’histoire de l’Homme, à l’époque ou la société était divisée en castes, à l’instar des nobles, du clergé et de ces pauvres gueux dont je fais partie. Les premiers se différenciaient du simple badaud de par leur statut social, leurs privilèges et leurs droits devant la loi. Ils possédaient un titre, précédant leur nom, qui symbolisait la primauté et l’importance du-dit titre. Dans la noblesse, « Sa majesté Intel » (avec des variations telles que « Sa royale majesté » en fonction de la place hiérarchique), dans le clergé, « père Intel » (Monseigneur étant au moyen-âge réservé à l’évêque de Paris) and so on… Notons que si « père » est un titre qui existe toujours, les autres sont devenus moins courant en France (Robespierre et consorts y sont sans-doute pour quelque chose…).

Pourtant, des lors que l’on parle des princes, rois, et autre membres de la famille royale des paradis fisc-, pardon, pays avoisinants, il est courant de voir leurs noms précédés des lettres HRH. Quel est le sens de ces obscures initiales? Il signifie His/Her Royal Highness, et témoigne de leur statut.

Ces titres peuvent renvoyer à différents domaines: la noblesse, comme on l’a vu, mais aussi l’armée, la loi où l’enseignement. C’est avant tout un vecteur d’acquis de différentes formes, et il convient d’en distinguer la civilité, à forme binaire (Monsieur ou Madame).

Dans l’armée et la loi

Dans l’armée, les titres correspondent plus ou moins aux grades : on ne dira donc pas Monsieur Moutarde, mais Colonel Moutarde, le titre se substituant à la civilité, et ainsi de suite pour le lieutenant Dan du film Forest Gump.

Dans le domaine de la loi, le reliquat principal est « maître » (abrévié Me) et s’applique à certaines professions (notaires, avocats, huissiers…). Ces juristes perdent le titre de civilité commun (Monsieur, Madame) tout au long de leur exercice, exception faite quant ils sont eux-même devant les tribunaux ou lorsqu’ils ne comparaissent pas dans l’exercice de leur fonction. A ne pas confondre, donc, avec l’appellation commune « maître » de l’enseignant des écoles primaire, qui est plus couramment appelé « professeur ». Pourtant, ces profs là ne sont pas vraiment profs…

Voilà qui nous amène donc à l’enseignement et la recherche.

Le Docteur (Dr.)

Docteur ne correspond pas un métier ou une profession.

Il s’agit d’un titre, provenant du latin docēre (enseigner), qui correspond au plus haut grade (diplôme) académique international ; le doctorat.

Ce titre universitaire s’acquiert par la réalisation d’études supérieures (un master) suivi de l’écriture d’une thèse de doctorat et de sa défense devant un jury d’experts. Cette thèse discute les découvertes du chercheur dans un domaine donné, et témoigne de son expertise sur un plan international (les publications nécessaires à la validation d’un doctorat étant le plus souvent faites dans des revues internationales). Un docteur est donc avant tout un expert dans un domaine donné, qui peut être un sujet d’histoire, de physique, de mathématiques ou autre.

Son origine remonte à la création même de l’université au XIe siècle. Son abréviation anglaise : le PhD, signifie Philosophiae Doctor, littéralement docteur en philosophie (à comprendre ici sous sa signification originelle grecque comme « amour de la sagesse/connaissance ») : un expert de la connaissance dans un domaine donné.

Réunion de docteurs au moyen-âge.

Mais c’est la que cela se complique. En fait, il existe plusieurs types de doctorats, dont les deux principaux sont:

  • Le doctorat « de recherche »
  • Le doctorat « d’exercice »

En fait, ce qui est écrit plus haut sur le docteur comme expert d’un champs donné n’est valable que pour le doctorat de troisième cycle universitaire (PhD). Il existe également des doctorats d’exercices qui témoignent plutôt de l’acquisition d’un savoir faire technique (un métier). Il s’agit là des diplômes d’état de docteur en médecine (MD), en psychologie (PsyD), en pharmacie, ainsi que les vétérinaires et les dentistes.

Notez  la subtile nuance: le premier est un « diplôme national de doctorat en … » le second est un « diplôme d’état de docteur en … ». Cette différence a son impact: Pour devenir véritablement chercheur, enseignant-chercheur, maître de conférence, professeur et gravir la hiérarchie universitaire, il faut en général avoir un doctorat de type PhD. Un médecin, un pharmacien qui n’a pas, en plus de son diplôme de docteur, un diplôme national de doctorat ne pourra pas y postuler.

Mais pourquoi docteur est-il surtout employé pour les médecins?

En France, il est très rare de voir des docteurs, à part les docteurs en médecine, recevoir la particule « Dr » et être appelés comme tel. Surtout que, dans la majorité des autres pays (et en particulier le monde anglo-saxon, l’Allemagne, la Scandinavie, …), tout docteur est appelé comme tel dans les contextes formels (d’où l’appellation de Ross Geller de la série Friends). Mais pourtant, comme disent nos voisins d’outre-atlantique, chez le « common folk » (citoyen lambda)un docteur est quasi synonyme de médecin. Comme dirait l’autre, C’est grave docteur ? 

Deux raisons peuvent être suggérées: En premier lieu, la bonne compréhension, la connaissance et utilisation de ces titres n’est pas une habileté répandue hors du monde académique. Il est plus courant de se faire donner des conseils par un docteur en médecine que par un docteur en physique quantique. Ensuite, on peut imaginer que nos voisins « anglo-saxons » jouent un rôle dans cette particularité. En effet, la traduction anglaise de médecin est « Physician ». Un mot étrange, qui semble être (du moins acoustiquement) plus en lien avec la physique que la médecine. Alors, pour éviter toute confusion, on peut comprendre que les anglais eurent préféré appeler le médecin par son titre; un « medical doctor » (d’ou l’abréviation MD). Le temps faisant son chemin, il fut abrévié en « doctor ».

Pourtant, même en France, contrairement à certaines rumeurs (répandue en particulier dans les hôpitaux), les docteurs de 3ème cycle ont tout à fait le droit de faire usage de leur titre de docteur. Au contraire même, la cour de cassation a rappelé avec fermeté en 2009 que le titre de docteur appartenait en premier lieu aux titulaires d’un doctorat de troisième cycle universitaire et que la contestation de ce fait pouvait valoir diffamation.

Le Professeur (Pr.)

A ne pas confondre avec le métier d’enseignant, nos chers « profs ».

En effet, les enseignants au collège, lycée, reçoivent un diplôme de professeurs des écoles ou de lycée après un concours sélectif (l’agrégation, pour  les enseignants du lycée). Pourtant, ce diplôme ne les autorise légalement pas à user de l’appellation « professeur ».

En effet, de manière internationale, professeur correspond à un titre universitaire de recherche. C’est le titre le plus élevé, qui s’obtient suite à carrière académique reconnue. Notons qu’un professeur peut, d’ailleurs, ne pas enseigner du tout.

En France et dans le monde anglo-saxon, il est coutume de remplacer le titre de docteur par celui de professeur (ce dernier englobant le premier). Pourtant, dans d’autres pays comme l’Allemagne, il est habituel de cumuler les titres devant son nom. On verra ainsi souvent sur la chaîne Arte des historiens répondant au nom de Prof. Dr. Duzponz. Pire encore (d’un point de vue esthétique en tout cas), ils n’hésitent pas à rajouter d’autres titres, comme celui d’ingénieur.

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Beaucoup de titres pour un seul homme.

Et oui, les Allemands ne badinent pas avec les titres. Pourtant les américains font de même, en entassant cette fois-ci les diplômes obtenus à la fin du nom de famille. Bonjour Thomas Dupont, PhD, MA, MSc, BSc.

Par contre, écrire Dr Thomas Dupont, PhD est une erreur et reviendrais à une sorte de pléonasme.

Complexe, cette histoire de titre…

La formation du psychanalyste.

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Je vais écrire ce billet rapidement sans m’épancher de commentaires tant l’objet du sujet est éloquent per se.

Ce soir, naviguant sur les réseaux sociaux, je tombe sur un message posté dans l’un des groupes des étudiants de l’université Paris Descartes. Celui-ci fais de la communication pour un colloque qui aura lieu le 15 novembre 2014  organisé par une association qui m’était jusque là inconnue. Un certain Réseau pour la psychanalyse à l’hôpital (RPH). Je m’enquis donc d’un sourire teinté de tristesse à l’idée de la dangerosité du seul titre, puis lis la brochure ci-dessous.

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Je survole donc rapidement la description et voit l’habituelle citation, accréditant de la justesse de l’entreprise, de Freud, datée de 1911. Il y à donc 103 ans. Je rigole doucement. Ensuite, par curiosité, je décide de me rendre sur le site de l’association. Sur la page d’accueil.

Première phrase : « Au commencement est la psychanalyse, Sigmund Freud, le retour à celui-ci, Jacques Lacan et quelques autres. » Hum, ça commence bien. Un peu plus bas:  « Pour se former à la psychanalyse, il est tout d’abord essentiel de commencer une psychothérapie avec psychanalyste ou une psychanalyse ». Après tout, pourquoi s’embêter à apprendre des choses et à acquérir un savoir ? Enfin, le graphique en bas de page sur la formation du psychanalyste finit de m’achever. Je me permet de le remettre une seconde fois au cas où vous n’auriez pas lu attentivement celui du haut.formationpsychanalysefreud

Amusé au début, je finis dans l’incompréhension et le désarroi. Vraiment… Est-ce une vaste blague ? « Fantasmatisation de l’organisme; Position transférentielle; Cônification du transfert désir du psychanalyste; danse avec le réel; traversée du fantasme… » Les mots me manquent pour décrire la richesse du délire auquel s’adonnent aujourd’hui les psychanalystes. 

Alors, je ne dirais rien de plus, chacun étant libre de se faire une opinion.


En bonus je vous propose le traitement de maladies dermatologiques ou gastriques par la psychanalyse effectuée par l’un des membres de cette association. Je cite : « Ce traitement de fond où la parole permet de matérialiser ses maux et de ne plus les transformer en troubles fonctionnels digestifs, c’est la psychothérapie et la psychanalyse. C’est aujourd’hui le seul traitement, à proprement dit, prouvé et efficace. Aucun antidote médical ne permet de guérison. » Des propos d’une gravité rare… http://www.psychanalyseparisfaugeras.fr/publications-0.html 
 

Peau de banane, machiavélisme et Jésus: Les gagnants du prix IG Nobel 2014.

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Le concours IG Nobel récompense chaque année des chercheurs issus de disciplines diverses ayant menés des études que l’on considère aujourd’hui comme peu communes…

Je m’explique : grâce a un jeu de mot d’une finesse inégalable, le nom même de ce concours le place en opposition avec le sacro-saint Prix Nobel. Si je devais choisir entre les deux (on peut toujours rêver), je réfléchirais un moment avant de de prendre ma décision (quelques nanosecondes, avant que mes fonds de poche finissent de me convaincre). Car le prix IG nobel valorise une certaine idée, vision de la science, à laquelle j’adhère.

Aujourd’hui, la recherche est guidée par les mécènes qui financent et ont, le plus souvent, un intérêt personnel tout particulier pour certains résultats. D’autre part, il est coutume d’extrapoler les résultats d’un article, aussi minimes soient-ils, à une certaine utilité. Aujourd’hui, les scientifiques doivent être utiles, efficaces, avoir de bonnes raisons de faire une recherche (hypothèses, bases théoriques), ainsi que des résultats applicables, qui serviront à la société.

Alors certes, au vu de la conjoncture économique actuelle, on se dit que c’est loin d’être absurde. Finit les chercheurs loufoques, barbus et solitaires, enfermés dans des ateliers sombres à faire des choses qu’eux seuls comprenaient, la recherche est aujourd’hui dans une logique de production et de rentabilité.

Et cela m’attriste. Si l’on demande à un chercheur « mais pourquoi faire ça? », il tentera de vous convaincre dans un exposé au format variable du bien fondé de sa recherche, de l’assurance de résultats viables et publiables.  Je pense pourtant que la réponse fondamentale, originelle de la recherche à la question « Pourquoi » est : « Car on ne sait pas ».  Ceci définit à l’origine un type de recherche que l’on nomme fondamentale, par opposition à la recherche dite appliquée. Le seul guide, la seule directive de la recherche devrait être de faire quelque chose que l’on ne sait pas encore, qui n’a jamais été fait, d’éclairer l’ombre. De faire avancer la connaissance dans le seul intérêt de la connaissance.

C’est là que vient le prix IG Nobel, qui honore les recherches que l’on considère drôles, absurdes (le plus souvent du fait de leur déconnexion totale de l’utilité) et qui font réfléchir, car elles sont imaginatives, originales, et montrent, ou valident un fait non vérifié, poussant jusqu’à dans leurs retranchements la méthode scientifique.

Tous les ans, le comité se réunit à Harvard pour distribuer les prix. Voici les gagnants de cette année en physique et neurosciences :


Le coefficient de friction sous une peau de banane.

Le Dr K. Mabuchi et son équipe ont ainsi mesurés avec précision le niveau de friction entre une chaussure et une peau de banane, et entre cette peau et le sol, quand une personne marche dessus. Le coefficient de friction était de 0.07, bien plus faible que sur d’autres surfaces glissantes.


Voir Jesus dans un toast.

La « Paréidolie » de visage est la perception illusoire d’un visage inexistant. Typiquement, les gens apercevant le visage de la vierge marie, de Jesus ou autre célébrité dans une flaque, la pluie, un nuage, une feuille de thé, une boule de cristal ou un toast. Les participants étaient informés que 50% de ces images contenaient des visages, tandis qu’ils voyaient en fait des images contenant du bruit (des points placés de manière totalement aléatoire). Et bien ces participants rapportaient voir effectivement des visages 34% du temps! En IRMf, les chercheurs ont montrés une activation du Gyrus fusiforme droit (Plus précisément la FFA, la Face Fusiform Area ) quand les participants pensaient voir un visage, témoignant du rôle de cette région cérébrale dans le traitement de visages réels comme imaginés.


Les psychopathes machiavéliques et narcissiques vivent plutôt la nuit.

Les psychologues differentialistes ont établis un ensemble de traits de personnalité corrélés entre eux qu’ils ont nommé la « Dark Triad ». Ces traits sont le machiavélisme, la psychopathie et le narcissisme. Le Dr Jonason et son équipe ont cherché à voir si cette triade était liée à certains cycles chrono-biologiques spécifiques. Les résultats de l’étude montrent effectivement que ces traits de personnalités sont corrélés à un cycle de vie plutôt nocturne (ces personnes ayant un pic d’activité et d’éveil plus tard dans la journée).


Quand on a mal, mieux vaut regarder un beau tableau.

Ces psychologues se sont intéressés à la modulation de la douleur par l’expérience et le jugement esthétique. Ils ont infligé de la douleur à des participants devant des œuvres belles ou laides, le tout en enregistrant leur activité cérébrale de surface. Ils ont montré que la vision de peintures jugées belles atténuaient la douleur, ce qui se traduisait au niveau neural par une réelle inhibition de l’onde P2, localisée au niveau du cortex cingulaire antérieur. L’expérience esthétique semble donc avoir un réel impact sur la cognition.

Les ambiguités de la notion de psychologie clinique… de 1952 à aujourd’hui

Que veut dire le terme de psychologie clinique ? Qu’est ce qu’un psychologue clinicien ? En 1952 déjà, ces notions posaient problème. Pour décrire le débat et essayer d’en tirer des conclusions, je vais principalement me servir d’un article publié dans les Bulletins de Psychologie de l’université Paris Descartes (voir cet article) par René Zazzo, 3 ans avant sa nomination comme président de la Société Française de Psychologie.

La définition même des différents termes va nous permettre d’identifier la racine du problème. Clinique, tout d’abord. Comme tout étudiant de psychologie, je me suis vu rabâcher de nombreuse fois que ce mot nous venait du grec klinê, traduit rapidement par les psychologues qui m’enseignaient comme « au chevet, au lit du malade ». Ainsi le psychologue clinicien est celui qui opère sur le terrain, au lit du malade. Simple.

Et pourtant… Après recherche, on se rend compte que klinê veut seulement dire « lit », donnant naissance à klinikos, pour devenir clinicus en latin. La définition est la suivante : « Propre au médecin qui exerce son art près du lit des malade » (Académie Française, 1986). Aïe, je comprends mieux pourquoi ces psychologues, nourrissants des relations tumultueuses, complexes et ambivalentes avec les médecins ont préféré une définition plus light. Pourtant, c’est là que l’on trouve le cœur du problème, dans la relation entre les différentes classes et métiers.

« Si les domaines de la psychologie clinique sont si âprement disputés entre psychiatres et psychologues, ce n’est pas seulement pour des raisons très évidentes de bénéfice matériel et de prestige, c’est que le témoignage des mots est contradictoire, c’est qu’aucune frontière n’est clairement dessinée: à tel point que les sceptiques pourraient se demander si la psychologie clinique n’est pas tout compte fait un royaume imaginaire, revendiqué par des fous ou des mystificateurs » (Zazzo, 1952)

L’expression de psychologie clinique fut employée pour la première fois par Witmer en 1896. Il invitait alors le psychologue à quitter l’investigation pure. Le terme de clinique s’oppose alors au psychologue de laboratoire (qui est, je le rappelle, le lieu originel de sa pratique). Mais si la psychologie est dite « clinique » plutôt qu’appliquée, c’est pour spécifier son intérêt envers « les inadaptés et les déficients ». Les patients, en somme.

La notion de psychologie clinique à mis du temps a s’imposer, étant sans être à la fois un métier, une pratique et un domaine scientifique. « Ce test a été interprété avec un point de vue clinique », « La prise en charge, c’est pour les cliniciens ». Si, entre nous, on comprends très bien ce qu’est un « psychologue clinicien », il faut bien avouer que ça ne veut pas dire grand chose. Il est intéressant de voir comment la psychologie clinique et le psychologue clinicien étaient définis à l’origine : de manière bien différente de ce que nous dirait des étudiants ou des psychologues aujourd’hui.

G. Arthur, dans l’encyclopédie de Harriman (1946) les définit comme tels:

  • « La psychologie clinique est l’étude scientifique des processus mentaux des individus dans un but de diagnostic et de thérapie à partir des symptômes d’une mal-adaptation intellectuelle et affective. » 
  • « Le psychologue clinicien observe les mêmes phénomènes que les psychiatres: sont but est de remplacer les normes subjectives du psychiatre par des normes objectives (aussi rapidement que possible par accumulation de données quantitatives obtenues sous le contrôle des conditions expérimentales). »

Autant dire qu’en même temps en France, des millions de francs étaient encaissés (en cash, c’est plus pratique) après avoir somnolé dans un fauteuil tout en feignant d’écouter un « malade » (qui d’après eux ne l’était de toute façon pas vraiment) allongé sur un divan.  Mais je ne m’épancherais pas de nouveau sur les séquelles de la psychanalyse.

Néanmoins, le « Groupement Français pour la coordination psychiatrie-psychologie » propose à l’époque, au terme d’une enquête, de réserver l’expression de psychologie clinique pour désigner une certaine façon d’envisager les faits psychiques et de supprimer purement et simplement l’expression de psychologue-clinicien. On parlerait alors d’aide-médical psychologue ou de psycho-technicien. 

Psycho-technicien, tient tient… Fort est de constater que de nombreux autres pays ont passés le cap: Au Canada, USA, UK et autres, le diplôme français de psychologue correspond à celui de psycho-technicien, une profession centrée sur l’administration valide et précise de tests et d’échelles (expertise très importante que je ne sous-estime pas, bien au contraire) dont l’interprétation est réservée au docteur en psychologie (et au vu de la somme de connaissances à accumuler qui  existe aujourd’hui en psychologie, ce ne serait peut-être pas une idée absurde de rallonger les études des psychologues…).

Bref, psychologie clinique est une notion qui désigne tout et rien à la fois. Par exemple,  l’un des master de Paris Descartes s’appelait Psychologie Clinique et Psychopathologie, et enseignait principalement la psychopathologie et la psychanalyse. Les diplômés de ce master était de facto des psychologues « cliniciens », alors que les neuropsychologues, les géronto-psychologues ou les psychologues de la santé ne l’étaient pas. Cela a produit un énorme imbroglio, les termes de clinique, psychologie clinique, psychologue clinicien se confondant et se substituant tour à tour les uns aux autres. On entend même parfois que « l’entretien clinique » était réservée aux psychologue cliniciens – ou plutôt aux psys sortant du master de psychologie clinique, et que ceux-ci se définissaient justement par la non-utilisation d’échelles et de tests standardisés et de données quantifiables et mesurables alors que, comme on l’a vu, la psychologie clinique était autrefois définie avant tout comme une science objective dont l’objet est objectivable. 

Ce terme de clinique pose décidément problème. Rattaché historiquement à la médecine et aux malades, il devient aujourd’hui ambigu, car même un médecin n’est pas forcément clinicien (radiologue, …). Ainsi donc, il serait bien d’en simplifier l’usage, et de retirer à « psychologie clinique » toute théorie ou courant auxquelles elle renvoie.

Je pense qu’il serait habile de considérer comme clinicien tout professionnel travaillant directement avec et pour des patients. Ainsi, un psychologue clinicien serait un psychologue qui exerce son métier auprès de patients, par opposition à d’autres psychologues travaillant en entreprise, en laboratoire ou autre. Ni plus ni moins. Ce psychologue serait clinicien à même titre qu’un neuropsychologue clinicien, qu’un géronto-psychologue clinicien, qu’un médecin clinicien ou même qu’un infirmier, métier clinique par essence. Ce qualificatif ne renverrait plus à une chapelle ou un courant théorique mais qualifierait seulement le lieu d’exercice, accordant à son détenteur un statut clair et lisible. « Psychopathologue clinicien » se composerait alors de deux termes, le premier renvoyant au domaine d’expertise (ici la psychopathologie) et le second à son type d’exercice ; avec et pour des patients.

L’enseignement de la psychologie – de 1953 à 1967

Bulletins de Psychologie - 1953 à 1967

Bulletins de Psychologie – 1953 à 1967

Cet ensemble d’ouvrages est, pour un épistémologue, un véritables témoignages historique. Bien que la psychologie ne soit pas une science très ancienne, ils relatent, année après année, les importants changements d’orientation. Offerts gracieusement par la bibliothèque de l’institut de psychologie de l’université Paris Descartes (envers laquelle je suis très reconnaissant), ils comportent une collection d’articles, de résumés, de chroniques à destination des étudiants de l’université. Avant l’avènement de l’ère numérique, c’était là qu’ils trouvaient leur programme…

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Et quel programme ! Lagache, Anzieu, Fraisse, Piaget et j’en passe, autant de grand noms ayant forgés la psychologie française. Une chose frappe pourtant l’œil. A l’époque, déjà, Paris Descartes était le siège de la pluridisciplinarité. Tous les courants y figurent: psychologie sociale, expérimentale, psychophysiologie, psychologie clinique ou psychanalyse, autant de diversité enseignée par les plus grands.

D’ailleurs il est intéressant de noter la part importante de la psychophysique et de la psychophysiologie. A l’heure où la neuropsychologie n’existait pas vraiment encore sous sa forme actuelle, les élèves apprenaient déjà un nombre important de formules mathématiques et de lois physiques. Qui disait que la psychologie n’était pas une science ? Aujourd’hui, les étudiants qui s’attendent à ingurgiter bêtement les réflexions fumeuses et mystiques des autres vivent un supplice quand ils se rendent compte que la psychologie, c’est aussi des statistiques, de l’anatomie, de la biologie et de la physique. Et comparé à ce qu’il y avait avant, leur supplice est bien moindre !

Lois de psychophysique

Lois de psychophysique

Les aires de Brodmann

Les aires de Brodmann

Nerfs craniens

Nerfs craniens

On retrouve dans ces ouvrages des cours de pointe sur les nerfs, les aires cérébrales, la biologie, l’interprétation de l’EEG chez les épileptiques etc. qui sont bien plus poussés qu’en 2014. De là à conclure que l’enseignement de psychologie (à l’instar de l’université en général) est de moins en moins demandant… il n’y a qu’un pas.

Ces enseignements scientifiques coexistent avec des textes offrant une vision plus classique de la psychologie, avec de longues envolés mystico-lyrico-littéraires qui permettent à ces étudiants, dont l’objectif est de lire, relire et réinterpréter à l’infini des textes de Freud, d’y trouver leur compte. Néanmoins, certains passages à type de dissertation sont très intéressant, et j’aurais l’occasion sur ce blog de revenir sur plusieurs d’entre eux.

Bref, cet ensemble d’ouvrage offre un témoignage important pour ne pas reproduire ou continuer les erreurs qui ont étés commises dans la direction à prendre pour la psychologie française.

Qu’est ce que la neuropsychologie ?

phreneologyhead-graphicsfairy010bProcédons à une expérience simple et amusante. Prenez un jeune et brillant neuropsychologue et demandez lui « qu’est ce que la neuropsychologie ? ». Dans certains cas, après quelques balbutiements, il vous répondra par un exemple issu de son métier ; « la neuropsychologie, c’est faire ci ou ça ». Au mieux, il vous donnera une réponse incomplète, voire fausse : «la neuropsychologie est un outil», « une méthode » ou pire, « un point de vue »…

Non pas que le neuropsychologue en question soit incompétent, loin de là. Mais c’est un exercice que nous n’avons pas l’habitude de faire. L’enseignement de la neuropsychologie vient petit à petit, de manière dénouée et parcellaire. Si, in fine, nous en acquérons une vision globale, jamais la verbaliser n’est nécessaire. De plus, la définition de la neuropsychologie, complexe et difficile à formuler, est surtout très débattue. Les métiers qui en découlent sont multiples et, trop souvent, d’aucuns essayent de circonscrire la neuropsychologie à leur petite activité. Par exemple, un neuropsychologue qui fera de la remédiation cognitive avec des patients psychiatriques aura sans doute une vision quelque peu différente de celui-ci qui réalise, jour après jour, des examens neuropsychologiques diagnostiques dans un service de neurologie. Et c’est sans compter tous les neuropsychologues ayant choisi une carrière universitaire et académique, enseignants et/ou chercheurs, parfois critiqués par leurs confrères cliniciens.

Aucun problème, dirait le lecteur averti, prenons une définition plus large. Pas si simple. La neuropsychologie occupe une place à part dans l’organigramme de la science, à la frontière exacte entre les sciences humaines, les sciences de la vie et les sciences médicales. En donner une définition trop large reviendrais à perdre son essence dans les tréfonds nébuleux des neurosciences et de la psychologie. Les neuropsychologues, qu’ils soient cliniciens ou pas, ont une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode rigoureuse et scientifique.

C’est pourquoi, dans l’objectif d’un consensus ouvrant à la compréhension et au débat, je vais tenter de proposer une définition simple, complète et informative.

Le premier point obligatoire, l’axiome premier, est la notion de science. «Science», nous dit Schopenhauer dans sa thèse à l’intitulé baroque (De la quadruple racine du principe de raison suffisante), « signifie un système de connaissances, c’est-à-dire une totalité de connaissances reliées ensemble, par opposition à leur simple agrégat. ». Ce principe s’appliquant parfaitement à la neuropsychologie, qui contient des théories, des hypothèses et des preuves se nourrissants les unes des autres, elle devient de facto une science. Mais pas n’importe laquelle.

La neuropsychologie fait partie d’un amas de sciences ayant pour intérêt la constitution, le fonctionnement et la production d’un même objet : le cerveau. Par conséquent, elle fait partie intégrante des neurosciences. Elle se situe même à cheval entre les neurosciences médicales (la neurologie, la psychiatrie, la psychopathologie…) et les neurosciences fondamentales (la neurobiologie, la neurophysiologie, la psychologie cognitive…). De plus, elle est également liée par de multiples aspects aux neurosciences appliquées (psychopharmacologie, neuro-ingéniérie, neuromarketing etc.).

La nébuleuse des neurosciences.

La nébuleuse des neurosciences.

Comme dit plus haut, la neuropsychologie est un champs d’étude intégrant des théories, des méthodes d’investigations spécifiques, des débats et des experts, qui s’intéresse à la relation entre matière cérébrale, son organisation anatomique et fonctionnelle, et a son lien avec la cognition et la pensée.

Contrairement à d’autres domaines, la neuropsychologie possède également une composante pratique, appliquée, qui se développe dans l’évaluation, le diagnostic et la prise en charge de patients pouvant souffrir de pathologies très diverses.

Ces multiples facettes font la richesse de la neuropsychologie et offrent une liberté de travail potentiellement exceptionnelle. 

Ainsi donc, en résumé* :


La neuropsychologie est une science théorique et pratique étudiant le lien entre l’organisation et le fonctionnement du cerveau, la cognition, la pensée et le comportement.

Elle comporte deux aspects intimement liés :

  • La neuropsychologie expérimentale étudie les variabilités du cerveau et de la cognition (qu’elles soient d’origine pathologique ou non) pour tester des modèles et développer des théories sur le fonctionnement mental, visant ainsi à une meilleure compréhension de l’Homme.

  • La neuropsychologie clinique utilise les théories et les modèles sur le fonctionnement mental pour mieux détecter et appréhender les troubles et les déficits d’une pathologie, menant à un diagnostic précis, tout en développant et appliquant des prises en charges modernes et adaptées.

La neuropsychologie se situe au centre de la nébuleuse des neurosciences, au carrefour de la théorie et de la pratique. Ses praticiens, les neuropsychologues, sont liés par une formation commune, des bases théoriques spécifiques, un canevas d’analyse et d’interprétation sous-tendu par une méthode d’investigation rigoureuse et scientifique.


2017 : Cette définition est enseignée aux étudiants de psychologie de l’université Sorbonne Paris-Cité.

Vocabulaire de la Psychologie – Henri Piéron

Vocabulaire de la psychologie - Henri Piéron (1951)

Vocabulaire de la psychologie – Henri Piéron (1951)

L’institut de psychologie de l’université Paris Descartes, d’où sortent chaque année des centaines de psychologues, s’appelle l’institut Henri Piéron. Problème ? Aucun de ces étudiants ne serait capable de dire qui est Henri Piéron.

Moi même, avant de tomber par hasard sur cet ouvrage chez un bouquiniste des quais de Seine, la question de qui était Piéron ne m’importait que très peu. Et pourtant… les critiques internationales présentes sur la quatrième de couverture sont tout bonnement dithyrambiques. A tel point que l’on se demande comment on peut avoir entendu le nom de Freud cité chaque jour durant les trois premières années d’études et jamais celui d’Henri Piéron, dont l’importance et la contribution à la psychologie semble tout aussi importante (et sans doute moins mystique). Voyez par vous-même :

« Ce Vocabulaire est un instrument de précision. Il rendra les meilleurs services à l’étudiant comme au psychologue professionnel »

« … Livre que garderont à portée de la main, pour une consultation quotidienne, tous ceux qui étudient la science de l’esprit. »

« Le Professeur Piéron et ses collaborateurs ont rendu un grand service à la psychologie »

Mais que contient-il ? Tout, un véritable dictionnaire décrivant aussi bien les lois mathématiques de la psychophysique, que la psychopharmacologie en passant par la terminologie complexe psychopathologique.

Ce livre est particulièrement savoureux de nos jours, tant il décrit des termes aujourd’hui désuets, soulignant pourtant que, déjà en 1951, un courant de la psychologie se voulait résolument scientifique, précis, et exhaustif. Quelques exemples :

Aphanisis :  Crainte de la perte de la capacité de jouissance sexuelle.

Idiotie amaurotique : Maladie familiale atteignant presque exclusivement la race juive et caractérisée par une idiotie profonde avec cécité congénitale. La survie prolongée est rare.

Dromomanie : Trouble névrotique caractérisé par une instabilité motrice et des impulsions irrésistibles à marcher, parfois à courir.

Dypraxie diagonistique : Syndrome de conflit entre l’acte voulu et l’acte réalisé: un verre, rempli par une main est vidé par l’autre (2 cas après section du corps calleux).

Psittacisme : Répétition de mots, de phrases ou même de notions qui n’ont pas été comprises par le sujet. Fréquent dans la débilité mentale.

Tribadisme : Pratique homosexuelle féminine (Syn. : saphisme)

Au final, l’une des critique résume bien ce que devait être cet ouvrage en son temps, et qui reste aujourd’hui un témoignage historique de l’avancée et de l’évolution de la psychologie.

« Le choix des termes est judicieux. Les définitions très claires indiquent plusieurs acceptions et donnent des explications intéressantes. […] L’ouvrage est d’une utilité incontestable pour tout lecteur d’ouvrages scientifiques ans le domaine de la psychologie et de la psychopathologie. »

Conseils pour se rendre désagréable

Conseils pour se rendre désagréable et autres essais - Benjamin Franklin

Conseils pour se rendre désagréable et autres essais – Benjamin Franklin

Les grands penseurs ont-ils une tendance aux aphorismes caustiques et aux courts formats corrosifs, ou est-ce parce qu’ils se sont rendus accessible au commun des mortels par leurs biais qu’ils ont étés qualifiés comme tels ? La poule et l’œuf, encore et toujours.

Quoi qu’il en soit, il faut admettre que dans cette catégorie, Benjamin Franklin excelle tout particulièrement. Et il est vrai que je n’aurais sans doute pas lu ses ouvrages si je n’était pas tombé, par hasard, sur ce titre accrocheur. « Conseils pour se rendre désagréable ». Ce petit livre de 80 pages regroupe en fait une compilation d’essais, dont les « conseils pour se rendre désagréable » et les « conseils à ceux qui veulent devenir riche ». 

C’est donc ainsi qu’eu lieu ma rencontre intellectuelle avec ce génie, plus connu pour ses actions politiques que pour son oeuvre scientifique, littéraire et humaniste. Drôle jusqu’au bout, l’inventeur du paratonnerre n’hésitera pas à écrire, à 22 ans, la plus élégante des épitaphes pour orner sa tombe.

 » Le corps de

B. Franklin, imprimeur,

Comme la couverture d’un vieux livre,

Ses pages arrachées,

Ses titres dorés effacés,

repose ici, pâture pour les vers.

Mais l’ouvrage ne sera pas perdu,

Car il paraîtra de nouveau (ce dont il est convaincu),

Dans une nouvelle édition, plus élégante,

Revue et corrigée

Par l’Auteur. »

B. Franklin, de son ton persifleur, commence par ces lignes ses Conseils pour se rendre désagréable :

« L’affaire de chacun est de briller; il importe donc d’empêcher les autres de le faire, puisque leur éclat risque de nuire au nôtre et de le ternir. »

S’en suivent 4 conseils vénérables dont l’efficacité ne fait nul doute au lecteur souriant. A la fin, l’auteur conclut, révélant la malice de son esprit et l’éclat de sa plume.

« [Ainsi], L’homme poli fera plaisir là où il se trouve, tandis que vous ferez plaisir là où vous ne serez pas. »

Je remercie Francis Guévremont pour avoir compilé ces quelques textes cocasses et m’avoir permis de découvrir B. Franklin.